Avec The Americans, la belle nous plonge dans le monde fascinant de l’espionnage.

Au générique de The Americans, Kari Russell, qui fit les beaux jours de la télé US au milieu des années 90 (Married with Children, Felicity, Malibu Shores) cartonne depuis cinq saisons dans cette série sur fond de guerre froide. Vu le contexte international, l’interview s’imposait donc…

Le fait de tourner dans cette série d’espionnage vous a-t-il rendu plus curieuse ou plus parano, notamment sur ce qui passe dans le monde ? La frontière entre The Americans et la réalité est parfois ténue…

"Oui, c’est vrai ! C’est fascinant mais surtout très inquiétant ! The Americans m’a poussé à me documenter sur le Bloc soviétique. Le fait d’entendre constamment parler russe sur le set m’a rendue plus parano ! (rires). J’ai l’impression qu’il y a des Russes partout maintenant. Que nous sommes encerclés, infiltrés. Ce qui me surprend le plus, c’est à quel point rien n’a changé sur cette planète. Nous tournons une série censée se dérouler dans les années 80, en pleine guerre froide, et presque 40 ans plus tard, peu de choses ont changé. On constate que l’espionnage et les tensions entre l’Est et l’Ouest sont toujours d’actualité."

Quel genre de recherches avez-vous effectué ?

"J’ai visionné un certain nombre de documentaires et j’ai lu un peu, notamment des biographies sur Poutine qui se concentraient sur sa jeunesse."

Si vous pouviez rencontrer Poutine, quelle question aimeriez-vous lui poser ?

"Est-ce qu’il s’est réellement battu avec un tigre à mains nues ? A-t-il vraiment nagé dans une rivière glacée ? (rires). C’est en tout cas ce qu’il laisse entendre dans ses écrits et ses déclarations à la presse ! Légende ou réalité ? Faits avérés ou coup de com’? Allez savoir !"

Les espions ont la réputation d’être experts dans l’art de la dissimulation. Savez-vous mentir dans la vraie vie ?

"Non, pas du tout ! D’ailleurs, il faudrait vraiment que je m’améliore à ce niveau-là. Surtout quand j’ai affaire à des journalistes ! (rires)".

Est-ce que vous feriez une bonne espionne ?

"Je pense que je serai une bonne candidate parce que j’ai l’air très normale et très gentille, personne ne pourrait me soupçonner !"

Quelle est la meilleure qualité pour en devenir un ?

"Je pense que ce qui est génial quand on exerce ce job c’est qu’on peut être plein de choses à la fois. Nous enfilons constamment des costumes différents, nous nous fondons dans la masse, nous parlons plusieurs langues. Nous sommes les rois du brouillage de piste. Si vous êtes doué pour passer inaperçu, les probabilités pour que l’on vous embauche sont grandes ! D’un autre côté, quand je vois la manière dont nous sommes déguisés Matthew et moi dans le show, je me dis que les ficelles sont tellement grosses qu’on aurait bien du mal à se fondre ! Autre qualité demandée pour cette fonction undercover : être sexy. Ce qui ne vous aide pas vraiment quand vous devez passer inaperçue ! J’en conviens (rires)."

Est-ce qu’il vous est déjà arrivé d’être espionnée par des paparazzis ?

"Vous savez, il y a des gens beaucoup plus excitants que moi. Cela dit, je sais ce que l’on ressent quand on a des paparazzis qui vous collent aux baskets. Aujourd’hui, on me laisse tranquille. Mais quand j’avais 20 ans, mon dieu que j’ai souffert ! J’étais naïve et certains journalistes en ont profité pour me poser en plus des questions vraiment inappropriées. Le pire, c’est que je répondais. À l’époque de Felicity, il n’y avait pas autant de pression pour être impeccable non-stop, comme aujourd’hui. La mode, le look, les réseaux sociaux occupaient une place nettement moins importante dans la vie des acteurs. En plus d’être actrice ou chanteur/se, il faut désormais aussi savoir se présenter d’une certaine façon, être au fait des dernières tendances. J’adore des stars comme Sissy Spacek ou Meryl Streep qui refusent encore de se laisser emprisonner par les apparences ! Elles assument leurs rides et ont toujours répondu merde à Hollywood quand cette industrie leur a imposé des diktats !"

Inversons la question. Avez-vous déjà espionné quelqu’un dans la vraie vie ?

"Non ! En même temps, si je l’avais fait, je n’aurais aucun intérêt à vous le dire, ça me grillerait auprès de la personne ciblée. (rires)"

The Americans, vous nous le rappeliez tout à l’heure, se déroule dans les années 80. Vous étiez très jeune à cette époque. Qu’est-ce qui revient à votre esprit lorsque vous songez à cette décennie-là ?

"Ce qui m’a marquée le plus, c’est le patriotisme ambiant qui existait à l’époque. Dans la saga des Rocky notamment, qui était très pro-USA. À ce niveau-là, Hollywood s’est calmé, me semble-t-il. C’était le temps des coiffures à grosses boucles et des vêtements de couleur fluo. Quoi d’autre ? Je venais tout juste de me faire poser un appareil dentaire !"

La famille est un pivot central dans la série. Pouvez-vous nous parler un peu de la vôtre ?

"Ma mère était mère au foyer, ce qui est un des métiers les plus difficiles au monde. Mon père travaillait pour Nissan, l’entreprise automobile, dans les bureaux. Comme il était régulièrement muté, je devais changer chaque année de collège. J’étais toujours la petite nouvelle. J’ai remarqué que beaucoup d’acteurs et d’actrices partageaient ce point commun. Le fait d’arriver dans des nouveaux lieux et face à une nouvelle communauté, m’a permis d’acquérir une formidable faculté d’adaptation ! Ce qui est le propre des acteurs."

Et des espions…

"Vous avez 100 % raison ! Je n’avais fait le rapprochement ! (rires)".

Que faites-vous quand vous ne travaillez pas ?

"Je lis énormément. Et puis je m’occupe à la maison. Vous savez, avec deux enfants en bas âge, je passe beaucoup de temps à emboîter des Lego et à jouer de l’ukulélé (rires). J’aime enfin me rendre au cinéma. Si possible… seule !".

L’espionne que vous incarnez fait beaucoup de sacrifices pour son travail. Quels sont les vôtres ?

"Je crois que le plus grand sacrifice que je fais pour mon travail, c’est le temps que je lui consacre. À part les médecins, qui doivent eux aussi travailler tout le temps, c’est un des rares métiers qui soit autant chronophage. On commence le tournage à 3 h du matin. C’est usant. Mais ce qu’il y a de bien, c’est qu’après avoir travaillé dur et sans arrêt pendant quatre mois, on peut - avec un peu de chance - prendre trois, quatre ou six mois de repos, pendant lesquels on ne fait que s’occuper de sa maison et de sa famille !"