Dix-huit films étaient en lice, et les autres prix sont presque tous allés à de jeunes talents


BERLIN Le film "La teta asustada" de Claudia Llosa, bouleversante évocation des viols au Pérou pendant les affrontements politiques des années 1980, a remporté l'Ours d'or d'une Berlinale où ont triomphé les jeunes talents et l'Amérique du sud, samedi soir.

Le jury présidé par l'actrice écossaise Tilda Swinton l'a sacré à l'unanimité.
"C'est magnifique ! Merci, merci au jury", s'est écriée la cinéaste, scénariste et productrice italo-péruvienne de 32 ans, avant de faire monter toute l'équipe du film sur la scène du palais de la Berlinale.
"C'est le premier film péruvien à concourir à Berlin et à gagner un Ours d'or, bien sûr. Nous avons besoin de prix comme celui-ci, c'est important que les gens puissent voir notre film", a-t-elle dit plus tard à la presse.
Très émue, sa comédienne aux origines andines Magaly Solier a brièvement parlé et chanté dans sa langue, le quechua.
"Je veux remercier infiniment ma mère, toutes les femmes et vous tous, je dédie ce prix à ma mère et à tout le Pérou !" a-t-elle dit en espagnol.
Elle campe une jeune femme dont la mère a été violée pendant les combats entre l'armée et la guérilla maoïste du Sentier lumineux, et qui souffre d'un mal mystérieux, "la teta asustada" (littéralement "le sein effrayé") transmis par le sein maternel.


Repérée par Claudia Llosa pour son premier film "Madeinusa", alors qu'elle vendait des friandises sur les marches de l'église d'un village dans la région d'Ayacucho au Pérou, Magaly Solier a composé des chants en quechua d'une grande beauté pour "La teta asustada".
Cette production hispano-péruvienne qui exalte l'imaginaire de la culture indienne a vivement ému au 59e festival international du film de Berlin, dont la sélection était plutôt terne.


Ancien griot, le Malien Sotigui Kouyaté, 72 ans, a fait montre de ses talents de conteur en ponctuant d'un discours-fleuve son Ours d'argent du meilleur acteur pour "London river" du Franco-Algérien Rachid Bouchareb, qui l'avait déjà dirigé dans "Little Senegal" en 2001.
"C'est la variété des arbres qui fait la beauté d'une forêt, la variété des couleurs qui fait un beau bouquet de fleurs, un beau tapis, et c'est deux mains qui se frottent pour être bien propres", a dit l'acteur à la longue silhouette de patriarche, en rendant hommage à la Berlinale qui "permet aux peuples de se rencontrer".

L'Autrichienne Birgit Minichmayr, 31 ans, a été distinguée d'un Ours d'argent pour son rôle dans "Tous les autres", portrait tragi-comique d'un couple signé par l'Allemande Maren Ade, dont le film a reçu le prix du jury.
De son côté l'Iranien Asghar Farhadi, 36 ans, a gagné l'Ours d'argent du meilleur réalisateur avec "About Elly", où la jeune bourgeoisie de Téhéran joue avec les codes sociaux imposés par l'islam.

Véritable héros de la soirée, l'Argentin Adrian Biniez, 34 ans, a raflé trois prix avec "Gigante", le portrait insolite et drôle d'un veilleur de nuit de supermarché qui, sous un physique menaçant, cache une âme sensible.
Il a reçu le prix du jury - décerné également à "Tous les autres" -, celui du meilleur premier film et le prix Alfred Bauer.
"Je voudrais que ma maman soit là!" a-t-il lancé lancé, manifestement fou de joie.

Scénariste chevronné, lui, l'Américano-israélien Oven Moverman, 42 ans, a gagné le prix du scénario avec son premier long métrage, "The Messenger", qui met en scène la douleur des familles de soldats américains morts en Irak.
Le film "La teta asustada" de Claudia Llosa, a remporté l'Ours d'or au festival la Berlinale où ont triomphés les jeunes talents et l'Amérique du sud.

© La Dernière Heure 2009