Le majordome 6/10

RÉSUMÉ Rien ne prédestinait Cecil Gaines, fils d’esclave qui a vu mourir son père sous les balles de son propriétaire, à côtoyer le président des États-Unis. Et encore moins à en fréquenter huit, dans l’intimité. C’est pourtant à la Maison-Blanche qu’il passe l’essentiel de son existence, dans l’uniforme impeccable du majordome. Des décennies à servir le pays, au travers de son chef d’État. Des décennies à ne pas voir la détresse de sa femme et les combats de ses fils. Des décennies à tout entendre et à se taire, même quand il aurait fallu hausser le ton, exiger, revendiquer. Au soir de sa vie, invité par Barack Obama qui doit lui remettre une décoration, Cecil Gaines se souvient…

NOTRE AVIS C’est vrai, la mise en scène de Lee Daniels est extrêmement classique et le mode narratif des plus simples : on démarre sur un souvenir, prétexte à un flash-back d’une cinquantaine d’années. Ce qui permet, ensuite, de suivre le cours du temps, à un train de… président. Mais ce sont bien là les uniques remarques que l’on a envie de faire sur le film de Lee Daniels. Ça et le côté un peu lisse de son scénario, qui, au final, ne prend parti ni ne s’engage pour personne. Parmi les huit hommes d’État que Cecil Gaines a servis, il y en a eu de droite, d’autres de gauche. Il y a eu Eisenhower, Nixon, Kennedy ou Reagan, pour ne citer que ceux-là. Mais la caméra du réalisateur les sert avec le même regard, dénué d’appréciation. Peut-être parce que, comme il est dit à Cecil lorsqu’il est engagé, on ne parle pas politique à la Maison-Blanche. Enfin, quand on est majordome.

Du coup, l’intérêt est ailleurs. Dans l’évolution d’un homme qui, peu à peu, mais toujours conscient de ses origines, va s’ouvrir au monde, en prendre le pouls et, enfin, comprendre les aspirations de son fils, militant des droits civiques.

Les scènes les plus marquantes sont d’ailleurs celles mettant en scène ces jeunes Blacks, bien décidés à ne plus se laisser marcher sur la tête. Ainsi, par exemple, celle où le fils de Cecil et ses amis osent, dans un restaurant, prendre place dans la section réservée aux Blancs.

On aurait aimé qu’il y eût un peu plus de cette énergie-là dans le film, mais on s’est néanmoins laissé bluffer par l’incarnation - et à tous les âges - qu’offre Forest Whitaker. Tout en retenue, en discrétion, on le voit conquérant, puis doutant, puis vieillissant et il est bouleversant.

De la même manière, on s’est amusé à chercher sous le maquillage les acteurs qui campent les différents présidents, de John Cusack à Robin Williams en passant par Liev Schreiber. Un bon divertissement, une belle histoire. Que demander de plus ?

White house down 2/10

RÉSUMÉ John Cale, membre de la police du Capitole, rêve de se hisser au rang de garde du corps du président des USA. Las ! Ses états de service ont beau être impressionnants, son côté soupe au lait et désorganisé ne plaide pas en sa faveur. Pour ne pas dire tout de suite à sa fille - fan absolue de la Maison-Blanche et de ses habitants - qu’il a raté le poste, il l’emmène visiter l’endroit le plus sûr du monde. Sauf ce jour-là : des terroristes… américains, armés jusqu’aux dents, prennent les lieux et le président en otage. Pourquoi ? Mystère et boule de gomme, on ne le comprendra que très tard et, au final, on s’en fiche un peu… Bref, présent sur les lieux au moment où ça pète, John Cale va prendre les choses en main et, à l’aide de sa fille (si, si !), tirer le président d’un fort mauvais pas.

NOTRE AVIS Fans d’action, vous allez être servis avec le dernier long métrage de Roland Emmerich, qui s’en prend donc une nouvelle fois à l’un des symboles de l’Amérique : la Maison-Blanche. Il faut lui laisser ceci : on a l’impression d’assister à une visite guidée dans les couloirs du prestigieux édifice.

Pour le reste, une fois la mise en place expédiée, on n’assiste plus qu’à des poursuites, des coups de feu et de poing, et à une surenchère d’effets spéciaux (évidemment qu’on n’a pas fait rentrer pour de bon un hélicoptère dans le bureau ovale…). Ajoutez-y des morts en pagaille et des rebondissements à n’en pas finir (il y a toujours un plus méchant que le méchant) et on obtient la recette de ce film d’action lourdeau.

Gibraltar 4/10

RÉSUMÉ Un bar à Gibraltar, les affaires vivotent. Le patron, un Français, ne va pas pouvoir descendre plus bas. Son bateau est assigné à quai comme une voiture mal garée. Rattrapé par les crédits, l’homme ne veut pas transformer sa femme et leur bébé en fuyards. C’est alors qu’un voisin genre loup de mer vient lui lancer une bouée. Ou le ferrer avec son hameçon ? Il aura largement le temps d’y réfléchir.

C’est la douane française qui pilote l’opération avec l’ambition de stopper très en amont le trafic de drogue en provenance du Maroc. Tout ce que le contact demande au patron du bar, c’est d’avoir de grandes oreilles et de les laisser traîner. En cas d’information conduisant à une interception, il empocherait 10 %. Boulot pas très noble, peut-il lire dans le regard de sa femme. Mais son premier tuyau débouche sur une belle petite prise de 125 kilos qui fait la fierté de son recruteur. Marc Duval se sent tiré d’affaire.

En fait, il n’est qu’une pièce d’un tableau dont il n’a aucune idée de ce qu’il peut représenter. Ce trafiquant espagnol serré par les douanes françaises était manipulé depuis des mois par les douanes britanniques dans le but de mettre la main sur une cargaison de plusieurs tonnes. Voilà Duval dans le collimateur des propriétaires du rocher, agacés par ces Frenchies qui opèrent en solo et sabotent le boulot. Les chefs étant à Paris, c’est pour Duval la monnaie du penny.

NOTRE AVIS Julien Leclerq met en scène un homme qui se croit dans la position du funambule, c’est risqué, il n’y a pas de marche arrière, mais il y a le filet de l’administration pour le rattraper. Le spectateur, lui, a compris depuis longtemps que le filet est illusion, que la raison d’État existe pour un gars comme Duval qui pèse un poids négligeable, celui d’un dommage collatéral. C’est dans cette tension de l’inconscience qui insuffle un climat singulier. En effet, Gibraltar ne relève ni du film d’action - la spécialité du réalisateur pourtant - ni du pamphet politique à l’encontre de l’État en général et de la Mitterrandie barbouzeuse, celle du Rainbow Warrior, des Irlandais de Vincennes et du fiston trafiquant d’armes.

C’est une tension psychologique à plusieurs facettes. Dramatique, elle l’empêche de prendre la mesure du danger qu’il court et fait courir à ses proches. Salvatrice, sa naïveté lui sauve la vie. Chaotique, il ne parvient plus à faire la part du bien et du mal. De tous les plans ou presque, Gilles Lellouche incarne avec un subtil mélange d’innocence un type un peu lourd et pourtant ne fait pas le poids, un type qui voudrait en imposer et n’a pas d’autorité, une sorte d’antihéros loin d’un profil cinématographique. Il faut dire qu’on n’est pas totalement au cinéma puisque le récit est tiré d’une histoire vraie. En face de lui, Tahar Rahim, en jeune cadre des douanes, apporte simultanément ambition et humanité, ce qui empêche le film de basculer dans les clichés.

Pop Redemption 4/10

RÉSUMÉ "La démocratie fonctionne plutôt bien partout, mais pas dans le black metal." Cette sentence de Dozzy Cooper, le pape de la musique satanique inaudible, Alex (Julien Doré) l’a faite sienne. En tant que leader, il impose les répétitions et le mode de fonctionnement au reste du groupe, composé de trois amis incapables de lui signifier leur ras-le-bol de la situation. Mais cette fois, c’est promis, ils le lui diront… après la Hell Fest, la grand-messe des métalleux dans laquelle il est parvenu à glisser miraculeusement leur formation des Dead Makabés.

NOTRE AVIS Avec son imagerie maléfique, ses maquillages outranciers, ses accords résolument sombres, ses textes agressifs, ses headbangings (secouements effrénés de la tête de bas en haut avec une interminable tignasse), ses riffs acérés et ses cris qui évoquent pêle-mêle la barbarie des combats moyenâgeux ou le marcassin égorgé avec une lame émoussée, le black metal constitue un sujet en or pour la comédie. Surtout au milieu de la France profonde, traditionaliste et souriante lors des fêtes de la fraise égayées par des fanfares.

Pour son premier long métrage, Martin Le Gall s’inspire de cet esprit de provocation, surtout au niveau des dialogues parfois fort savoureux, sans parvenir à le traduire dans sa mise en scène hyperclassique ou dans un scénario aux rebondissements plutôt poussiéreux.

Étrangement, le plaisir se situe surtout au niveau des oreilles, avec les réflexions désopilantes de mauvaise foi d’un Julien Doré très à l’aise en diva tatouée et maquillée à l’excès ou les colères homériques de l’inspecteur de police qui lui court après, magnifiquement interprété par un Alexandre Astier dont la gouaille bileuse fait de plus en plus penser au regretté Jean Yanne.

Hélas, entre deux bons mots ou manipulations éhontées, le récit se traîne sans inspiration (à l’exception, notable, d’une scène d’accident nocturne hilarante dès qu’elle est vue via les yeux d’un conducteur pochtron ébahi) ni grande cohérence. Dans ces moments-là, l’impression d’avoir effectué un bond en arrière, à l’époque des Charlots font l’Espagne, donne surtout envie de regarder sa montre.

Ni indigne ni réussie, cette comédie trop inégale permet de se délasser gentiment en évitant les pièges grossiers de la vulgarité. C’est déjà ça.

Jimmy P. 0/10

RÉSUMÉ Depuis son retour du front, Jimmy n’est plus le même homme. Pertes d’audition, vertiges, comportements agressifs sous l’emprise de l’alcool, tout amène les médecins à penser qu’il souffre de schizophrénie. Un cas idéal pour le très controversé médecin hongrois installé en France et grand spécialiste des Indiens, Georges Devereux.

NOTRE AVIS Arnaud Desplechin constitue décidément un redoutable concurrent pour les plus grandes marques de rasoirs. Son cinéma, avant tout philosophique et psychologique, possède le don de s’étirer interminablement et de se perdre dans une foule de considérations à peu près aussi captivantes que l’intégrale des analyses pédantes de pompeux du style BHL à propos d’œuvres que même pas la famille de l’artiste snobe.

Ici, avec l’aide d’un Benicio Del Toro manifestement en très grand manque de sommeil et d’un Mathieu Amalric flanqué d’un accent tellement ridicule qu’on n’entend plus que ça, il nous fait assister à d’insipides séances psychiatriques avec un médecin maniaque qui a l’air nettement plus atteint que son patient.

Évidemment, il ne se passe strictement rien. Ça cause, ça discute, ça monologue, bref, ça pérore tout le temps. Et c’est tout. On comprend aisément les difficultés rencontrées par Arnaud Desplechin pour trouver le financement d’un tel projet. À moins de vouloir intellectualiser autour d’un verre avec quelques copains très branchés sur la torture des neurones et l’ethnologie ou d’être maso, il n’y a aucune raison de s’infliger ce déballage creux d’un ennui insondable. Mais bon, chacun fait ce qu’il veut de son argent…