L'acteur se faisait du Che une image tronquée. C'est ce qui lui a donné l'envie d'en faire un film

BRUXELLES L'affaire remonte à plus de sept ans. Benicio Del Toro tombe par hasard, dans une librairie mexicaine, sur un livre retraçant le parcours d'Ernesto Guevara de la Serna. Premier choc : "C'était curieux de découvrir que ce que je lisais sur lui ne correspondait pas à ce que l'on racontait aux États-Unis ." Le Yankee d'origine portoricaine se met alors à tout lire sur le Che. "Et puis, j'ai vu des photos, beaucoup de photos ."

Ce qui n'est pas anodin quand on sait que Benicio est aussi peintre à ses heures perdues et que les détails - une posture, un geste de la main - sont assimilés pour donner corps à ses personnages. "J'ai également lu ses journaux, ses carnets de voyage ", confie-t-il. Jusqu'à l'obsession. "Il me fascine, il n'a pas d'égal dans l'histoire contemporaine. "

Pour le moins habité par le Che, l'acteur confie même que, pour une fois, il a eu du mal à se défaire d'un costume qui lui collait comme une seconde peau. "Il a changé ma vision de bien des façons. Cela va conforter ma définition et l'importance du mot dignité. "

Partout où le Che pouvait lui parler "par procuration ", Benicio Del Toro a mis les pieds. À Cuba, bien sûr, où il a brièvement rencontré Castro, "fatigué et malade ". "J'ai été frappé par l'abondance des témoignages ", dit-il encore. "À Cuba, le Che est encore vivant dans les mémoires, les cœurs. "

Quant à incarner pour la première fois un personnage ayant existé, il en aurait fallu plus pour l'impressionner. "Bien sûr, on doit respecter la personnalité du modèle, mais au moment du tournage, tout redevient factice... "



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