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LOS ANGELES Zero dark thirty. Une enquête choc qui laisse hélas quelques questions importantes en suspens. RÉSUMÉ. Quasiment dix ans. Une éternité. Mais pourquoi le pays le plus puissant du monde a-t-il mis près d’une décennie pour définitivement mettre hors d’état de nuire le responsable des attentats du 11 septembre 2001 ? La CIA a pourtant dépensé des milliards de dollars et a eu recours à des méthodes aussi inavouables que la torture pour obtenir des résultats. Alors, pourquoi est-ce que l’impressionnante machine de renseignements américaine a-t-elle patiné aussi longtemps avant d’atteindre son but ?

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NOTRE AVIS. Provocatrice en diable, la réalisatrice du multi-oscarisé Démineurs , Kathryn Bigelow, construit sa traque sur une idée amenée à faire grincer des dents : c’est une femme qui fait tomber l’intégriste islamiste Ben Laden. L’agent Maya Rudolph, dans le film. Tenace, elle ne lâche rien. Et annonce froidement aux terroristes interrogés de manière extrêmement musclée qu’elle n’est pas leur amie. Faut pas compter sur elle pour adoucir le sort de qui que ce soit. Son boulot, c’est de remonter la piste par tous les moyens possibles. Via un simple coursier dont elle sait, vu la manière dont tout le monde nie son existence, qu’il occupe des fonctions-clés au sein d’al-Qaida.

Assez étrangement, Kathryn Bigelow semble avoir tourné deux films en un seul. Le premier, de loin le plus captivant, se concentre sur les raisons de l’échec. Pistes farfelues par milliers, rumeurs invérifiables, prisonniers qui envoient sur de fausses pistes, cette première heure et demie montre à quel point le travail de la CIA a été lourd, démoralisant, harassant, inhumain. On torture comme on boit une tasse de café, sans état d’âme. Avec la certitude que le suspect ne reverra jamais le soleil. Le changement d’administration modifie les méthodes, mais ne donne guère plus de résultats. Sur le terrain, chaque enquête peut devenir la dernière. Tout patine et rend l’ambiance de plus en plus lourde.

On est loin des Experts et des autres séries américaines. La réalité est moins reluisante. Moins efficace aussi. Kathryn Bigelow a le bon goût de ne rien nous épargner, d’éviter tout glamour, tout triomphalisme malvenu. C’est juste une mission, sordide, obsédante.

L’autre film commence avec le repérage de la maison fortifiée dans laquelle réside Ben Laden. Pendant plus de 100 jours, l’administration Obama n’autorise pas la prise d’assaut. Faute de certitudes. Puis, sans prévenir les autorités pakistanaises, donne le feu vert à l’opération militaire. Qu’on vit comme un reportage de guerre en direct, en pleine nuit, via des lunettes infrarouges. Même si le suspense est inexistant, la réalisatrice parvient à nous rendre les mains moites, à nous captiver d’un bout à l’autre. Jusqu’au moment fatidique.

Et c’est peut-être là, en plus du rebondissement ultraléger qui permet de retrouver la trace de Ben Laden, que se situe la déception. Autant Kathryn Bigelow charge George W. Bush, autant elle épargne Barack Obama. Les soldats abattent Ben Laden sans l’ombre d’une hésitation. Ce qu’ils n’auraient jamais fait sans ordre venu d’en haut. Mais ce n’est jamais montré. Ni même suggéré. Du coup, elle évacue d’autres questions importantes : pourquoi les USA n’ont pas cherché à capturer vivant celui qui pouvait leur permettre de démanteler tout le réseau d’al-Qaida ? Pour qui son procès aurait-il représenté le plus de danger ? Une démocratie peut-elle justifier une exécution sommaire ? Ces questions, sensibles et polémiques, sont toutes évacuées. Et c’est dommage. Cela jette un voile sur un film par ailleurs fort intéressant.

Zero dark thirty

Thriller

Réalisé par Kathryn Bigelow

Avec Jessica Chastain

Durée 2 h 29



© La Dernière Heure 2013