Matthias Schoenaerts donne la réplique à Marion Cotillard dans De rouille et d’os

CANNES “Matthias Schoenaerts sera LA révélation de 2012.” Cette phrase, publiée dans Le Figaro, résume à elle seule le rêve éveillé qu’est en train de vivre le colosse anversois de 34 ans. Voici un an et demi, malgré ses prestations dans Daens, Loft ou My queen Karo, sa réputation se limitait à celle de tous les BV, aux limites de la Flandre. Et puis, il y a eu cette performance hallucinante dans Rundskop. Qui a ébloui le Festival de Berlin et les Oscars. Avant d’être couronnée du prix du meilleur acteur belge aux Magritte.

Subjugué, Jacques Audiard l’a engagé pour donner la réplique à Marion Cotillard dans De rouille et d’os, un des événements les plus attendus du 65e Festival de Cannes. Du coup, Guillaume Canet l’a aussi engagé pour donner à nouveau la réplique à son épouse oscarisée pour La Môme dans Blood Ties. À l’affiche, rien que des stars : Clive Owen, Billy Crudup, Zoe Saldana, Mila Kunis, Lili Taylor ou James Caan. C’est dire en quelle considération est tenu Matthias Schoenaerts.

Avant de présenter ce jeudi De rouille et d’os sur la Côte d’Azur (ce qui explique pourquoi ce drame ne sera visible qu’à partir de ce soir-là dans nos salles de cinéma, et non mercredi comme d’habitude), nous l’avons rencontré à Anvers. Détendu, souriant, un peu incrédule devant ce qui lui arrive. “C’est incroyable ce qu’écrit Le Figaro. Je peux avoir le journal ? Pour le montrer à ma grand-mère : elle sera contente.”

Vous rêviez d’une carrière internationale ?

“Oui. Mais là, j’ai tellement de chance que je devrais peut-être jouer au Loto…”

La chance n’explique pas tout.

“Je rêvais de tourner en français et j’avais un projet de documentaire sur un ami combattant unijambiste. Quand j’ai lu le scénario de Jacques Audiard, je n’en revenais pas de cette coïncidence incroyable. À cause d’elle, j’ai tout de suite eu le pressentiment que ce film était pour moi.”

Jacques Audiard a la réputation d’être très exigeant.

“Oh oui ! Il veut que tu y ailles à fond. Il est dans la recherche en permanence. Il bouscule ses acteurs pour avoir des propositions, que ça bouge. Il ne faut pas se retenir mais y aller, sans avoir peur de se casser la figure.”

Comme dans Rundskop, vous êtes de nouveau très impressionnant physiquement.

“D’une autre façon. Jacques m’a demandé de prendre du poids, d’être costaud en haut, mais aussi d’avoir un peu de ventre. Comme ça le personnage dégage une impression de force sans paraître affuté. On doit voir qu’il se nourrit mal car il n’a pas d’argent. On sait tout de suite qu’il a fait de la boxe mais plus depuis un bon petit moment.”

Comment s’est passée la relation avec Marion Cotillard ?

“Face à elle, on ne se pose pas de question : tout paraît juste tant elle est le personnage. D’ailleurs, dans ma tête, elle n’avait pas de jambes ! C’est une chance inouïe de l’avoir pour partenaire. C’est énorme. Je me demandais si j’arriverais à être à la hauteur. Les premières fois, face à elle, j’avais la pression : elle joue tellement bien. Moi, quand je suis sur un plateau, je reste en permanence dans la tête du personnage, ça m’excite, je me demande ce qu’il pense. Ma technique, c’est de réfléchir beaucoup en avance, avant le tournage, puis d’être dans l’instant, sans trop réfléchir, quand je joue. Ce n’est pas toujours facile, mais j’essaie d’être bien préparé pour réagir avec les partenaires. Dans ma tête, quand je joue, j’oublie la réalité. Comme un gamin qui pense qu’il a une tenue de cow-boy et un revolver quand il tient un bout de bois…”

On attend énormément de vous à Cannes. Comment le vivez-vous ?

“J’ai envie d’y être. Ça m’excite. Je suis très curieux de connaître les réactions de la presse internationale et très fier de représenter mon pays à Cannes.”

© La Dernière Heure 2012