Il n’y avait pas foule à L’Olympia pour la 46e cérémonie des César. Mais les quelques privilégiés avaient tenu à faire oublier les absences en soignant leurs discours.

Virginie Efira (Adieu les cons): “Plonger dans l’univers d’Alnert Dupontel, c’est une expérience incroyable. C’est une des personnes que j’ai rencontrées qui a le plus d’amour et d’exigence pour le cinéma. C’’est comme entrer dans une image. C’était pas mal. Il fait ses films avec une conscience forte du public. Le film a eu une vie courte, en salle (7 jours) mais a fait 700.000 entrées. Il touche un public large tout en ayant une densité cinématographique forte. Est-ce que les choses changent pour les femmes au cinéma. Oui, il y a une conscience, une remise en question de chacun sur le rapport à l’autre, la manière de filmer. Ce soir, c’est une grande déclaration d’amour au cinéma”

Son amoureux, Niels Schneider, pour lequel elle a voté (plutôt que pour Albert Dupontel, son réalisateur): "C'est un bonheur d'être nommé avec Virginie. L'année dernière était, je crois, la pire cérémonie de l'histoire. Cela fait du bien de célébrer le renouveau, même si l'année a été compliquée. Peu de films sont sortis, mais de très bons films. Le cinéma n'est pas mort, mais extrêmement vivant. Ce sera un problème: on ne pourra pas tous les voir."

Laure Calamy: “Antoinette dans les Cévennes film plein. On a sorti le film à un moment où on avait peur, et moi aussi, mais tout le monde avait envie d’aller au cinéma. Les gens sont impatients de retrouver les spectacles vivants. Mais je salue Patrick l’âne, adorable, loin d’être stupide, qui, lui, passe une soirée tranquille. Les ânes n’obéissent pas aux hommes...”

Camélia Jordana (Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait): “Nommée pour la meilleure actrice, c’est un grand rêve fou, brûlant. Rien que le fait d’avoir été nommée, c’est extraordinaire. L’acharnement du travail continue. J’ai la chance d’avoir un métier qui me passionne, qui me grandit, qui me permet de survivre aux choses de la vie. Le film d’Emmanuel Mouret, c’était l’occasion d’aller vers un ton littéraire, ce qui m’était peu arrivé.”

"On ne pourra plus jamais faire de cinéma sans dire j'étouffe en anglais"

Chiara Mastroianni: “Aller au cinéma, être dans une salle, c’est un beau combat. On est les premiers à le faire en présentiel. C’est important de rappeler que même si les conditions sont très difficiles, on est encore là.”

Anny Duperey (hommage à Jean-Loup Dabadie: "Tous mes camarades de L'éléphant ça trompe énormément, Jean-Claude Carrière ou Jean-Loup Dabadie m'ont quitté. C'étaient tous des copains. C'est très émouvant de penser à eux. Ils vont beaucoup nous manquer avec leur humanité, leur talent. Et je remets un César qui me tient à cœur: celui du scénario. Pour moi, le pire cette année, c'est qu'on puisse aller dans un supermarché où on touche tout, alors que dans un musée où l'on ne touche rien, on ne peut pas y aller. Je ne comprends pas."

Roschdy Zem (président): "C'est important de montrer que c'est une fête et qu'on n'a pas lâché. On a besoin de culture et cette cérémonie en est le reflet. On s'était quittés fâchés, sans se toucher, et on sait ce qui a suivi. C'est une possibilité inespérée de célébrer notre art. Je me suis rappelé chaque jour, cette année, la chance de pouvoir faire ce métier. On ne pourra plus jamais faire de cinéma sans entendre la vulnérabilité des acteurs, des scénaristes, des spectateurs. On ne pourra plus jamais faire de cinéma sans dire j'étouffe, en anglais. "

Jean-Pascal Zadi (espoir masculin pour Tout simplement noir) : "J'ai envie de dire, cela va être très intelligent, qu'il faut faire confiance au temps et le voir en temps long. Je remercie tout ceux qui ont ouvert la brèche avant moi. Le film parle d'humanité, on a voulu mettre de la complexité là où les simplificateurs viennent mettre leur bazar. J'ai envie de parler d'Adama Traoré. On peut se demander si notre humanité compte quand on voit que l'esclavage a été reconnu comme crime contre l'humanité en 2001 et qu'aujourd'hui, certains qui y ont participé sont glorifiés par des statues.L'égalité est l'affaire de tous."

Fathia Youssouf (espoir féminin pour Mignonnes, la première à réaliser cet exploit alors qu'elle n'était pas pré-nommée par les directeurs de casting): "Merci de m'avoir donné ma chance. C'est grâce aux mignonnes que j'ai pu connaître une agréable tournage, c'était ma première expérience. J'aimerais dire à tous les jeunes de mon âge de poursuivre leur rêve, c'est le plus important."

Aurel (meilleur film d'animation pour Josep): "Je voudrais partager ce prix avec les dessinateurs de presse. On parle souvent de nous quand ça va mal, mais le cinéma permet de mettre le dessin en lumière."

Sami Bouajila (meilleur acteur pour Un fils) "Je ne pensais pas que je pourrais embrasser Fanny Ardant. Toute ma vie, mon père m'a raconté sa stupeur de perdre son père tous les matins, qu'un passeur le laisse seul après les rafles. Je voudrais remercier les producteurs qui sont des aventuriers des temps modernes."