Interview exclusive de Gérard Hernandez, 84 ans, la voix du vieux sage dans Les Schtroumpfs et Le Village perdu.

Même bien préparé, cela reste assez déroutant d’entendre la voix du Grand Schtroumpf dans son GSM. Et magique. Facétieux comme un grand gamin de 84 ans, Gérard Hernandez ne se lasse toujours pas de parler avec le timbre de l’aïeul des lutins bleus, ce qu’il fait depuis 1981. "Au début, j’avais fait vieillir ma voix mais maintenant, je suis complètement dedans, explique-t-il en riant. La première fois que je l’ai doublé, Peyo est venu nous diriger à Paris. Il nous a expliqué ce qu’étaient les Schtroumpfs et nous a parlé en schtroumpf. C’était génial. Il était formidablement sympathique. Quand on lui a dit que j’allais doubler le Grand Schtroumpf, il était étonné. Mais quand il a entendu ma voix, il m’a dit : C’est tout à fait ça. Depuis, dans la vie, je parle souvent avec la voix du Grand Schtroumpf, pour qui j’ai une grande tendresse : plus le temps passe et plus on se ressemble."

En quoi ?

"Le Grand Schtroumpf, c’est moi ! Dans ma tête, j’ai 8 ans, comme lui. Je ne dois pas composer pour le jouer : sa tendresse, je l’ai en moi. Et il se met en pétard comme moi. Le Grand Schtroumpf et moi, nous sommes d’accord sur tout. Comme il a quelques siècles d’expérience, il est devenu beaucoup plus calme. Plus jeune, j’étais très énervé quand même. La seule chose qui m’énerve encore, c’est de me dire que je suis vieux."

Vous racontiez des histoires à vos enfants et petits-enfants avec la voix des Schtroumpfs ?

"Ils ont été élevés au Grand Schtroumpf (rire) . Mes petits-enfants, quand ils venaient en vacances, je leur racontais des histoires en inventant des voix. Et ils s’en souviennent encore ! Un de mes petits-fils, qui sort des Beaux-Arts et écrit de manière remarquable, me demande d’ailleurs de venir faire des conférences. J’ai de très bons rapports avec mes petits-enfants. Et ça, c’est le plus grand des Césars ou Oscars. Jean Poiret disait d’ailleurs : Nous, on n’a pas de chance, il n’y a que le public qui nous aime (rire) . Cela résume bien notre carrière. Ce qui m’arrive aussi souvent, en rue, c’est qu’on me demande d’enregistrer un message pour le répondeur d’un téléphone portable avec la voix du Grand Schtroumpf."

Vous ne faites plus le Schtroumpf grognon. Pourquoi ?

"Lui, je l’adorais. C’est une autre facette de mon caractère. Je suis un peu râleur… Alors, j’adorais dire : Moi j’aime pas ! Le dessin animé, c’est formidable. J’ai toujours aimé travailler pour les enfants. C’est un public qui ne triche pas et avec lesquels on ne peut pas tricher. Donc, finalement, je suis plus attaché à mes personnages de dessin animé qu’à ceux que j’ai joués. Ils sont peut-être plus humains que les humains…"

Vous pensiez que votre voix vous mènerait à cette carrière ?

"Pas du tout. La première fois que je l’ai entendue, j’ai trouvé çà tellement horrible que je n’ai plus osé parler pendant un mois. Maintenant, je ne l’écoute plus. Je ne me reconnais pas dans le Grand Schtroumpf. J’ai beaucoup de recul désormais."

Qu’est-ce qui vous motive à 84 ans ?

"Il faut que je me le rappelle que j’ai 84 ans. Dans ma tête, j’ai 8 ans et demi. Si vous me demandez de jouer aux billes, je m’amuse ! Le problème, c’est qu’on ne m’a pas appris à vieillir. Je ne sais pas comment on fait. C’est très ennuyeux. On me dit souvent que j’ai déjà fait beaucoup de choses, mais moi, j’ai l’impression de n’avoir encore rien fait. Tout reste à faire, la jeunesse est là (rire) ."

Vous vous dites très fainéant. C’est vrai ?

"Ah oui. Très très fainéant. Remarquablement fainéant. Mais, comme tout fainéant, quand il faut travailler, je peux le faire 24 h sur 24. Je suis un bûcheur fainéant."

Schtroumpf
© D.R.


Les bleus à l’âme de la Schtroumpfette

Les Schtroumpfs et Le Village perdu : retour réussi à l’animation intégrale.

Dans le village des Schtroumpfs, tout le monde a une fonction précise, définie par son nom. Tout le monde, sauf la Schtroumpfette. Qui en a des bleus à l’âme. Et voudrait découvrir, dans la forêt interdite, à quoi elle sert et qui elle est vraiment.

Notre avis Après le flop de leur deuxième aventure en 2013, les Schtroumpfs quittent le monde réel pour retrouver leur univers animé traditionnel. Une initiative bienvenue, qui évite à de vrais acteurs d’en faire des tonnes en versant dans la caricature grotesque. Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, les scénaristes ont, du même coup, retrouvé l’inspiration. En partant de LA question qui taraude tous les fans de l’œuvre de Peyo : pourquoi la Schtroumpfette est-elle la seule fille dans le village de champignons ?

Accompagnée du Schtroumpf costaud, du Schtroumpf maladroit et du Schtroumpf à lunettes (le seul à avoir perdu de sa saveur, en devenant le savant de la bande au lieu de l’insupportable donneur de leçons), la blondinette affronte Gargamel, Azraël mais aussi des créatures qu’elle ne s’attendait pas du tout à rencontrer.

Bien plus proche de l’esprit de la BD que ses prédécesseurs, ce troisième opus garde la fraîcheur et la gentillesse des lutins bleus tout en renouvelant complètement leur univers, au final. Un bon divertissement pour les plus petits.