Les salles obscures n'ont plus la cote

RABAT Le Maroc voit ses cinémas fermer les uns après les autres: entre piratage des films et vétusté des salles, les professionnels du secteur ont du mal à enrayer le mouvement.

«2005 détient un triste record. Plus de 20 cinémas ont fermé à travers le Maroc, contre une moyenne de dix les années précédentes», déplore Mohamed Bakrim, adjoint du directeur général au Centre cinématographique marocain (CCM). Et de noter avec pessimisme que l'année n'est pas encore terminée.

«Le Maroc, qui comptait 250 salles il y a une dizaine d'années, n'en a plus que 140 aujourd'hui», indique-t-il. Les salles obscures ont accueilli en 2004 à peine sept millions de spectateurs contre 27 millions à la fin des années 80, poursuit le responsable.

Mohamed Bakrim ne cache pas sa nostalgie des années 60. «Dans la seule ville de Casablanca il y a avait 52 cinémas et même les petites villes avaient leur salle», se souvient-t-il. Dans son groupe d'amis, les cinéphiles étaient nombreux et le rendez-vous ciné incontournable.

«Les jeunes d'aujourd'hui ont découvert le 7e art non les salles obscures mais chez eux, avec leur télécommande», déplore-t-il, accusant le piratage.

Les temps ont commencé à devenir dur pour les cinémas avec l'arrivée dans les années 80 des paraboles et des cassettes vidéo.

«Le phénomène a pris une toute autre ampleur avec le piratage des DVD, à la fin des années 90,» explique-t-il. Aujourd'hui, un film est vendu en médina à moins de 10 dirhams (90 centimes d'euro) quelques jours seulement après sa sortie en salle.

«C'est du piratage sauvage», lance M. Bakrim. «Des cafés diffusent aujourd'hui des films piratés en faisant payer la consommation un peu plus cher. Comment les cinémas, où il faut payer un ticket, peuvent-ils résister?», demande-t-il. s

© La Dernière Heure 2005