Jarhead. Sur les traces de Full Metal Jacket

BRUXELLES Dans le jargon de l'US Army, le terme jarhead - littéralement tête de jarre - qualifie traditionnellement le marine par référence à son crâne réglementairement rasé de près. Désormais, Jarhead fera partie des must dans la collection des grands films de guerre qui ont jalonné l'histoire du Septième Art. Le film de Sam Mendes est en effet du niveau du fameux Full Metal Jacket de Stanley Kubrick qu'il rappelle d'ailleurs à de nombreux points de vue.

La différence, mais elle est de taille, c'est qu'on n'est plus au Vietnam, ici, mais bien à la veille de la première Guerre du Golfe. En 1990, Anthony Swofford, fils et petit-fils de militaire, est envoyé dans le désert saoudien alors qu'il vient juste d'achever son instruction. Très rapidement, le gaillard va s'apercevoir que la vraie guerre est située à des années lumière de ce que les clichés et autres manuels ont laissé imaginer. Jadis tête de turc du bataillon, Toni va devenir un vrai soldat d'élite, sans perdre pour autant sa personnalité...

L'ouvrage est l'adaptation du roman autobiographique éponyme du véritable Swofford qui, sans être intervenu lors du tournage, s'est déclaré parfaitement satisfait du résultat, estimant même que dans certains passages, le réalisateur avait décrit de façon plus intense encore ses propres émotions. C'est dire que Sam Mendes, brillamment révélé par American Beauty et parfaitement confirmé par Road to Perdition, aura décidément réalisé un parcours hors pair en trois films dans trois genres très différents, preuve d'un talent éclectique pourtant formé non pas en Californie mais dans son Angleterre natale.

Jarhead commence sur un mode mineur, fort proche de la comédie troupière, un peu à la manière d'une caricature des nombreux films du genre. Mais l'auteur a bien caché son jeu, en passant presque sans qu'on s'en aperçoive, à un récit exceptionnellement réaliste conduisant logiquement à la démonstration par l'absurde. Sans excès au niveau des trucages - aucune scène aérienne ne vient troubler l'action vue du sol par les fantassins de l'Oncle Sam - le film est admirablement joué par Jake Gyllenhaal, jadis révélé par October Sky et finalement choisi après que Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, Christian Bale et Joshua Jackson eussent été pressentis. Peter Sarsgaard (Flight Plan) et Jamie Ray Foxx complètent la tête de distribution.

© La Dernière Heure 2006