Captain Philips - Un thriller avant tout psychologique emmené par un Tom Hanks magistral : 8/10

RÉSUMÉ Pour Richard Phillips, amener un navire marchand d’Oman à Mombasa avant de reprendre l’avion pour les États-Unis, c’est juste la routine. Qui tourne au cauchemar : au cours d’un exercice anti-incendie au large de la Somalie, il remarque deux petites embarcations qui se rapprochent à grande vitesse. En dépit des manœuvres et des mesures de protection, il ne peut empêcher les pirates de prendre le contrôle du bateau. Non sans avoir, auparavant, permis à une partie de l’équipage de se cacher dans la salle des machines. Commence alors un jeu d’influence et de pouvoir avec Muse, le chef des assaillants. Une partie d’échecs qui pourrait mal se terminer pour tout le monde.


NOTRE AVIS Inspiré d’une histoire vraie (même si certains estiment qu’elle était bien moins glorieuse pour le capitaine du Maersk Alabama), Captain Phillips fait partie de ces thrillers qui vous prennent rapidement aux tripes pour ne plus vous lâcher jusqu’à la fin.

Avec une science aiguisée du suspense, Paul Greengrass fait continuellement monter la tension par petites touches angoissantes. Le commandant de bord n’a rien d’un héros body-buildé capable de massacrer tout le monde à coups de savate. C’est juste un homme ordinaire, qui connaît les procédures et possède un sens du devoir certain. Il sait qu’il faut surtout empêcher les pirates d’atteindre les côtes somaliennes. Gagner du temps pour permettre aux bâtiments de guerre d’intervenir. Tout l’art, pour lui, consiste à négocier, ruser, dérouter les pirates… sans les énerver.

Sans jamais verser dans l’héroïsme hollywoodien, Paul Greengrass construit habilement deux films successifs. Le premier, avant tout psychologique. Le second, qui correspond au dénouement final (on ne vous le révélera pas, pas d’inquiétude), plus terrifiant. Car implacable. L’issue de ce jeu du chat et de la souris ne fait plus aucun doute. Mais la manière d’aboutir au dénouement donne froid dans le dos.

Si, derrière la caméra, le réalisateur fait montre d’une dextérité inouïe pour mettre nos nerfs en pelote, que dire de la performance de Tom Hanks, parfait en capitaine qui tente par tous les moyens de ne pas être dépassé par les événements. Dans ses regards, on sent le doute, la peur, la volonté de ne pas trop trahir ses émotions et de sauver ce qui peut l’être. Parce qu’il en fait un héros ordinaire, il rend palpable le traumatisme que représente une prise d’otages. Une performance impressionnante pour un film sans esbroufe redoutablement efficace.

Thriller

Réalisé par Paul Greengrass

Avec Tom Hanks, Catherine Keener, Max Martini

Durée 2h14


La reine des neiges - Un Disney classique, efficace, charmant mais peu surprenant : 6/10

RÉSUMÉ Autrefois très proche de sa sœur Elsa, Anna a grandi sans plus jamais jouer avec elle dans la neige comme elles aimaient tant. Ni même la voir. Sans explication. Mais à la mort de leurs parents, Elsa est amenée à ouvrir le château pour monter sur le trône. Anna revit, éblouie par la fête et le prince Hans, qu’elle aimerait épouser sur-le-champ ! Elsa, pour sa part, vit un cauchemar. Le secret qu’elle essayait de dissimuler depuis des années, ce don qui lui permet de déclencher la neige et le gel à tout moment, est révélé au grand jour. Elle fuit et se construit un palais de glace. Anna va affronter le blizzard pour retrouver sa sœur. Avec l’aide d’un étrange bonhomme de neige animé, Olaf, d’un montagnard un peu rustre, Kristoff, et d’un renne au caractère bien trempé, Sven.


NOTRE AVIS Les enfants ne devraient pas rester de glace devant La reine des neiges. Et pour cause, Disney fait un peu dans le réchauffé en remettant au goût du jour les princesses, quelque peu délaissées depuis le merveilleux Raiponce en 2010. Mais aussi en puisant dans les bonnes vieilles recettes, à savoir les contes pour enfants (d’Andersen dans le cas présent, comme pour La petite sirène).

Un retour à la tradition accompagné des inévitables parties chantées et d’un joli pied de nez au mythe du prince charmant.

Comme toujours, chez Disney, les graphismes sont sublimes, les décors (glacés pour la circonstance) magnifiques, les animations magiques et les héroïnes craquantes à souhait. Comme souvent, le petit trait de génie qui transcende un récit très classique aux rebondissements peu spectaculaires (le yéti enneigé semble sortir d’un manga) est à trouver du côté des personnages secondaires. Et tout particulièrement le bonhomme de neige Olaf, doublé par Dany Boon en français. Gentil, naïf, facétieux, composé d’éléments interchangeables, il va faire fondre les plus petits comme neige au soleil par ses bêtises, ses remarques enfantines désarmantes et son grand cœur. Mais aussi en raison de son nez tordu fait d’une carotte qu’il adore par-dessus tout. À l’instar du renne Sven, un glouton toujours prêt à sortir son meilleur ami, Kristoff, des mauvaises passes dans lesquelles il a la fâcheuse habitude de se vautrer.

Nettement plus inspiré que Planes, moins irrévérencieux que Rebelle, moins poétique que Là-haut, plus enchanteur que Frankenweenie, La reine des neigesconstitue un joli compromis entre les attentes nostalgiques des grands-parents et les divertissements un peu plus irrévérencieux espérés par les mômes d’aujourd’hui. À défaut de révolutionner l’animation comme Les mondes de Ralph, on peut considérer qu’il s’agit d’un bon Disney familial.

Animation

Réalisé par Chris Buck

Avec la voix de Dany Boon en VF

Durée 1 h 42


Le cinquième pouvoir - Un film complexe, embrouillé, qui ne fait qu’effleurer les vrais enjeux de WikiLeaks: 4/10

RÉSUMÉ Avec Daniel Domscheit-Berg, un petit génie de l’informatique plutôt irrévérencieux et légèrement porté sur le piratage, Julian Assange fait de WikiLeaks un site d’information majeur. Mais ils n’en ont pas la même vision. Pour le fondateur, l’objectif est la publication intégrale des informations que ses informateurs lui transmettent. Sans se soucier des dégâts collatéraux. Alors que pour Berg, la priorité reste la protection des sources. Or, lors de la publication des dossiers confidentiels sur la guerre en Afghanistan ou des dossiers diplomatiques secrets américains, la vie de nombreuses personnes se retrouve mise en danger.


NOTRE AVIS Julian Assange a écrit à Benedict Cumberbatch pour lui demander de renoncer à l’incarner dans un projet qu’il estime destiné à lui nuire. Comme quoi, il est plus facile de balancer via le Net les vérités sur les autres que sur soi…

De fait, le fondateur de WikiLeaks n’est pas présenté sous son jour le plus flatteur. Génial mais manipulateur et égocentrique, il semble obsédé par la création d’un supermédia. Le réalisateur Bill Condon, qui avait réalisé les deux derniers volets de Twilight, aurait été plus inspiré en se concentrant sur l’émergence de ce cinquième pouvoir, mais aussi sur ses limites en termes de vie privée, de protection des sources ou de comptes à rendre vis-à-vis des États et du public. Au lieu de cela, il balance une multitude de faits, de révélations, sous une forme pseudo-informatique assez indigeste. Une masse d’infos qui a surtout le don d’embrouiller et de rendre l’intrigue ennuyeuse.

Le film ne démarre vraiment qu’avec les documents afghans et le conflit entre les deux amis. À partir de ce moment-là, chacun révèle ses failles, sa logique, ses attentes. Les enjeux de la liberté totale sur Internet apparaissent plus clairement, avec ses côtés fascinants et des répercussions parfois terrifiantes. Le tout, sans contrôle ni véritable contre-pouvoir. Un vrai sujet de société qui aurait mérité un traitement plus fin.

À noter que plusieurs scènes ont été tournées à Bruxelles, à Zaventem et à Liège (dans la gare des Guillemins).

Drame

Réalisé par Bill Condon

Avec Benedict Cumberbatch, Daniel Brühl, Carice Van Houten, David Thewlis

Durée 2 h 09