Where the truth lies. Les stars au coeur d'une comédie grinçante, noire

BRUXELLES Aimerait-on encore les stars si on les connaissait personnellement? Ne serait-on pas déçu par la banalité de leurs comportements de tous les jours, de leurs préoccupations quotidiennes, elles qui semblent si brillantes et extraordinaires face aux caméras? Ces questions sous-tendent la nouvelle comédie grinçante, noire et délicieusement kitsch d'Atom Egoyan. Une analyse au vitriol du star-system, qui égratigne autant les vedettes, auxquelles on pardonne tout sous prétexte qu'elles sont connues, que les fans, dont l'idolâtrie inconditionnelle pousse aussi aux excès.

En représentants emblématiques du show-biz, Lanny Morris (Kevin Bacon) et Vince Collins (Colin Firth). Le duo le plus populaire des États-Unis des années 50. Dont les shows font pleurer de rire et les téléthons arrachent autant de larmes que de dollars. Deux artistes de grand talent. Doublés de types bien. En apparence. Dix-sept ans après leur séparation inexpliquée, une jeune journaliste qui les aimait à la folie dans son enfance, Karen (Alison Lohman), se propose d'écrire leur histoire. En commençant par cette étrange histoire de cadavre découvert dans leur suite, qui a marqué leur séparation bien qu'ils aient été blanchis de tout soupçon.

Un récit qui tourne progressivement à la déconstruction du mythe. À la manière d'un polar bien sordide, Atom Egoyan distille parcimonieusement les infos, fait naître de nouveaux mystères, introduit le doute. Et, surtout, nous donne l'impression de nous immiscer clandestinement dans un univers secret, interdit, dont on ne sort pas indemne: les coulisses du show-biz. Un monde fait de mensonges, de faux-semblants, de faiblesses, de trahisons, de petits compromis mesquins, de coucheries et de fantasmes. Pas tellement différent de la vraie vie? Oui, mais chez les stars, incarnations des grandes valeurs pour tant d'admirateurs, c'est difficile à accepter. Tout le mérite d'Atom Egoyan est de ramener les idoles à leur juste valeur, avec humour, noirceur et suspense. Attention: après la vision, les posters risquent d'être arrachés des murs...

© La Dernière Heure 2006