L’inoubliable star de Spartacus est décédée à l’âge de 103 ans.

Les légendes ne meurent jamais. Mais bien leurs interprètes, hélas. Avec le décès de Kirk Douglas, à l’âge vénérable de 103 ans, c’est une page immense de l’histoire du cinéma qui se tourne. En fait, ce sont même des chapitres entiers du 7e art qui se referment.

Avec son physique de lutteur, sa mâchoire carrée ornée de la fossette la plus célèbre de tous les temps, son regard perçant et ses cheveux tirés en arrière comme les portaient si bien nos grands-pères, il a incarné tous nos rêves d’enfant, de 1946 ( L’emprise du crime ) à 2008 ( Meurtres à l’Empire State Building ) : les cow-boys ( La captive aux yeux clairs, L’homme qui n’a pas d’étoile, Le dernier train de Gun Hill, Règlements de comptes à OK Corral ), les héros antiques ( Spartacus, Ulysse ), un cruel guerrier nordique ( Les Vikings ), les soldats ( Les sentiers de la gloire, Les héros du Télémark, Paris brûle-t-il, Nimitz retour vers l’enfer ), les aventuriers ( 20 000 lieues sous les mers, Le phare du bout du monde ) et même un savant coincé dans une station spatiale avec Farrah Fawcett ( Saturn 3 ).

Nommé trois fois à l’Oscar du meilleur acteur ( Le champion, Les Ensorcelés, La vie passionnée de Vincent Van Gogh ) mais seulement récompensé en 1996 d’un prix honorifique, Kirk Douglas représentait bien plus que ses rôles et ses résultats au box-office pour Hollywood. C’est lui qui a produit les deux premiers succès de Stanley Kubrick, Les sentiers de la gloire et Spartacus . Il eut aussi le courage de jeter à la poubelle la tristement célèbre liste noire en imposant au générique de S partacus le nom du scénariste Dalton Trumbo, pourtant blacklisté pour avoir refusé de dénoncer des communistes. Pour beaucoup, cet acte marque le début de la fin de la chasse aux sorcières dans le 7e art.

Lorsque les problèmes de santé (suite à un crash d’hélicoptère, une attaque cérébrale et une crise cardiaque) le terrassèrent, loin de baisser les bras, il écrivit l’histoire de sa famille de juifs russes émigrés aux États-Unis, relata son engagement pour son pays (en 1941, dès que les USA sont entrés en guerre), détailla ses valeurs de rébellion et de liberté. La plume, il l’a prise aussi pour rédiger des poèmes sur sa foi, son amour pour sa femme, la Belge Anne Buydens (épousée le 29 mai 1954), la fierté que lui procure sa famille et son optimisme pour l’avenir. Avec lui, c’est toute une conception de l’âge d’or d’Hollywood, faite de classe et d’engagement politique, qui disparaît.

Il incarnait les valeurs de rébellion et de liberté.