Cinéma

À 82 ans, Jean Rochefort arrête le théâtre et le cinéma “à moins de tomber sur un projet de film qui me bouleverse

PARIS Attention, un Moustachu, ça trompe énormément. Qu’il soit ou non Mari de la coiffeuse. Surtout si le grand brun avec une chaussure noire s’appelle Jean Rochefort.

Selon des indiscrétions relayées par Le Figaro, le 7 mars prochain, lors de l’émission spéciale d’Entrée libre que France 5 lui consacre, il annoncera officiellement son départ à la retraite. Mais avant de lui dire “Salut l’artiste ” à la manière d’Yves Robert, il convient de jeter un petit coup d’œil au dossier de presse qui accompagne la sortie (le 13 mars en France, alors qu’aucune date n’est programmée en Belgique) de L’artiste et son modèle . Car l’homme est aussi subtil et raffiné qu’il en a l’air. Le sens de la nuance, il le possède sur le bout de la moustache. “J’ai déjà décidé de ne plus jouer au théâtre. À moins que je tombe sur un projet de film qui me bouleverse, j’arrêterai aussi le cinéma. Et je serai très heureux que ce soit avec ce film-là . Quand on fait partie de ma génération, je n’aime pas dire à mon âge, on ne veut plus s’emmerder. J’ai une peur bleue que l’osmose ne s’opère pas avec un metteur en scène, de devoir penser : ‘Encore trois semaines de tournage avec lui.’

Son âge n’est pourtant un secret pour personne : il fêtera son 83e anniversaire le 29 avril. Sans entamer son envie de s’offrir cette ultime coquetterie de quitter les plateaux par la grande porte. “Je reçois beaucoup de scénarios qui racontent comment se débarrasser de Pépé, ou Pépé part en vacances… En aucun cas je ne veux sortir de scène avec ça. Quand j’ai vu L’Artiste et son modèle, je me suis dit qu’il y avait matière à le faire, la tête haute.

C’est tout à son honneur. Même s’il paraît impossible d’imaginer qu’un éventuel dernier faux pas puisse gâcher en quoi que ce soit sa filmographie, axée avant tout sur les grands divertissements populaires. Plus que ses trois César (pour un rôle secondaire en 1976 dans Que la fête commence , dans un premier rôle en 1978 pour Le Crabe-Tambour et d’honneur pour l’ensemble de sa carrière en 1999), on retiendra parmi ses 154 fictions, ses rôles de chef de police dans Angélique marquise des anges , de Colonel Toulouse dans Le Grand blond avec une chaussure noire , son interminable saut en peignoir d’un immeuble dans Un éléphant ça trompe énormément , le père sévère de Je suis le seigneur du château , sa composition en acteur loser dans Les grands ducs , le formidable marquis de Bellegarde de Ridicule , sa roublardise en chef préhistorique des Cheveux sales dans RRRrrrr !!! , sa confrontation avec Charlotte Rampling dans Désaccord parfait ou son rendez-vous manqué avec Don Quichotte dans le non-making of de Terry Gilliam, Lost in La Mancha .

Ce grand amoureux des chevaux (on parie qu’il ne mange plus de lasagnes ?) possède une voix et un humour qui vont énormément nous manquer s’il prend une retraite largement méritée.



© La Dernière Heure 2013