L'impact des nouvelles décisions gouvernementales de lutte contre le covid-19 ne va pas secouer les salles de cinéma. Les mesures les plus dures avaient déjà été prises lundi, avec l'interdiction de la vente des snacks et boissons. Qui n'ont pas été ressenties de la même façon partout.

"Avec tout ce qu'on avait entendu, on craignait de devoir fermer, nous confie Jérôme Branders, le patron du cinéma L'Aventure à Bruxelles. Ce n'est pas le cas et cela démontre que toutes les mesures de sécurité prises (et très bien respectées par les cinéphiles) sont efficaces. Pour nous, comme pour la plupart des salles d'art et d'essai, les snacks ne représentent que quelques pourcents du chiffre d'affaires. Assez bizarrement, depuis lundi, tous les soirs, nous faisons salle comble. Je ne sais pas si c'est lié à l'interdiction de la nourriture dans les salles ou si les gens veulent montrer leur soutien au 7e art, mais j'ai même dû refuser du monde !"

Une petite lueur d'espoir dans la grisaille actuelle. "Nous perdons de l'argent. Si la fréquentation reste à 50 % de ce qu'elle était l'an dernier, grâce aux aides reçues et celles qui vont peut-être encore arriver, on devrait pouvoir tenir jusqu'à fin décembre. Pour 2021, on verra.... Je suis optimiste de nature, mais rien n'est garanti et là, c'est vraiment angoissant."

Son de cloche totalement différent dans le plus grand groupe du pays, Kinepolis. "On veut se montrer optimiste, parce que 9 personnes sur 10 se sentent en sécurité au cinéma et que dès qu'un film plus grand public sort, la fréquentation repart à la hausse, explique Anneleen Van Troos, la porte-parole de Kinepolis. Alors que les blockbusters représentent traditionnellement 80 % de nos entrées, grâce à une offre bien diversifiée, nous réalisons entre 40 et 50 % de la fréquentation prévue au budget... avant la crise. C'est plutôt encourageant et prouve que le public a toujours envie de voir des films sur grand écran."

Mais ici, on avoue être déçu des mesures prises au fédéral. "L'interdiction de la vente de boissons et de nourriture est une mesure hors de proportion qu'on espérait voir changée. Hélas, ce n'est pas le cas. Il faut savoir que cela représente 28 % de nos revenus. La santé financière du groupe est très saine, nous devrions pouvoir tenir douze mois grâce à nos liquidités même en cas de fermeture, mais cette interdiction rend notre situation très difficile. Nous allons devoir évaluer les conséquences sur la fréquentation et la rentabilité, tout en faisant le maximum pour garder les salles ouvertes. Il faut rester positif, le public a besoin de ce divertissement. Et arrêter de dire qu'il n'y a rien à l'affiche: ce n'est absolument pas vrai. Seuls manquent les blockbusters. L'offre a été diversifiée, avec des productions plus locales, des concerts, etc."

Tout le monde s'attend donc à de gros dégâts dans un avenir très rapproché. Mais chacun veut continuer à y croire. Tout dépend, maintenant, du public.