Le film qui triomphe au box-office mondial déchaîne les polémiques aux USA.

C’était trop beau. Pour une fois, le grand public (meilleur démarrage pour un film au mois d’octobre), la critique internationale et les cinéphiles (Lion d’or au festival de Venise) étaient d’accord pour encenser un film, Joker, de Todd Phillips. Mais l’œuvre fait des vagues aux États-Unis et suscite de vives polémiques. À tel point que nombre de stars n’osent pas donner publiquement leur avis à ce sujet.

La raison de ce déchaînement ? Une partie du public américain estime que Joker fait l’apologie de la violence, en la rendant sympathique. Vanity Fair, par exemple, écrit qu’il "peut constituer une propagande irresponsable pour les hommes présentés comme malades mentaux. Joker est-il un film qui célèbre cette attitude ou pose-t-il un regard horrifié ? Ou n’y a-t-il simplement aucune différence ?"

Le Time, lui, parle de long métrage "agressif et possiblement irresponsable" qui fait du Joker "le saint patron des incels (des "célibataires involontaires" qui se vengent cruellement des femmes, NdlR). L’armée US s’est même fendue d’un rapport mettant en garde contre le risque de fusillade de masse après la projection du film. Une situation qui peut paraître paradoxale : outre-Atlantique, on semble plus craindre l’impact d’une fiction que la vente libre d’armes à feu, même de guerre.

Une chose est sûre : Joker relance l’éternel débat sur l’étroite limite entre dénonciation de la violence et complaisance envers elle. Todd Phillips s’était fixé pour objectif de tendre un miroir pour dévoiler les causes sociétales et la misère sociale susceptibles de déboucher sur la violence extrême. Manifestement, aux États-Unis, cela ne plaît pas à tout le monde. La controverse a pris tellement d’ampleur que la voie royale vers les Oscars pourrait bien se terminer par un rire jaune du Joker.