Flic ou voyou, guignolo, morfalou de la pellicule au sommet d’un cinéma français qui grince des dents face à ses triomphes calibrés : le Belmondo des années 1970-1980 a été un peu tout ça, mais surtout Le Magnifique. Cette face émergée et contestée d’une carrière riche en rebondissements domine parmi les quinze films de la “collection Belmondo” mise en streaming par Netflix, ce 1er novembre. Sur ceux-ci, douze sont exclusivement de cette période où il devient le roi du box-office français et, pour le public, “Bébel”. À compléter avec d’autres jalons de sa carrière, disponibles par ailleurs.

★★★ À bout de souffle (1960) Drame de Jean-Luc Godard, avec Jean Seberg,... Durée : 1h29. Plateforme : Apple TV

C’est le film fondateur. Pas le premier de Belmondo, mais celui qui le lance, tout comme Godard.

Belmondo, à l’époque, n’est pas encore le magnifique, plutôt un marginal, tricard du Conservatoire. Il ronge son frein sur les planches, décroche un premier vrai rôle sur Sois belle et tais-toi (1958) de Marc Allégret.

Gouape et gueule cassée de boxeur (qu’il a été), il n’a rien du jeune premier. Mais son charisme le démarque. Jean-Luc Godard l’a apprécié dans Un drôle de dimanche d’Allégret. Il l’interpelle peu après depuis la terrasse d’un café de Saint-Germain-des-Prés et lui propose de tourner un court métrage (Charlotte et son jules).

Le comédien n’a rien à perdre. Il découvre une méthode inhabituelle : pas de scénario, peu de direction, beaucoup d’improvisation. Belmondo lâche la bride, se révèle et, avec lui, le réalisateur. Alchimie maintes fois commentée, disséquée, analysée, qui fait merveille dans À bout de souffle dont le charme un peu désuet opère encore.

En prime, la bande-annonce ci-dessous est du Godard pur jus.


★★★ Léon Morin, prêtre (1961) Drame de Jean-Pierre Melville, avec Emmanuelle Riva,… Durée: 1h57. Plateforme: Netflix

★★★ Le Doulos (1962) Film noir de Jean-Pierre Melville, avec Serge Reggiani,… Durée: 1h44. Plateforme: Apple TV

Dans la foulée de À bout de souffle , Belmondo enchaîne les films. Il en tournera 34 tout au long de la décennie et forge son statut d’acteur physique, tombeur de ces dames. Jean-Pierre Melville, qui avait un petit rôle hommage dans À bout de souffle , lui offre deux incursions dans des registres qu’il pratiquera peu.

Dans Léon Morin, prêtre, il revêt la soutane, nourrissant les fantasmes d’Emmanuelle Riva. Drame et débat sur la foi durant l’Occupation, le film est aussi un compte-rendu de celle-ci, que Melville et Belmondo ont connu, sur fond de tension (et tentation) sexuelle. L’acteur y révèle des nuances de jeu qui resteront rares.

Suit Le Doulos, joyau du film noir français, genre que Belmondo délaissera ensuite - préférant les rôles moins troubles de flic justicier. Jeu du chat et de la souris, sur fond de casse et de trahison, Le Doulos a la beauté d’un noir et blanc léché, signé par le maître français du genre. Les décors parisiens, nimbés de brouillard, en clair-obscur, évoquent le meilleur du cinéma noir américain. Dans À bout de souffle , le personnage de Belmondo fantasmait sur Bogart. Il en porte ici, avec classe, l’imper et le chapeau feutre emblématiques.


★★ ★ Cent mille dollars au soleil (1964) Comédie d’aventure de Henri Verneuil, avec Lino Ventura, Bernard Blier, Gert Fröbe… Durée : 2h10. Plateforme : Apple TV

★★ Week-end à Zuydcoote (1964) Drame de guerre de Henri Verneuil, avec Jean-Pierre Marielle, PIerre Mondy,… Durée 1h59. Plateforme: Apple TV

La carrière de Belmondo est faite de slaloms sur des passerelles entre deux rives. De la Nouvelle Vague et des auteurs, il passe au mainstream avec le plus américain des réalisateurs français de l’époque, Henri Verneuil (sous contrat avec la MGM, la Columbia puis la Fox). Dans la première de leurs sept collaborations, Un singe en hiver (1962), Belmondo fait jeu égal avec Gabin.

Suit Cent mille dollars au soleil, film d’aventures ironique se déroulant en Afrique, sous une belle affiche : Ventura, Blier, Audiard – la crème du cinéma populaire français sixties. Suit le drame de guerre, sur fond de débâcle, Week-end à Zuydcoote avec un Belmondo loin du patriotisme gaulliste. Ses souvenirs douloureux d’appelé durant la guerre d’Algérie ont-ils nourri son interprétation ?


★★ ★ Le Cerveau (1969) Casse comique de Gérard Oury, avec Bourvil, David Niven, … Durée 1h50. Plateforme : Apple TV

En 1965 et 1966, Gérard Oury a signé deux des plus grands cartons du cinéma français, Le Corniaud et La Grande Vadrouille (qui restera longtemps un record d'entrées). Il reprend la formule : deux stars, un guest étranger. Soit Belmondo, le fidèle Bourvil, Niven pour un film de casse inspiré de celui du train postal Glasgow-Londres. La suite, tout le monde l’a vue et revue...

Belmondo et Oury se retrouveront pour L’As des as (1982), dernier grand succès de Belmondo, période Bébel, désormais tout seul en haut de l’affiche.


★★ Les Tribulations d’un Chinois en Chine (1965) Comédie d’aventure de Philippe de Broca, avec Ursula Andress, Jean Rochefort… Durée 1h50. Plateforme : Apple TV

★★★ Le Magnifique (1973) Comédie d’espionnage de Philippe de Broca, avec Jacqueline Bisset, Vittorio Caprioli… Durée : 1h35 Plateforme : Netflix

Belmondo parmi les plus célèbres, Le Magnifique marque la quatrième collaboration entre De Broca et Jean-Paul Belmondo, après Cartouche (1962), L’Homme de Rio (1964, carton de 5 millions d’entrées, non disponible en streaming) et Les Tribulations d’un Chinois en Chine (1965).

Le film entrecroise les destins de l’agent secret (de fiction) Bob Saint-Clar et de son écrivain démiurge François Merlin et de l’espionne Tatiana et de son double Christine (Jacqueline Bisset).

Belmondo y exploite ses atouts : charme, autodérision et capacité physique. L’acteur, à 40 ans, est sommet de sa forme, de son sex-appeal et de sa gloire, mais pas encore prisonnier de son image.

Vu de 2020, le rapport aux femmes y est questionnable (il y a un viol collectif de Tatiana fantasmé par Merlin pour “punir” Christine). Ce pastiche de James Bond a marqué les spectateurs de tous âges qui le voyaient en boucle à la télévision dans les années 1970 – dont un certain Michel Hazanivicius, qui s’en est souvenu pour OSS 117 et Le Prince oublié...


★★ Stavisky (1974) Biographie de Alain Resnais, avec Anny Duperey, Michael Lonsdale, Claude Rich,... Durée : 2h Plateforme : Netflix

★★ Peur sur la ville (1975) Polar de Henri Verneuil, avec Charles Denner,… Durée 2h Plateforme : Netflix

En 1974, Belmondo est Stavisky, portrait en flashback (hello, Citizen Kane) de l'escroc Alexandre Stavisky. Ce film sur l’imaginaire et la poudre aux yeux, écrit par Jorge Semprún et signé Alain Resnais, est étrillé (injustement) par la critique. Son million d’entrées est un succès pour Resnais mais un échec pour l’acteur qui en est aussi le producteur.

Pour rebondir, il appelle Verneuil et s’offre un polar. Sur l’affiche, col roulé noir et holster à la hanche, il copie Steve McQueen dans Bullit (1968). L’intrigue plagie L’Inspecteur Harry (1971) avec Clint Eastwood (le tandem réitérera avec le piètre Les Morfalous (1984, sur Netflix), décalque de De l’or pour les braves).

On est loin du grand film. Le personnage monolithique que Belmondo va désormais incarner apparaît dans ce flic viril, aux méthodes musclées et le bon mot à la bouche (comme la bande annonce de l'époque le résume). Mais on retient l’atmosphère du Paris 70, la musique d’Ennio Morricone et la cascade sur le métro aérien. Avec près de 4 millions d’entrées, Belmondo a trouvé une recette qui sera déclinée ad nauseam jusqu’au piètre Le Solitaire (1987). Il devient une marque : Bébel.


Les films de Belmondo en VoD et en streaming

Sur Apple TV

À bout de souffle (1960) Jean-Luc Godard

Le Doulos (1961) Jean-Pierre Melville

Une femme est une femme (1961) Jean-Luc Godard

Week-end à Zuydcoote (1964) Henri Verneuil

Cent mille dollars au soleil (1964) Henri Verneuil

Les Tribulations d’un Chinois en Chine (1964) Philippe de Broca

Pierrot le fou (1965) Jean-Luc Godard

Le Cerveau (1969) Gérard Oury

Borsalino (1970) Jacques Deray

Itinéraire d’un enfant gâté (1988) Claude Lelouch

Sur Netflix

Léon Morin, prêtre (1961) Jean-Pierre Melville

Cartouche (1962) Philippe de Broca

Un homme qui me plaît (1969) Claude Lelouch

Le Magnifique (1973) Philippe de Broca

L’Héritier (1973) Philippe Labro

Stavisky (1974) Alain Resnais

L’Incorrigible (1975) Philippe de Broca

Peur sur la ville (1975) Henri Verneuil

Le Corps de mon ennemi (1976) Henri Verneuil

Flic ou voyou (1979) Georges Lautner

Le Guignolo (1980) Georges Lautner

Le Professionnel (1981) Georges Lautner

Le Marginal (1983) Jacques Deray

Les Morfalous (1984) Henri Verneuil

Hold Up (1985) Alexandre Arcady