«L'ouverture compte avant tout»

Cinéma

Propos recueillis par Dominique Deprêtre

Publié le

Agnès Jaoui n'a pas pu s'empêcher de pleurer en lisant le scénario tant elle se sentait proche du personnage de Nina

BRUXELLES En tête d'affiche du dernier film de feu Richard Dembo, La maison de Nina, Agnès Jaoui a laissé ses compétences d'auteur et de metteur en scène à succès de côté pour se mettre au service d'un récit historique.

Rencontre avec une artiste hors du commun dans le panorama du cinéma français d'aujourd'hui.

Le contexte historique du film, celui de l'après-guerre, vous concernait-il personnellement?

«Je suis juive séfarade, ce qui signifie que même mes parents, nés en 1944 en Tunisie, n'ont jamais été concernés directement par les persécutions nazies. Disons que si je me suis sentie concernée par le contexte historique du récit, c'est dans le cadre de la mémoire collective. Cela dit, à titre personnel, je me suis sentie fortement interpellée. Indépendamment du fait qu'il s'agissait d'un magnifique scénario et d'un rôle en or, j'avais toutes les raisons d'accepter d'être Nina. A commencer par le fait qu'au départ je ne connaissais pas son histoire. Après avoir lu dix pages de scénario, je n'ai pas pu m'empêcher de pleurer.»

On sent effectivement que vous avez vécu ce rôle un peu comme si vous aviez vécu l'histoire vous-même...

«Je crois que parler des séquelles de la guerre est encore plus terrible que de parler de la guerre elle-même. Ces séquelles sont tellement longues qu'elles perdurent aujourd'hui encore, soixante ans et trois générations après les faits. À ce titre, le sujet m'intéressait d'autant que les convictions du personnage que j'incarne sont fort proches des miennes. J'ai été élevée dans la laïcité et j'ai horreur de toute forme de communautarisme. L'ouverture est pour moi ce qui compte avant tout.»

Actrice, scénariste, réalisatrice et... chanteuse

Durant le tournage, avez-vous remarqué des problèmes de santé chez le réalisateur?

«Pas du tout! Je ne connaissais pas Richard personnellement avant le tournage, mais j'ai rapidement appris à l'apprécier. C'était un personnage plein de vie, presque shakespearien. Durant l'ensemble du tournage, il nous est toujours apparu en pleine forme. Ce fut un choc incroyable d'apprendre sa disparition.»

Comment réagit-on comme actrice au service d'un autre quand on est soi-même devenu metteur en scène?

«J'éprouvais plus de difficulté en tant qu'actrice lorsque j'étais scénariste. Le fait d'être passée par la réalisation m'a fait prendre une conscience, celle d'être au service d'un univers qui n'est pas le sien, celui de l'actrice qu'on est, mais celui d'un metteur en scène. Et comme, heureusement, les films que je tourne en tant qu'actrice ne se ressemblent pas, j'éprouve toujours un réel plaisir à jouer.»

Mais l'écriture de votre prochain film ne vous démange pas un peu quand même...

«Je l'avoue, oui. Avec Jean-Pierre (NdlR: Bacri, son compagnon), on s'est remis sur un projet dont je ne veux encore rien dévoiler. Écrire, ça prend du temps et, là, je devrais me libérer un peu. Je vous annonce toutefois que je serai à Bruxelles pour chanter le 25 mars. Chanter, j'aime aussi ça...»

Et si on vous demandait quel serait le prochain rôle de vos rêves?

«J'ai plein de rôles dont je rêve. Celui d'une femme politique, celui d'une femme de pouvoir, celui d'une reine. Mais aussi celui d'une prostituée hypervulgaire. Un rôle extrême, ça doit être très excitant!»

© La Dernière Heure 2005

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