L’humour n'est pas bouilli à la menthe

BRUXELLESPour étancher sa soif de conquêtes, Jules César décide d’apporter les bienfaits de la civilisation romaine aux Grands Bretons, ces buveurs de bouillante eau (“avec un nuage de lait”). Sa stratégie est simple : n’attaquer qu’à 17 h, quand les barbares locaux s’arrêtent tous pour déguster leur boisson nationale. Tactique payante. Mais en dépit de lourdes pertes (les deux corgis de la reine ont été écrasés, sans parvenir à lui faire hausser un sourcil pour autant), les flegmatiques habitants de Londinium résistent encore et toujours à l’envahisseur. Et bien que cela soit shocking , ils envoient Jolitorax demander de la potion magique aux Gaulois pour contrer l’engagement par César des redoutables mercenaires normands.

Quatre étoiles sur cinq

NOTRE AVIS. La potion magique, Laurent Tirard en a manifestement découvert la formule. Après Le petit Nicolas , il adapte à nouveau avec brio l’univers de Goscinny en respectant l’esprit de l’œuvre tout en y glissant beaucoup d’humour contemporain et une multitude de références cinématographiques à Orange mécanique ou La guerre des étoiles, par exemple. Un peu à la manière d’Alain Chabat pour Mission Cléopâtre .

À une différence près : ici, Astérix et Obélix sont bel et bien les héros de l’aventure, pas des personnages secondaires. Ils ont juste acquis une dimension insoupçonnée. Le petit moustachu (désormais barbu, d’ailleurs) philosophe à tout-va tente d’exporter l’art verbeux de la séduction à la gauloise et se prend râteau sur râteau dans les jardins anglais tandis que son gros copain lui flanque la honte par sa bêtise et sa capacité à faire tourner la tête d’une gouvernante décidée à imposer le savoir-vivre par tous les moyens ! Edouard Baer fait du Edouard Baer, Gérard Depardieu donne l’impression de ne même pas devoir jouer Obélix, et le duo fonctionne à merveille.

Autre tour de force de Laurent Tirard : éviter le piège du film à sketches. Malgré la présence d’une multitude de stars comme Catherine Deneuve (une reine pas totalement insensible aux moustaches d’Astérix), Fabrice Luchini (un César manipulateur et sournois à souhait), Valérie Lemercier (la gouvernante, juste hilarante) ou Dany Boon (un étonnant féroce Normand). Sans oublier les Belges : Bouli Lanners se transforme en chef terrorisant désireux de connaître enfin la peur tandis que les frères Taloche, eux, marquent l’histoire en devenant les premiers goûteurs de thé.

Les bons mots succèdent aux situations cocasses, les confrontations entre humours braillard (“Tu sais ce que c’est un beau gosse en Bretagne ? Un touriste ! ”) et britannique (“Vous voulez demander de l’aide à des Gaulois ? Je me demande s’il ne serait pas préférable de se laisser envahir ”, dixit la reine) remplacent les caricatures des Jeux Olympiques tandis que César fait tout pour garder les lauriers de la spiritualité (“Mon passage sur Terre sera tel que, dans 2.000 ans, on dira qu’on est en 2.000 après J.-C. ! ”). Et nous, tant qu’on ne doit pas goûter au sanglier bouilli baignant dans une sauce à la menthe, on déguste sans modération.

Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté

Comédie

Réalisé par Laurent Tirard

Avec Edouard Baer, Gérard Depardieu, Valérie Lemercier, Catherine Deneuve, Charlotte LeBon, Dany Boon, Guillaume Gallienne, les frères Taloche, Bouli Lanners.

Durée 1 h 49



© La Dernière Heure 2012