"The Lone Ranger devrait nous faire perdre entre 160 et 190 millions de dollars." Ce constat, établi par le Studio Disney, a véritablement plombé l’été cinématographique. Au point de le placer sous le signe de la crise pour les blockbusters. Encore amplifiée par les résultats de White House Down, R.I.P.D., After Earth (qui s’est rattrapé à l’international après des entrées catastrophiques aux USA), Pacific Rim (dont les recettes ne doublent pas le budget, ce qui est insuffisant pour qu’un studio rentre dans ses frais), voire même des Schtroumpfs 2 (deux fois moins de petits fans bleus que pour leur première aventure). Autant de déceptions au box-office qui ont donné l’impression de grandes vacances noires pour Hollywood.

Mais, comme souvent, les apparences peuvent se révéler trompeuses. Alors qu’on imaginait les financiers californiens plongés en pleine déprime à l’heure du bilan estival, ils font en réalité couler à flots les bouteilles de champagne. Rien que sur le sol américain, les "pole tents" (le nouveau terme à la mode pour désigner les œuvres destinées à rapporter un maximum d’argent pour équilibrer les comptes des producteurs) devraient pulvériser le record de 2011 avec 4,7 milliards de dollars de recettes. Comme quoi, la notion de crise est toujours très relative.

Seul tout petit bémol dans la liesse californienne, cet exploit financier doit énormément aux suites. Moi, moche et méchant 2, Monstres Academy, Wolverine ou Man of Steel ne sont rien d’autre que les prolongements de franchises déjà chères au cœur des spectateurs. Et le grand triomphateur de l’année, Iron Man 3 (1,2 milliard de recettes mondiales), est sorti un rien trop tôt pour entrer en ligne de compte dans l’été américain (qui défie les lois de la météo pour débuter au mois de mai).

Côté nouveautés, c’est la disette. World War Z a remis les zombies au goût du jour en dépit d’un scénario à ne pas déterrer un mort, de sorte que seul l’inattendu et magique Insaisissables, dont la carrière est loin d’être achevée, est parvenu à mettre d’accord le grand public et la critique.

L’écart se creuse aussi de plus en plus entre les sagas populaires, bénéficiant de budgets gigantesques pour offrir toujours plus de spectacles aux fans, et les œuvres "originales" (une notion parfois fort discutable…), réalisées avec des bouts de chandelles. The Purge (qui a déjà rapporté vingt fois plus que ses 3 millions de $ de budget) ou The Conjuring (131 millions de $ de gains en n’en coûtant que 20), les deux films d’horreur de l’été, se sont révélés d’une rentabilité monstrueuse. Et Les Miller, une famille en herbe, avec la strip-teaseuse Jennifer Aniston, suit les mêmes traces lucratives. Les 30 millions investis par le studio ont déjà ramené trois fois plus d’argent rien qu’aux USA en trois petites semaines.

Ces tendances fortes devraient pousser les producteurs à miser toujours plus sur les suites et à prendre le pari de nouveautés à moindre coût. Soit exactement ce que Steven Spielberg et George Lucas annonçaient… avant l’été.