Nicolas Gob, confiné en famille, craint que l’on ne retienne pas les leçons de la crise.

Il aurait dû reprendre les tournages de L’art du crime, début avril, mais, comme tout le monde, Nicolas Gob a mis sa vie sur "pause", depuis le début du confinement. Dans le Val-de-Marne, où l’acteur belge vient de s’installer, il profite de ce moment hors du temps pour faire du bricolage, construire des meubles (pas en kit) et jouer avec ses enfants. "Pour moi, c’était déjà, un peu, une période de latence avant le début de la crise, dit-il. J’ai l’impression que la période continue, s’étire."

Qu’est-ce que vous avez découvert, contraint et forcé ?

"C’est marrant parce qu’on en parlait il n’y a pas très longtemps : on remarquait à quel point on s’émerveillait de choses hyper naturelles, instinctives. Bon, avec les mômes, il y a des réveils, des devoirs. Mais le rythme est quand même différent. On s’étonne de ça alors que c’est le rythme qu’on devrait quasiment tous avoir. On manque de temps pour soi, pour se poser les bonnes questions. Cela dit, pour arriver à faire un certain travail sur soi, il faut être privilégié. Trois-quarts des gens sont en grosse galère financière, psychologique, enfermés dans des espaces clos. Moi, j’ai de la chance, je suis sur ma terrasse, on a un grand jardin, on sort, on peut vaquer à des occupations."

Vos enfants, ils le vivent comment ? Vous leur expliquez les choses ?

"Au tout-petit, qui a un peu plus d’un an, je n’explique rien ! Il survole ça et c’est d’ailleurs assez agréable de se mettre à son rythme à lui, dans son innocence. La plus grande, qui a huit ans, comprend. C’est une gamine très sensible et on parle beaucoup. Mais, quand même, elle ne mesure pas l’ampleur et la gravité de la situation. C’est comme s’ils ne savaient pas encore que c’était la première mouture de ce qu’ils vont vivre en permanence. Je ne dis pas qu’ils vont vivre des pandémies en permanence, mais c’est tout de même un prélude de ‘plus tard’. Ils n’ont pas conscience d’un truc qu’ils vont devoir gérer bien plus que nous : une situation, une économie, une écologie. C’est étonnant d’observer que c’est un vrai rappel à l’ordre."

Vous le voyez comment, cet "après" ?

"On nous dit déjà que c’est une catastrophe… économique. On ne parle que de ça. Le but, après, ce sera de relancer l’économie, de faire chauffer les fourneaux quatre fois plus et que ça reparte de plus belle. On n’en tirera, hélas !, aucune leçon. Pourtant, je trouve incroyable qu’on nous dise que la qualité de l’air est meilleure : ça veut dire qu’on pourrait y arriver. Mais il y a toujours 5 % de connards qui veulent amasser avant de mourir et on est tous tributaires de ça. Il y a quelques jours, je parlais avec ma mère de la faculté d’adaptation que l’on a… Imaginez qu’un jour, on voit Superman passer dans le ciel. Tout le monde se dirait ‘Putain, c’est quoi ? Superman existe vraiment ?’, ça ferait la Une des journaux pendant un mois. Et puis, ça rentrerait dans les mœurs, Superman ferait ses actions, à droite et à gauche. Là, c’est pareil : on s’adapte à un truc qui est un truc de films. C’est un vrai début de fin du monde… C’est le début de World War Z . Et on s’adapte à ça. Mais qu’est-ce qu’on pourrait faire d’autre ?"

© D.R.