Frank Aalbers, un Anversois de 46 ans, n’a étudié ni l’informatique ni le dessin. Il est pourtant une des chevilles ouvrières de Rebelle

BRUXELLES Allez savoir pourquoi, mais tous les cracks en informatique ont un physique de parfait Américain. Même Frank Aalbers, un bon vivant souriant et rondouillard qui vit à San Francisco mais vient de chez nous. Le Belge de chez Pixar adore raconter qu’il a travaillé jadis dans les docks d’Anvers, qu’il n’a jamais étudié l’informatique et qu’il a commencé à chercher des effets 3D, en 1993, avec un Amiga 500, simplissime ordinateur familial dont se souviennent probablement les aînés.

Quatre ans plus tard, il était engagé aux États-Unis par une société hollywoodienne qui devait réaliser une structure 3D du Titanic pour le film de James Cameron. Depuis 2001, il travaille à Emeryville, à côté de San Francisco, dans les studios Pixar où il a participé pleinement à la réalisation du nouveau film, Rebelle. Qui sort aujourd’hui.

“J’ai travaillé au sein d’une équipe de 17 personnes chargées de la dynamique. C’est-à-dire de tous les petits éléments qui bougent en même temps que les personnages ou que l’action : les cheveux, les moustaches, les poils des animaux, les vêtements, un tapis que l’on soulève, un drapeau dans le vent… Et s’il y a beaucoup de vent, il y a plus de mouvement ! Il faut que tout cela soit réaliste et crédible. Nous travaillons image par image, à force de calculs qui tiennent compte de l’accélération de la scène, de la gravité et de beaucoup de paramètres dynamiques. Ce film représente trois années de ma vie. Pour moi, ça s’est terminé à la fin du mois de mars.”

Ce n’est pas un job répétitif ?

“C’est une passion ! C’est quand même très visuel, et cela demande du feeling. Un jour, Mark Andrews, le réalisateur, est venu nous trouver pour nous expliquer qu’à un certain moment, alors que la princesse Mérida était en train de courir, il souhaitait un effet romantique. Clairement, cela ne pouvait être obtenu que si la robe suivait le mouvement d’une façon originale. Nous avons dû recommencer tout notre travail, changer la dynamique de la scène; mais, en même temps, c’était un exercice très artistique.”

Vous aviez déjà fait de la 3D du temps où vous viviez en Belgique ?

“Mais oui ! Quand j’ai reçu mon Amiga 500, qui était un des premiers ordinateurs familiaux avec de la couleur, je faisais des petites expériences pour m’amuser. Et j’obtenais des effets 3D rudimentaires. C’était un hobby. J’avais un autre hobby : la musique. Je connaissais du monde dans ce milieu. Et un grand nom de la techno, en Belgique, Frank De Wulf, m’a demandé de réaliser pour lui une sorte de vidéo clip 3D techno pour ses shows et ses clips.”

Avec votre Amiga ?

“Au début ! Mais la télévision flamande, qui était encore la BRT, m’a demandé d’en réaliser un aussi. Puis il y a eu d’autres demandes. Frank, qui avait les budgets, s’est équipé avec un bon matériel. Il avait les machines; moi, j’avais le know how. Entre 1994 et 1997, nous avons réalisé ensemble 84 projets. Jusqu’en 1996, j’avais un job chez Opel. Je peux vous dire que je travaillais jour et nuit. En Belgique, la 3D ne payait pas bien. Mais j’aimais ça.”

Et l’Amérique ?

“J’ai commencé par montrer ce que je faisais par Internet à des gens de Los Angeles qui m’ont suggéré de venir à la Nouvelle-Orléans où a lieu, chaque année, un salon pour professionnels des effets visuels 3D, le Sirograph. On y remet des prix, les Wavey Awards. J’y ai présenté un de mes films et j’ai reçu cinq awards dans différentes catégories. Partant de là, mon nom était connu dans ce milieu. J’ai reçu rapidement une proposition et, en 1997, je suis arrivé ici.”



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