Pas de chef d’œuvre mais des films intéressants. Un gros navet aussi...

BRUXELLES Le mercredi, c'est le jour des sorties! Le temps se prête toujours à une bonne séance de cinéma. Bonne? Pas toujours... Pour éviter les mauvaises surprises, voici notre avis sur les nouveaux films de cette semaine.

Le monde fantastique d’Oz: 6/10

Visuellement éblouissant, mais le scénario et les comédiens sont moins impressionnants.

RÉSUMÉ: Illusionniste à la petite semaine dans un cirque miteux, escroc sentimental qui drague tout ce qui porte joliment le jupon, Oscar Diggs rêve “de ne pas être un homme bon mais un grand homme”.

Pour la première partie, il assure. Mais pour le reste… Un mari trompé particulièrement musclé et une montgolfière dans laquelle il s’échappe en direction d’une gigantesque tornade lui offrent la possibilité de changer le cours de sa vie. Le ballon atterrit dans le pays d’Oz. Où il est accueilli comme le grand magicien de la légende, celui qui va parvenir à vaincre la méchante sorcière aux pouvoirs terrifiants.

NOTRE AVIS: Visuellement, cette prequel du célèbre Magicien d’Oz est tout simplement éblouissante. Tout commence en noir et blanc, très classe, délicieusement rétro, pour se poursuivre dans des couleurs éclatantes dès l’arrivée sur Oz. Avec des créatures extraordinaires, une nature luxuriante ou des décors directement inspirés des contes de fées qui ne sont pas sans rappeler l’Alice au pays des merveilles de Tim Burton. D’évidence, Sam Raimi Oz tout et s’amuse comme un petit fou à créer des illusions, à jouer d’effets spéciaux tantôt impressionnants, tantôt volontairement kitschs. Impossible de ne pas retrouver son âme d’enfant devant tant de beauté acidulée.

Le scénario , assez convenu et simple, n’est assurément pas du même tonneau mais il réserve malgré tout quelques surprises assez sympas. Le problème vient plutôt du côté de l’interprétation. Mila Kunis prouve une nouvelle fois qu’elle est incapable d’exprimer quoi que ce soit, James Franco n’arrive pas à donner de l’épaisseur à son personnage aux multiples facettes, Michelle Williams se contente d’une prestation angélique et face à l’impressionnante Rachel Weisz, ces performances paraissent encore plus fades. De sorte que la plupart se font voler la vedette par un singe en images de synthèse.

Ce grand spectacle très haut en couleur ravit donc plus les yeux que l’esprit. Et il ne laisse finalement que fort peu de souvenirs marquants en tête. C’est beau, super pour les enfants, mais pas époustouflant.

Au bout du conte: 6/10

Le duo Jaoui-Bacri toujours aussi efficace dans l’humour mais sans réelle surprise

RÉSUMÉ: Mais que se passe-t-il pour les princes et princesses lorsque se referme le livre de contes de fées ? “Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants” ? Pas si sûr.

Dans la réalité, les grands méchants loups peuvent se révéler aussi séduisants que cruels, les mômes cauchemardesques, les gentes dames bien naïves, les belles-mères hyper-reliftées et les chevaliers pas si droits que ça dans leurs bottes sur leur mobylette.

NOTRE AVIS Les contes de fées défaits, revisités par le duo Jaoui-Bacri (au scénario et devant la caméra), voilà qui ne peut que susciter d’énormes attentes. Les deux éternels indignés n’ont pas leur pareil pour montrer l’envers du décor à travers des personnages désabusés et des dialogues d’une irrésistible justesse. Surtout lorsque Jean-Pierre Bacri reprend avec brio son rôle d’indécrottable grincheux qui ne croit plus en rien du tout alors que son ex-compagne, elle, se lance avec enthousiasme dans “tout ce qui fait du bien”, de la voyance aux médecines parallèles.

Inspirés, les deux compères inversent les grands classiques (le jeune Sandro perd sa chaussure au bal des princes après être tombé sous le charme de la fille d’un PDG ), font de Wolf (Benjamin Biolay) un critique musical qui collectionne les filles et les CD, transforment Le Petit Chaperon Rouge en une oie tendre facile à manipuler, et profitent des événements les plus banals de la vie pour démontrer à quel point les récits de notre enfance nous ont façonnés de manière parfois ridicule.

Loin de se contenter de cet exercice de style entrecoupé par des effets de peinture, ils montrent avec cynisme les bons et mauvais côtés du couple, de l’amitié, de l’ambition, de la croyance ou de la rationalité. Autant de points à mettre à leur crédit. Et pourtant, Au bout du conte ne séduit pas totalement. Par la faute d’une mise en scène fourre-tout, aux trop nombreuses digressions, de développements trop lents et d’une absence étonnante d’effets de surprise. Le duo reste bien sagement sur ses rails, avec toute l’efficacité humoristique que cela suppose mais aussi une nette impression de déjà vu. On sort donc mi-figue mi-raisin de cette comédie aigre-douce, agréable mais pas aussi enthousiasmante qu’espéré.

Foxfire, confessions d’un gang de filles Drame: 4/10

Trop long, trop distant: Laurent Cantet déçoit

RÉSUMÉ: Dans l’Amérique des années 50, l’égalité homme-femme n’est même pas envisagée sur un plan purement théorique. Les maris dirigent et les épouses sont soumises. Un modèle qui se retrouve dans les classes des écoles. Mais que ne supportent plus Legs et ses copines.

Lasses d’être harcelées, elles se défendent avec énergie. Voire violence. Ou en apposant des slogans sur tous les murs de la petite ville de province. À leurs yeux, le monde serait plus beau sans présence masculine. Elles forment donc un gang, de plus en plus large, qui organise des braquages pour financer la vie en communauté entre filles.

NOTRE AVIS: Laurent Cantet a toujours aimé filmer l’adolescence, cette période où on se cogne à tous les murs. Parce qu’elle révèle l’absurdité de certaines règles, les dysfonctionnements de la vie en société, la difficulté de se sentir en adéquation avec sa vie. Et cela lui avait permis de décrocher la Palme d’or à Cannes avec Entre les murs. Cette fois, il adapte un roman de Joyce Carol Oates, en anglais, toujours avec une immense majorité de comédiens amateurs. Sans convaincre totalement.

Peut-être en raison de sa manière de filmer, plus proche du documentaire que du thriller haletant. Tout est vu à distance, avec une certaine froideur, sans véritable émotion. Et on en vient souvent à se demander le pourquoi de scènes interminables, banales, qui ne font pas vraiment évoluer le récit. Le rythme, assez lent, contribue à cette impression de longueurs inutiles là où on espérait la révélation des méandres de la psychologie des protagonistes.

Finalement, de hold-up en prise d’otages, on assiste surtout à la débandade d’un petit groupe totalement dépassé par les événements, peu disposé à s’impliquer à fond comme Legs dans ce qu’elle considère comme une véritable révolution.

Malgré des actrices épatantes et un sujet très fort à la base, Laurent Cantet déçoit cette fois-ci. Pour être resté trop en surface.

Elefante blanco: 2/10

Une plongée dans la dure réalité des bidonvilles argentins.

RÉSUMÉ: Dans un bidonville aux portes de Buenos Aires, des milliers de familles se battent pour ne pas être délogées. Malgré la violence, la guerre des gangs, le trafic de drogue, ils veulent accéder à la propriété.

C’est dans ce contexte difficile que débarque un prêtre gringo, qui n’accepte pas, à l’instar de son mentor et d’une travailleuse sociale, le désintérêt de l’Église ou des autorités.

NOTRE AVIS: Pas facile d’entrer dans ce film social argentin. Pablo Trapero ne fait pas la moindre concession au divertissement. Ni à la mise en place. Il nous met d’entrée au cœur du problème, dans un bidonville sordide, tentaculaire, véritable zone de non-droit d’une misère criante. Face à l’immensité de la tâche, même les volontés les plus farouches s’épuisent, versent dans le désespoir. Et pourtant, il faut continuer, jour après jour, dans l’espoir minuscule de faire évoluer légèrement la situation sur la durée.

Mieux vaut aimer les plongées dans les réalités crues pour visionner Elefante blanco. Tout est tourné dans le bidonville, avec de nombreux habitants dans les rôles secondaires. Sans cela, ce récit se révèle démoralisant tant l’immobilisme semble insurmontable. De par cet ultraréalisme et la noirceur du propos, il s’adresse avant tout aux cinéphiles pointus ouverts à une expérience émotionnelle. Les autres vont éprouver les pires difficultés à s’adapter au style quasi-documentaire et aux références argentines pas toujours évidentes à saisir.

40 ans mode d’emploi: 0/10

Un ramassis de clichés sur le sexe et l’âge. D'un bêtise sidérante.

RÉSUMÉ: À l’approche de leur 40e anniversaire, tout se met à tourner de travers pour Pete et Debbie, heureux parents de deux filles assez insupportables.

Elle ne parvient pas à assumer son âge tandis que sa maison de disques rétro connaît de grosses difficultés. Et l’entrée dans l’adolescence de leur aînée n’arrange rien.

NOTRE AVIS: Ras-le-bol des comédies en dessous de la ceinture de Judd Apatow. Et de ses fixations ridicules sur la quarantaine. Après 40 ans toujours puceau, il remet le couvert avec 40 ans mode d’emploi, un ramassis de clichés navrants, typiquement hollywoodiens, sur l’âge.

Que résume parfaitement la première scène. Pour l’anniversaire de sa femme, histoire d’assurer, Pete prend du viagra. L’apprenant, elle pique une crise : elle ne l’exciterait plus suffisamment, elle préfère son pénis quand il reste de taille moyenne (bonjour la poésie...), bref, se sent déjà horriblement vieille et décide de faire croire qu’elle n’a que 38 ans. C’est vrai que ça change tout...

Le reste est à l’avenant : jamais drôle, terriblement bavard et cru sur le sexe (sans jamais rien montrer : c’est un film américain, ne l’oublions pas), d’une bêtise sidérante, avec une succession de malheurs et de réconciliations ultra-prévisible. Exactement le genre de cornichonnerie qu’on a l’impression d’avoir vu un million de fois avant de l’oublier aussitôt. Au secours !


© La Dernière Heure 2013