La Vénus à la fourrure

Toute la journée, Thomas a auditionné en vain des actrices suffisamment vénéneuses et raffinées pour donner du relief à son adaptation de l’œuvre de Leopold von Sacher-Masoch, celui-là même qui donna naissance au mot masochisme. Alors, quand débarque en retard la vulgaire Vanda, à l’accent parigot et aux manières godiches, il explose. Mais la comédienne insiste. Et se métamorphose totalement dès qu’elle entre dans la peau du personnage. Au point d’inverser les rapports de force… pour le plus grand plaisir du metteur en scène.

Notre avis: 8/10

Chaque film de Roman Polanski devrait être son dernier. Pour terminer sur une note majeure. Même si, dans le même temps, on rêve d’être à nouveau surpris par ce cinéphile facétieux de 80 ans. Depuis le début des années 2000, à l’exception de son Oliver Twist, il n’aligne que de petits bijoux cinématographiques : Le pianiste, The Ghost Writer, Carnage et maintenant La Vénus à la fourrure. Impressionnant.

Avec sa nouvelle création, il reste dans l’adaptation théâtrale (d’une pièce de David Ives), comme pour Carnage. Et toujours sur le mode humoristique. Mais avec, cette fois, seulement deux protagonistes et un décor unique, celui d’une salle de spectacle. Un minimalisme mis au service de dialogues magistraux, de répliques cinglantes, de réflexions sur l’amour tantôt cocasses, tantôt dérangeantes.

Mais un minimalisme qui l’oblige à trouver des astuces de mise en scène pour varier en permanence les décors, pousser les comédiens à changer régulièrement de registre, distiller derrière les effets comiques des indices sur sa conception de l’art et du cinéma.

Mêlant humour spirituel et farce, domination et sensualité, La Vénus à la fourrure montre en effet aussi un réalisateur qui tombe progressivement sous la coupe de sa comédienne. Interprétée pour l’occasion par… sa femme, Emmanuelle Seigner. En cherchant bien, on trouve une flopée de détails qui renvoient à sa filmographie ou sa vie privée. Comme si, pour ce garnement octogénaire, il n’y avait jamais suffisamment de niveaux de lecture dans un film.

On peut donc à loisir chercher à dénicher les messages codés, les renvois vers les comédies noires qui ont fait sa réputation, ou rire de bon cœur de la subtilité des textes et de certains dialogues au vitriol. Dans tous les cas, le plaisir est au rendez-vous.

La Vénus à la fourrure: comédie réalisée par Roman Polanski. Avec Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric. Durée 1h33


Le cartel

L’avocat (Michael Fassbender). C’est comme cela que tout le monde l’appelle. Il gère les affaires de personnes douteuses. Et ne rêve que de se la couler douce dans les bras de Laura (Penelope Cruz). Mais pour ça, il faut de l’argent. Avec Reiner (Javier Bardem) et Westray (Brad Pitt), il organise un trafic de cocaïne d’une valeur de 20 millions de dollars. Manque de chance, la cargaison est volée. Indirectement, tous les indices ramènent à l’avocat. Et les commanditaires ne sont pas du genre à croire aux coïncidences. Ni à laisser des témoins derrière eux.

Notre avis: 6/10 

Déçu par l’accueil réservé à Prometheus, Ridley Scott veut prouver qu’il n’a rien perdu de sa hargne et de son punch avec ce thriller coup de poing, léché, ultraviolent, ultraflippant. Dénué de la moindre échappatoire. Dès la première scène, qui voit Cameron Diaz et Javier Bardem admirer deux guépards traquer un lapin, le ton est donné : il s’agira d’une chasse impitoyable, disproportionnée, inéluctable. Dont toutes les étapes sont connues. L’informateur Brad Pitt, le truand Javier Bardem ou la girl-friend glaciale Cameron Diaz annoncent tous, à leur manière, ce qui va se produire en cas d’échec de l’opération.

De ce côté-là, aucune surprise à attendre. Et pourtant, impossible de ne pas trépigner, mal à l’aise, dans son fauteuil. Le style extrêmement léché de Ridley Scott n’est là que pour mieux souligner, par contraste, la détresse de ceux sur qui l’étau se referme impitoyablement ou le sadisme inouï des exécutions froides.

De toutes ses forces, l’avocat se débat comme un beau diable en train de s’enfoncer dans des sables mouvants. Autour de lui, le monde s’effondre. Tout le monde manipule tout le monde. Et les cadavres s’empilent.

Ridley Scott, qui n’en est pourtant pas à son premier film de gangsters, n’avait jamais été aussi loin dans la cruauté. Et pour respecter les recettes qui marchent aujourd’hui, il y va de sa scène de sexe provocatrice lorsque Cameron Diaz s’envoie en l’air, toute seule, en faisant le grand écart sur le pare-brise d’une auto à l’intérieur de laquelle son amant Javier Bardem semble totalement abasourdi.

Terrifiant, poisseux, nauséabond, magistralement mis en scène, oppressant, déroutant, Le cartel va fasciner ou dégoûter pour les mêmes raisons. Mais il est difficile de détourner les yeux de l’écran tant l’atmosphère est prenante. Une chose est sûre : à la sortie, l’estomac retourné, on n’a pas du tout envie d’un bon steak bien saignant…

Le cartel: thriller réalisé par Ridley Scott. Avec Michael Fassbender, Penelope Cruz, Cameron Diaz, Javier Bardem, Brad Pitt, Rosie Perez, Bruno Ganz. Durée 1h51