Crimen Ferpecto. Une réussite espagnole

BRUXELLES Les cinéphiles qui ont vu Perdita Durango, road movie hispano-mexicain que n'aurait pas dénigré Sam Peckinpah, n'ont pas oublié le nom d'Alex de la Iglesia. Ce réalisateur basque fait partie de ces auteurs qui donnent au cinéma espagnol les couleurs les plus vives, de nature à enchanter les amateurs de pellicules originales et intelligentes. Crimen ferpecto constitue un nouvel exemple de cet esprit inventif et débridé.

Ce crime farpait n'en est pas vraiment un. Chef du rayon prêt-à-porter féminin, Rafael est le type même du séducteur ambitieux. Mais le poste de floor manager lui passe sous le nez au profit de son concurrent du rayon masculin. Les deux hommes se détestent cordialement, et, lors d'une altercation, Rafael tue accidentellement son nouveau supérieur. Pas de chance, il y a un témoin de la scène. Il s'agit de Lourdes, la seule fille moche de l'étage. Celle-ci l'aide à se débarrasser du cadavre, mais le prix à payer est lourd: elle exige de Rafael qu'il devienne son amant, son esclave...

De la Iglesia n'a reculé devant rien pour en mettre plein la vue: introduction narrative décalée, voix off carrément mise en scène, cadavre qui parle... Dans cette fable sur le couple moderne confronté au syndrome de la réussite à tout prix, l'auteur n'a pas choisi de direction: il est parti dans tous les sens. On sent parfois la grosse farce, certes, mais le rythme de la narration rend celle-ci tellement jubilatoire qu'on ne perd pas une seconde de ces cent minutes de vrai bonheur cinématographique. D. Dep.

© La Dernière Heure 2005