C'est bien connu, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Mais dans le cas du covid, il fait surtout le bonheur d'un seul secteur, celui des plateformes de streaming. Avec 192,95 millions d’abonnés lors du dernier recensement officiel, en juillet, Netflix a largement conforté sa position de leader incontournable depuis le début de la pandémie. Mais elle n'est pas la seule à en profiter. Lancé voici un an à peine (le 12 novembre 2019 aux États-Unis), Disney + pulvérise toutes les attentes. Son objectif était d'atteindre de 60 à 90 millions d'abonnés en cinq ans, et il est déjà largement atteint, avec 73,7 millions de souscripteurs au 3 octobre.

Un résultat qui permet à Disney de limiter les dégâts au niveau de son groupe. Le chiffre d'affaires de l'empire aux grandes oreilles rondes est passé de 19 milliards l'an dernier à la même époque à 14,7 milliards cette année, soit une diminution moins importante que celle généralement prévue par Wall Street. Mais alors qu'en 2019, il enregistrait 771 millions $ de bénéfices, cette année, les comptes plongent dans le rouge pour 710 millions $. En cause, principalement, l'effondrement des recettes dans les parcs d'attraction (- 61 % en douze mois) et au cinéma (- 52 %).

Comme Peacock (22 millions d'abonnés pour la plateforme de streaming appartenant à NBCUniversal) et HBO Max (8,5 millions de souscripteurs pour celle de WarnerMedia) connaissent des réussites un peu moins fulgurantes, on comprend aisément que le nouveau boss de Disney, Bob Chapek, ait décidé de "mettre beaucoup de vent dans les voiles de Disney + et de massivement y investir." Avec un changement de stratégie.

Alors que Mulan avait été proposé en VOD payante (29,99 $ aux USA, gratuit chez nous à partir du 4 décembre), le film d'animation Pixar, Soul, sera offert gracieusement à tous les abonnés le 25 décembre. Un choix susceptible d'apporter de précieux enseignements. Disney + pourra tout de suite mesurer l'impact sur ses abonnements de la diffusion d'un des films les plus attendus de 2020. S'il est important, cela pourrait donner envie au management de poursuivre l'expérience avec d'autres blockbusters, surtout si les cinémas ne rouvrent pas rapidement. Car ici, la société récolte la totalité des recettes, contre la moitié dans les multiplexes. Et si cela ne fait pas grimper les courbes, il s'agira juste d'un beau cadeau fait aux clients actuels qui permettra d'évaluer tout l'intérêt de continuer à projeter les grosses productions sur grand écran.

Une tactique à laquelle réfléchirait aussi la concurrence. Selon plusieurs grands médias américains, deux options seraient étudiées par WarnerMedia concernant la sortie de Wonder Woman 1984. La première, vu les résultats décevants de Tenet, consisterait à reporter une nouvelle fois la sortie en salle en 2021. La seconde maintiendrait les projections dès le 23 décembre sur les écrans géants, avec une mise à disposition sur HBO Max dès le mois de janvier 2021, histoire d'y relancer la campagne d'abonnement.

Les propriétaires des salles de cinéma, déjà dans une situation catastrophique, vont suivre tout cela avec effroi.

© Disney/Pixar