Alain Corneau sattaque au remake du Deuxième souffle

DEAUVILLE Interdiction - évidemment - de parler des films en compétition! Donc pas un mot sur les 10 longs métrages que Mister President et ses six acolytes (Romane Bohringer, Brigitte Rouan, Rachida Brakni, Enki Bilal, Dominique Moll, Christophe et Melvil Poupaud) ont à départager. Mais quà cela ne tienne, Alain Corneau a le verbe facile. Discussion à bâtons rompus avec un incorrigible bavard, cinéphile jusquau bout des ongles.

Comment appréhendez-vous lidée de juger le travail des autres?

«Je dois avoir un chromosome qui m'empêche de parler des films dont je ne suis pas très client. Cela dit, en acceptant cette présidence, je savais que ce serait l'occasion de voir plein de productions diverses. Qui plus est, une compétition comme celle de Deauville peut aider des longs métrages indépendants à trouver un distributeur.»

Dune manière générale, êtes-vous plus attaché à la forme ou au fond?

«Certains films européens peuvent m'interpeller à cause de leur propos, même si le filmage ne m'éblouit pas particulièrement, ou inversement. En revanche, pour ce qui concerne le cinéma américain, il est souvent impossible de séparer le fond de la forme car il s'agit dans la plupart des cas de films de genre. Une chose est certaine: le cinéma américain m'a appris à me méfier de l'idée très académique que tout ce qui est commande est forcément mauvais. Les Américains ont su prouver le contraire. Cela dit, quand je me place uniquement du point de vue du spectateur, quand je regarde un film et que je l'aime, je nanalyse pas comment il est fait.»

Parlons du cinéma que vous aimez. Apparemment, vous êtes un inconditionnel de Tim Burton...

«Avec Paul-Tomas Anderson, Burton est un exemple de réalisateurs qui travaillent dans le système tout en restant des rebelles. Il réussit par des moyens hallucinants à faire ce qu'il veut, comme il veut. Il bénéficie de la puissance hollywoodienne pour mettre en boîte des films d'auteur. Il a un univers complètement décalé, à la Fellini, doublé d'une vision assez agressive de la société. Regardez Charlie et la Chocolaterie. Bien sûr que le film entre dans le cadre d'un système bien établi mais la galerie de personnages y est hallucinante, les mômes sont infects (rires). Burton va assez loin et c'est ce qui est merveilleux chez lui. Ce qui ne l'a pas empêché au passage de revisiter Batman. Et il a raison.»

Comme d'autres réalisateurs européens, avez-vous jamais été approché par les Américains?

«Je nai jamais eu de rêve américain. Peut-être, est-ce que parce que je vois beaucoup de films que je n'ai pas envie d'y aller? On m'a bien proposé l'un ou l'autre polar mais à chaque fois, je me suis dit quun Américain ferait ça mieux que moi. J'ai eu la chance de passer par Roger Corman lorsque j'étais assistant. Donc, à plusieurs reprises, il a esquissé des projets US pour moi, mais ils sont venus un peu tard. S'ils s'étaient produits un peu plus tôt dans ma carrière, peut-être que j'y serais allé.»

Pour lheure, vous avez un nouveau film en chantier: le remake du Deuxième Souffle (film de Melville avec Lino Ventura, Paul Meurisse et Michel Constantin)...

«Cest Corse Matin qui a révélé linfo grâce à Jacques Dutronc. Il a vendu la mèche lors dune fête de village (rires). Donc maintenant, il ny a plus de secret. Cela dit, ce nest pas pour tout de suite. Il faut trouver les financements et si on y arrive, le début du tournage nest pas prévu avant lhiver 2006. En attendant, je planche sur un documentaire assez complexe. Il sagit dapprocher les évangélistes, et ce nest pas rien.»

© La Dernière Heure 2005