Nous avons vu, à Londres, la 24e aventure officielle de James Bond, Spectre, qui sortira dans nos salles le 4 novembre.

Privilégié. C’est exactement comme cela qu’on se sent lorsque retentit la mythique musique de James Bond, dans un cinéma londonien pour la 24e et plus longue (148 minutes) aventure de l’agent le moins secret de Sa Majesté. Qu’on avait quitté vieillissant et moralement atteint à la fin du formidable Skyfall. Et qui réapparaît bien plus fringant en smoking décoré comme un squelette à Mexico. Suffisamment en forme, en tout cas, pour faire s’effondrer un immeuble, tuer une demi-douzaine de terroristes et terrifier la population avec un hélicoptère. Le tout alors qu’officiellement il se trouvait là-bas "en vacances : il s’agit juste d’une coïncidence".

Elle tombe au plus mauvais moment. Son nouveau boss, C, patron du MI5 et désormais aussi du MI6, veut justement envoyer James Bond à la retraite. Pour lui, les drones et l’espionnage de tous les moyens de communication constituent l’avenir. Pas le programme double zéro.

Toujours aussi peu porté sur le respect de l’autorité que loyal envers l’ancienne M (Judi Dench, pour une toute dernière apparition surprise), Bond s’empare de l’Aston Martin réservée à 009 et part pour Rome tenter de faire parler sa seule piste pour remonter jusqu’à la tête du Spectre, la belle veuve (Monica Bellucci : on a bon goût dans la mafia) de l’homme qu’il a descendu au Mexique. Sans se douter qu’il va affronter ses pires ennemis, ressurgis du passé.

Pour son deuxième James Bond, Sam Mendes reprend en partie les recettes qui lui avaient si bien réussi pour Skyfall. Avec une séquence initiale destroy, haletante, ponctuée de cascades impressionnantes en hélicoptère, avant un générique magnifique, tantôt avec une pieuvre sur fond d’embrasement, tantôt avec des morceaux de verre qui reconstituent, au gré de leurs mouvements, les visages des principaux protagonistes croisés par l’agent Daniel Craig. Même si la musique de Sam Smith n’envoûte pas comme celle d’Adele, le charme opère.

S’il replonge ensuite dans le passé, Sam Mendes s’éloigne pourtant du schéma de Skyfall. Cette fois, les références dépassent le cadre de l’enfance et touchent à la période où l’espion se cachait sous le look de Sean Connery. Les fans apprécieront autant le gros méchant indestructible, Hinx (sorte de Jaws des temps modernes), les voitures d’une autre époque (notamment une Rolls Royce de 1948), le retour de l’action dans la neige ou celui des gadgets. Les plus jeunes, eux, auront le souffle coupé par une course-poursuite hallucinante dans les ruelles étroites de Rome, des explosions qui prouvent qu’on n’est plus en pleine crise pétrolière, les destructions massives ou le recours aux nouvelles technologies. Le tout sur un rythme plus endiablé mais moins fascinant visuellement ou psychologiquement que l’opus précédent.

Côté acteurs, deux petites déceptions, une belle surprise et une confirmation. Les deux premières : Monica Bellucci n’apparaît que furtivement, le temps de faire apprécier sa lingerie à 007, et Christoph Waltz n’étonne pas, pour une fois, en sadique machiavélique. La surprise : Léa Seydoux, assez éloignée du prototype de la Bond Girl, rayonne à l’écran et s’impose rapidement comme une évidence. La confirmation : Daniel Craig reste à nos yeux le plus crédible et le plus intéressant des James Bond.

Sans surprendre autant que Skyfall, cette suite (car c’en est une) répond aux attentes et devrait faire un malheur en salle à partir du 4 novembre.