Cinéma

Dès l’annonce de la sélection de la 76e Mostra de Venise, le 26 juillet dernier, des dents avaient grincé sur la quasi absence des femmes en Compétition. 

Seules deux réalisatrices tenteront en effet de décrocher le Lion d’or : la Saoudienne Haifaa Al-Mansou avec The Perfect Candidate et l’Australienne Shannon Murphy avec Babyteeth. Et ce alors que, l’année précédente déjà, la même polémique avait éclaté quand une seule femme avait été retenue en Compétition : l’Australienne Jennifer Kent pour The Nightingale (doublement primé). En réaction, la section indépendante des Giornate degli Autori avait annoncé une sélection paritaire entre réalisateurs et réalisatrices.

À titre de comparaison, en février dernier, la Berlinale avait poussé jusqu’à sept le nombre de films de femmes en Compétition, contre quatre à Cannes.

Deux cinéastes accusés de viol invités

Pour tenter d’éteindre un feu attendu - depuis l’éclatement de l’affaire Weinstein, la question de la représentation des femmes est au centre de tous les débats dans le monde du cinéma -, le directeur de la Mostra Alberto Barbera a choisi une femme pour présider le jury international : la cinéaste argentine Lucrecia Martel (qui succède notamment à l’actrice Annette Bening en 2017). Mais cela n’aura pas suffi.

Depuis quelques jours, des critiques se font entendre, non seulement pour souligner la sous-représentation des femmes dans la sélection officielle vénitienne, mais surtout la présence au générique de deux hommes accusés de viol : le Français Roman Polanski (qui présente en Compétition J’accuse, sur l’affaire Dreyfus) et l’Américain Nate Parker (l’auteur de The Birth of a Nation dévoilera en section Sconfini son nouveau film American Skin, produit par Spike Lee).

Dans une interview au Hollywood Reporter, Barbera a justifé la sélection de Polanski, âgé de 86 ans. "C’est l’un des derniers grand cinéastes européens, l’un des derniers vrais artistes du cinéma du XXe siècle. Je pense qu’il faudrait toujours faire une distinction entre l’homme et l’artiste", plaide-t-il. Ajoutant que J’accuse était un "grand film", "une expression politique forte qui parle pas seulement du passé, mais qui offre une lecture très contemporaine du racisme et d’autres types de problèmes".

Ce n’est sans doute pas l’arrivée, ce soir sur le tapis rouge, de Catherine Deneuve, à l’affiche du film d’ouverture La Vérité de Kore-eda, qui apaisera les esprits. On se souvient en effet qu’au lendemain de l’éclosion du mouvement #MeToo, la star française avait signé une pétition pour le moins controversée défendant "la liberté d’importuner" les femmes.

Une liberté d’importuner qui dérape parfois. Comme l’année dernière, lorsqu’un producteur français se montra un peu trop insistant avec une jeune attachée de presse belge de 18 ans. Dans ces cas-là, la Mostra n’a malheureusement prévu aucune procédure. Contrairement à Cannes, où une ligne téléphonique anti-harcèlement avait été ouverte dès 2018…