Le réalisateur de Je suis supporter du Standard trouve le foot débile, cela le fait souffrir, mais il adore !

LIEGE Officiellement, Riton Liebman est né sous le signe du Verseau. Mais s’il avait existé, il aurait sans aucun doute opté pour un signe de sportif. Après Les Seigneurs et avant La grande boucle , il signe d’ailleurs à 49 ans sa toute première réalisation au titre on ne peut plus évocateur : Je suis supporter du Standard . Vu les récents résultats du club liégeois, peut-on parler de bonne étoile ?

“Quand j’étais petit, à l’école, tout le monde supportait Anderlecht. Alors, par esprit de rébellion, j’ai choisi le Standard. Je crois qu’il faut être un peu maso pour être supporter du Standard. Tandis que celui d’Anderlecht est ennuyeux, sûr de lui, prétentieux, il n’a rien à dire. Je n’aurais pas pu faire un film sur un propriétaire de villa dans le Brabant wallon qui roule en 4x4 et promène son labrador. Alors que le Standard, c’est déjà le rock, le rouge, la musique, c’est du cinéma.”

Quelle place occupe ce club dans votre vie ?

“Énorme. Depuis toujours. Pourquoi le foot est-il aussi présent dans nos vies alors qu’on s’en fout un peu ? Je ne suis pas propriétaire du club, je ne possède rien, je me rends compte que c’est débile et que je souffre pour quelque chose de complètement con, et pourtant le foot est toujours présent. Parce qu’il y a un truc universel qui nous renvoie aux souvenirs d’enfance, les autocollants, les buts dans les cours de récré…”

Le foot, c’est une drogue ?

“Oui, mais gentille. Elle ne fait pas de mal. D’autres dépendances sont bien plus dangereuses. Moi, je sais que le foot c’est con, mais génial. Ce n’est pas une addiction trop grave : on est un peu déprimé le lundi et le mardi, mais on ne met pas sa vie en jeu. Ce n’est pas le grand banditisme ou la toxicomanie.”

Vous êtes toujours standardo-dépendant ?

“Ah oui, toujours. Et pendant l’été, c’est terrible. Il n’y a pas de palier à ma déception. Si je trouve la vie monotone, je ne peux pas me dire que mercredi, il y aura Standard – La Gantoise à la télé. Il n’y a plus rien ! Le seul garde-fou, ce sont les transferts. Mais cela ne fait pas fantasmer.”

L’été est donc déprimant ?

“Tout est déprimant quand on est supporter du Standard.”

La dernière phrase du film est claire : un supporter est quelqu’un qui n’a pas été assez aimé…

“Je n’avais pas pensé à ça. C’est marrant. Je ne l’avais pas dit analytiquement. C’est inconscient. Mais ce n’est peut-être pas faux : le supporter du foot est peut-être en déficit d’amour. C’est très intéressant.”

Le choix du titre est très particulier : il va rebuter une partie des supporters...

“C’est un pari fou, intéresser les gens avec le Standard de Liège. C’est incongru mais cela donne envie d’aller voir plus loin.”

N’est-ce pas un film qui s’adresse avant tout à ceux qui n’aiment pas le foot ?

“C’est vrai. Je parle de foot et de la vie. À travers les yeux d’un supporter. Moi, ce que je trouve génial, c’est la mauvaise foi du foot. J’adore. On se paie la tête des copains. C’est un jeu. Je n’aurais pas pu être journaliste sportif : il faut être sérieux alors que le foot, c’est quand même pour déconner.”

D’où est venu le besoin impérieux de transformer cette passion en première réalisation ?

“Je n’avais pas les moyens pour devenir dirigeant du club (rire). Un film, cela coûte moins cher. Et maintenant, je suis accro. La réalisation, je vais y regoûter, c’est sûr. C’est chouette de raconter une histoire. C’est la même chose que dire une blague dans un café, si ce n’est que tout le monde t’aide à la raconter.”

Vous avez le même regard critique sur votre film qu’en tant que supporter ?

“Ah non ! Ce n’est pas la même chose. J’encaisserais plus difficilement la critique. Le foot, c’est un rapport à l’enfance, la seule possibilité qu’on a de redevenir un gamin. Pas le cinéma.”



© La Dernière Heure 2013