S’il y a bien une chose qui distingue les stars hollywoodiennes du reste du monde, c’est cette capacité à faire rêver les foules avec leur côté glamour tout en restant incroyablement cool. Matt Damon, présent à Cannes pour Stillwater, en a encore fait la démonstration lors d’une leçon de cinéma assez hilarante. T-shirt noir sur un pantalon beige, souriant, il a répondu à toutes les questions avec une simplicité désarmante. Y compris lorsque la réponse n’était pas à son avantage. Comme lorsqu’il a tourné le dos à des films énormes pour des “raisons morales”. “On m’a proposé de jouer dans La planète des singes et Minority Report, mais j’ai refusé, pour tourner Ocean’s 11 et Jason Bourne. Et cela a complètement changé ma vie. J’ai même repoussé un rôle dans Avatar, alors que James Cameron m’offrait 10 % des recettes…”

À ce moment-là, il prend son air le plus honteux. “Vous ne rencontrerez jamais un acteur qui a refusé plus d’argent que moi ! Et en plus, il y a les suites d’Avatar (il plonge sa tête entre ses mains). Mais je devais rester disponible pour The Bourne ultimatum.”

Il en rit de bon cœur. Tout en ajoutant qu’il “aimerait travailler avec James Cameron. Un jour, il m’a dit que rien n’aurait changé pour moi si j’avais fait Avatar, si ce n’est qu’on aurait eu cette conversation dans l’espace !” Une mésaventure qui le rend hilare.

Dans sa bouche, les souvenirs se transforment en autant d’anecdotes délicieuses. Comme celle concernant Clint Eastwood. “Avec lui, c’est une prise puis c’est tout. Pour Invictus, j’avais du mal à trouver l’accent sud-africain et j’ai demandé à refaire la scène. Il m’a dit (il imite le timbre traînant du réalisateur) : Pourquoi ? Tu veux faire perdre le temps de tout le monde ?” Steven Spielberg l’a aussi épaté, mais pour d’autres raisons. “Pour une scène d’Il faut sauver le soldat Ryan, il filmait avec dix caméras. L’action des comédiens et le mouvement des caméras formaient une chorégraphie incroyable. Je n’ai pas assez profité de cette expérience, ne sachant où regarder.”

Robert DeNiro, lui, l’a impressionné aux répétitions. “Il n’avait que sept lignes à connaître, mais je l’ai vu les répéter inlassablement pendant 44 minutes. Tout ça pour arriver à les dire parfaitement au bon moment, avec le bon style.”

Good Will Hunting lui a permis de déménager

L’engagement de Robin Williams pour Good Will Hunting ne manque pas de sel non plus. “C’est en voyant Harvey Keitel dans Reservoir Dogs que Ben Affleck et moi avons compris comment cela fonctionnait. Il fallait écrire un très bon rôle de psychothérapeute, afin d’attirer une star, qui nous permettrait d’avoir de l’argent pour le financement et ainsi, Ben et moi pouvions avoir les rôles à côté !”

La technique a marché. Et a, de son propre aveu, changé complètement sa vie. “Quand on a reçu l’Oscar du scénario, on s’est rendu compte qu’on était à un tournant de notre vie. Nous étions tellement fauchés qu’on s’est acheté directement une nouvelle voiture. Et on a déménagé. Ben dormait sur le fauteuil du salon, mais il est si grand qu’il en dépassait. Comme nous n’avions pas de carte de crédit, nous allions voir les appartements dans de meilleurs quartiers avec la couverture de Variety, en montrant : C’est nous, nous avons l’argent pour louer l’appartement !”

“Je suis chanceux, conclut-t-il, toujours aussi radieux. J’ai été choisi par de nombreux réalisateurs, et le cinéma, cela reste avant tout un travail de réalisateur. On ne peut jamais jouer à la perfection, il faut toujours apprendre, s’améliorer, et c’est avec eux qu’on le fait le mieux.”

La seule chose qu'il n'aime pas dans son métier: la célébrité

Disponible, souriant, il n’y a qu’une seule chose que Matt Damon n’apprécie pas dans son métier : la célébrité. “Je suis entouré de personnes qui me gardent les pieds sur terre, explique-t-il. Il ne faut pas se prendre au sérieux. J’avais 27 ans quand je suis devenu célèbre. J’ai donc été plus longtemps anonyme. Et je ne voulais surtout pas que la célébrité change mes relations les plus importantes.”

Et d’illustrer son propos, évidemment, par une anecdote. “À Monaco, Brad (Pitt), George (Clooney) et moi devions marcher jusqu’à un stand de Formule 1. 500 mètres, pas plus. C’était la folie absolue. Tous les photographes étaient autour de Brad. À tel point que je devais dire aux gardes du corps, qui m’écartaient, que j’étais avec lui ! Brad marchait très cool, il prenait des photos. Cela ne l’affectait pas, alors qu’on ne peut pas trouver gars plus normal que lui. Moi, j’ai la chance de ne pas vivre cet enfer. Je suis si ennuyeux que j’échappe aux scandales.”

Difficile à croire, tant l'heure et demie passée en sa compagnie a filé à toute allure.