Elle décroche le premier prix d’interprétation de sa carrière lors d’une soirée dominée par " Les premiers, les derniers".

C’est une tradition qui vaut bien celle du jour de la marmotte ou les Césars : tous les ans, le gratin du cinéma belge se réunit pour faire la fête et, accessoirement, distribuer des prix sous la présidence, hier soir, de Virgnie Efira, ultraglamour dans sa robe blanche et dorée.

Et si Salomé Richard (Magritte de l’espoir féminin) a tenté de voler la vedette sur le tapis bleu avec un dessus de robe qui tenait avant tout du filet de pêche, c’est quand même Marie Gillain, classe dans une robe longue bleu Roy, le prince Laurent (en pull et chemise ouverte, sans cravate ni nœud papillon) et l’invité-surprise, le barbu Jean Dujardin, qui ont fait le plus crépiter les fhases.

Entrée étonnante

D’entrée de jeu, la présentatrice Anne-Pascale Clairembourg a placé la soirée sous le signe du surréalisme. En déclarant notamment : "2016, quelle année nulle…" Savait-elle seulement qu’on remettait les prix pour le meilleur du cinéma belge en… 2016 ?

Hallucinant. Et d’un ennui insondable. Tout le contraire de la présentation de Virginie Efira, parodiant joliment Donald Trump : "We will make the Magritte great again". "Vous avez misé sur la bonne personne." Puis, s’adressant à la présentatrice : "Tu te calmes. Je sais par où t’attraper !" Et de proposer de bâtir un mur autour des habituels nommés. Drôle.

Que retenir d’autre de cette soirée, très visuelle (un lama qui remet des prix, des danseurs hip-hop qui tentent d’arracher un prix dans un mouvement découpé au stroboscope) mais très lente au démarrage ?

Tout d’abord, la victoire de Bouli Lanners et de sa comédie d’une humanité folle, Les premiers, les derniers. Avec cinq trophées (meilleurs film, réalisateur, rôle secondaire masculin pour David Murgia, costumes et décors), il l’emporte haut la main. Suivi à deux distances par Keeper et à trois par Je me tue à le dire et La tortue rouge.

"Je ne sais plus quoi dire, épuisé par trop d’émotions", a conclu le cinéaste triomphateur. Avant d’ajouter avec beaucoup d’humour : "C’est bien de dire un peu du mal des Magritte : ça paie. Maintenant, j’ai juste envie d’aller boire un verre…"

Peu probable que Joachim Lafosse soit d’humeur à l’accompagner dans ses libations. L’économie du couple, son film qui a pourtant été magnifiquement reçu internationalement, a été totalement snobé et n’a reçu aucune récompense. Surréaliste et incompréhensible.

L’humour de Virginie Efira

Par contre, il est plus à parier que Virginie Efira se soit jointe à lui. Pour la toute première fois, elle a décroché une récompense cinématographique autre que le prix du public. Et même si elle doit partager le trophée avec Astrid Whettnall, elle le fait avec beaucoup d’humour. "Qui prend la pique, qui prend la boule ?", déclare-t-elle en regardant la statuette. Avant d’ajouter malicieusement : "Beaucoup de plaisir en perspective…"

Puis, avec élégance, elle dit un petit mot pour sa partenaire dans la victoire : "Cela me fait très plaisir de le recevoir avec toi, Astrid, surtout des mains de Jean Dujardin. Même si je ne sais pas si en tant que présidente, tout ça est très légal…"

L’émotion d’André Dussollier

Au moment des grandes émotions, on notera le triomphe de Jean-Jacques Rausin, manifestement interloqué d’avoir emporté le prix du meilleur acteur face à Bouli Lanners et François Damiens. Ou celle d’André Dussollier, tout rouge face à un public qui l’acclame debout. "Il va peut-être falloir que je demande la nationalité belge", lâche-t-il alors en évoquant la polémique qui entoure Chez nous, le film de Lucas Belvaux qui marque sa toute première collaboration avec un cinéaste de notre pays.

Une belle soirée, au final, malgré un palmarès parfois fort étrange, qui renforce l’impression déjà ressentie après les nominations dont les frères Dardenne avaient été bizarrement oubliés : il est de plus en plus difficile pour nos cinéastes les plus cotés à l’étranger d’être prophètes en leur pays. Même si Bouli Lanners mérite mille fois son triomphe.