L'arnaque universelle

Cinéma

Propos recueillis par Valérie Sohie

Publié le

Guy Ritchie explique son Revolver, entre psychologie et philosophie

ENVOYÉE SPÉCIALE EN FRANCE VALÉRIE SOHIE

PARIS A l'approche de la sortie de son nouveau film Revolver, Guy Ritchie est nerveux. Il faut dire que son épouse Madonna et lui se sont fait huer lors de la première à Londres, parce qu'ils ne signaient pas d'autographes, et que les critiques ne sont pas tendres envers le film. Motivé et sympathique, il tente de clarifier certains points, mais reste immanquablement sur ses gardes. D'emblée, il accueille la presse par un «Qui veut me frapper en premier?». Le ton est donné...

Vous étiez impatient de revenir à un film de gangsters?

«J'étais surtout impatient de faire un film à propos d'un excès de confiance en soi. Et l'environnement qui y convenait le mieux était cet univers de gangsters qui m'est familier. Je voulais faire un commentaire sur nos vies. Cet univers permet de le placer dans un jeu et une arnaque. C'est essentiellement une formule. Si on l'applique jusqu'au bout, on obtient des effets surprenants.»

C'est donc aussi psychologique...

«Ce qui est intéressant, ce sont les points communs entre la psychologie, le jeu et les méthodes d'arnaques. Tout se recoupe et c'est un concept très excitant. On se rend compte qu'on monte la garde autour de ce qui veut le plus nous détruire. C'est le concept le plus radical dont j'ai jamais entendu parler. Vous défendez votre douleur.»

Vous parlez d'une formule, de quoi s'agit-il?

«Elle mène au succès et à l'échec. Cela n'a rien à voir avec le Bien ou le Mal, il n'y a aucune ambiguïté. Nous jouons un jeu ensemble où nous sommes tous égaux. Ma tactique va être de vous arnaquer en vous faisant croire que je suis plus mauvais que vous. Dès lors, vous ferez immanquablement une erreur par excès d'orgueil.»

Où avez-vous déniché toutes les citations qui jalonnent le film?

«Sur Internet. Et parmi les centaines que nous avons trouvées, plusieurs dizaines étaient similaires de façon alarmante. De grands psychologues, meurtriers, guerriers, magiciens; ils se retrouvaient tous avec les mêmes idées.»

Retrouve-t-on des enseignements de la kabbale dans le film?

«Ce principe ne se retrouve pas uniquement dans la kabbale, il appartient à toutes les philosophies. L'arnaqueur qui abuse de la confiance est un thème récurrent. Il n'est pas intelligent, il est rusé. C'est comme un magicien: il ne fait pas disparaître un avion grâce à son intelligence, mais à un tour de main, de la fumée et des miroirs. Mais je tiens à être précis, ce film n'est pas une philosophie de vie que je veux professer au monde. Je ne connais pas les rouages secrets de la vie, je connais juste les règles du jeu.»

Quelle a été l'influence de votre épouse Madonna sur le film?

«Je lui ai demandé son avis sur script. Elle a dû vivre avec ce film pendant trois ans, et l'a vu en entier trois fois, je pense. Nous connaissons tous les règles quand on est exposé aux médias comme nous le sommes: il y a un monstre là, dehors, qui a besoin d'être nourri. On peut le voir comme ça et pardonner au monstre son appétit. Et faire le choix de travailler avec son épouse, comme je l'ai fait dans A la dérive, c'est s'attirer les problèmes. Maintenant, si on veut se lancer dans quelque chose de créatif, on le fera dans la chambre à coucher! (Rires.)»

On vous sent nerveux, c'est parce que la presse ne vous mène pas une vie facile?

«Il y a un problème énorme avec les critiques de films. N'importe qui, ayant été aussi souvent au cinéma, aurait tendance à être facilement négatif. Les relations avec la presse sont ce qu'il y a de plus difficile dans ce métier. (Rires.) Je suis sérieux. C'est le côté le plus dur.»

© La Dernière Heure 2005

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