Joachim Lafosse attend avec impatience d’être jugé sur base de son film, À perdre la raison , qui va faire l’événement ce mardi à Cannes

CANNES Le Festival de Cannes va – enfin – connaître un sérieux coup d’accélérateur ce mardi. Avec l’arrivée de Brad Pitt sur les marches pour la présentation de Killing them softly , la projection du nouveau Ken Loach, The angels’share et la présentation dans la section Un certain regard du film dont tous les journalistes étrangers nous parlent depuis le début du Festival, surtout pour demander pourquoi il n’est pas en compétition officielle, À perdre la raison de Joachim Lafosse.

Ici, le quintuple meurtre de Nivelles ne suscite pas le même émoi qu’en Belgique. Et l’affaire Lhermitte ne signifie pas grand-chose dans l’esprit de la plupart des festivaliers. Mais les polémiques qui ont suivi l’annonce du projet sur notre territoire ont aiguisé bien des curiosités.

Joachim Lafosse, lui, aborde tout ça avec sérénité. “Je n’ai jamais voulu de cette médiatisation, explique-t-il. D’ailleurs, avant Cannes, je n’ai transmis qu’un communiqué. J’ai refusé toutes les interviews pour ne pas mettre de l’huile sur le feu. Je pense qu’un artiste a le devoir de donner sa vision des événements pour apporter des éléments de réflexion. En France, on a tourné un film sur l’affaire d’Outreau et aux USA, sur les attentats du 11 Septembre. Ce n’est pas parce que c’est arrivé près de chez nous qu’il ne faut pas traiter des événements.

Comment abordez-vous ce Festival de Cannes ?

“Quand on a travaillé avec des acteurs qui donnent autant, on ne peut qu’être super-heureux de montrer le film à Cannes à Un certain regard. Je trouve juste que la performance d’Émilie (Dequenne, NdlR) aurait mérité d’être en compétition officielle parce qu’elle est à la hauteur d’un prix d’interprétation. C’est flagrant. Les autres aussi sont parfaits, mais elle, elle est vraiment incroyable de justesse dans toutes les situations.”

Le film est très attendu. Vous ressentez la pression ?

“C’est juste formidable d’être là. C’est le plus grand cinéma du monde. Je peux donc montrer le film aux représentants de toute la planète. Et, tout d’un coup, se rendre compte que des gens des États-Unis, d’Italie ou d’Inde sont totalement fascinés par cette histoire, c’est le rêve de tout cinéaste.”

En Belgique, les réactions risquent d’être plus passionnelles…

“Oui, tout à fait. Alors qu’ici, quand vous discutez avec les journalistes étrangers, vous vous rendez compte qu’ils ne connaissent pas l’affaire Lhermitte. C’est ça qui est fou. Ils vont donc juger une fiction, le travail de trois scénaristes, l’interprétation. Moi, j’ai essayé d’être sobre. Cela m’aurait paru totalement scandaleux de ne pas l’être. Il faut respecter tous les personnages du film. J’attends donc les réactions sur base du film avec beaucoup d’impatience, évidemment.”



© La Dernière Heure 2012