On ne se rend pas toujours compte du niveau de complexité technique des films d’animation.

"Nous avons une équipe dédiée uniquement aux poils et aux vêtements, explique Jérémie Degruson. Pour qu’ils bougent bien, qu’ils suivent les mouvements ou que les poils ne rentrent pas dans les aisselles quand ils se déplacent, par exemple. Il faut qu’ils aient l’air mouillé en sortant de l’eau ou qu’on sente l’impact du vent. On essaie toujours de soigner les détails, pour que tout soit le plus réaliste et crédible possible. Et avec des sous-couches pour que les parents y trouvent autant leur compte que les enfants."

"Et malgré ça, on ne sera quand même pas nommé aux Magritte, même pour Puggy, ajoute perfidement Ben Stassen. On ne l’a jamais été. Mais on s’en fiche." "On est tellement à l’opposé du cinéma des frères Dardenne, ajoute son complice. On ne devrait pas appeler ça les Magritte du cinéma belge mais du cinéma d’auteur belge. Si on fait plus de 100 000 entrées en Belgique, on est déjà grillé pour les Magritte. On n’y salue pas l’industrie ou la victoire économique du cinéma de chez nous, mais plutôt l’aspect auteur. Nous, on nous reproche de faire des longs-métrages trop américains, mais quand l’intrigue se passe en Syrie, là, bizarrement, cela ne pose pas problème. Notre particularité est de ne pas travailler avec les acteurs belges mais des doubleurs professionnels américains de très haut niveau. Nous préférons les voix extraordinaires que des stars. Les spectateurs ne sont pas dupes, ils savent que les stars n’ont travaillé que très peu de temps sur nos films. Il y a une grande différence entre créer un personnage, comme Tom Hanks pour Toy Story, et doubler, comme c’est souvent le cas avec les vedettes françaises."

"La communication en Belgique est assez étrange, conclut Ben Stassen. Il est toujours annoncé, officiellement, que Le Huitième Jour est le film belge qui a réalisé le plus d’entrées, avec 5,5 millions de spectateurs. Toutes nos réalisations ont attiré au moins 6,5 millions de personnes. Royal Corgi vient de franchir la barre des 9 millions. Il n’y a donc pas photo. J’ai fait les calculs, nos sept longs-métrages ont fait plus d’entrées que toute la production belge de ces vingt dernières années. Nous en sommes presque à 60 millions d’entrées. Si on ajoutait les films en Imax, alors on occuperait les 20 premières places ! Notre rayonnement international est incontestable. Mais c’est peut-être ça qui ne plaît pas chez nous… "