La marche

Le 9 juillet 1983, le petit Toufik Ouannès, 10 ans, s’écroule à La Courneuve. Abattu par un voisin qui ne supportait plus le bruit des pétards. Un drame qui secoue les cités. Un de plus. En réponse, Mohamed, le père Dubois et quelques amis de la cité des Minguettes décident non pas de riposter mais d’organiser une marche pacifiste entre Marseille et Paris, contre le racisme et pour l’égalité. Au départ, ils ne sont qu’une poignée. Les agressions physiques ou verbales sont plus nombreuses que les soutiens. Personne, ou presque, ne les attend aux villes-étapes. Sauf à Lyon, leur ville. Là, il y a foule. C’est le début d’un mouvement qui va secouer la France. Même si les tensions existent au sein du groupe.

Notre avis: 8/10

Après Les barons, Nabil Ben Yadir change de sujet. Et de ton. L’humour incombe ici au seul Jamel dans un rôle d’irresponsable semeur de troubles. Dans un premier temps, il semble tomber comme un cheveu dans la soupe au milieu des débats parfois vifs entre marcheurs, des insultes racistes d’opposants ou des critiques acerbes d’associations de lutte contre le racisme. Mais au final, il faut bien avouer, il s’agit de bouffées d’air frais bienvenues. Qui détendent l’atmosphère et permettent de relativiser les points de vue.

Loin d’embellir le tableau, Nabil Ben Yadir évite les descriptions dithyrambiques, les portraits en noir et blanc ou les conclusions poignantes sur l’impact historique de cette marche. Une approche intelligente. Mohamed se bat contre l’exclusion mais refuse de marcher avec Hassan (Jamel), le père Dubois se voit critiquer une récupération religieuse, Sylvain (Vincent Rottiers) marche avant tout pour les beaux yeux de Monia (Hafsia Herzi), Kheira (Lubna Azabal) ne peut contenir sa colère face aux opposants, bref les contradictions ne manquent pas. Et cela rend les personnages d’autant plus intéressants.

La promenade n’est pas non plus triomphale. Viol, agressions, insultes, infiltration des services de renseignements français et discussions qui tournent au règlement de comptes avec des associations qui partagent pourtant les mêmes idéaux sont le quotidien des marcheurs.

Ce côté très terre à terre, réaliste, de la mise en scène, permet de s’identifier, d’avoir l’impression de faire partie du groupe et de s’interroger sur l’évolution de la société. Les raisons qui ont poussé les marcheurs à parcourir la France en 1983 semblent plus que jamais d’actualité, 30 ans plus tard, avec la multiplication des attaques et des propos racistes dans une France confrontée à une forte montée de l’intolérance et du rejet de l’autre. Ce n’est pas la ministre Taubira qui prétendra le contraire.

Un excellent film , qui suscite la réflexion et le débat (notamment sur les moyens de réagir) sans jamais ennuyer. À voir absolument.

La marche - Comédie dramatique - Réalisé par Nabil Ben Yadir - Avec Olivier Gourmet, Tewfik Jallab, Vincent Rottiers, Jamel Debbouze, Lubna Azabal, Hafsia Herzi, Charlotte Le Bon - Durée 2 heures


Cet été-là

Cet été-là commence de la pire des façons pour Duncan. À l’arrière de la voiture de son beau-père, Trent, qui lui demande de s’évaluer sur 10. Plutôt timide et mal dans sa peau, Duncan se donne 7. Avant de se faire assassiner par Trent : "Tu ne vaux pas plus que 3." Ambiance. Comme sa belle-sœur est du genre peste et que sa maman ne voit pas que son compagnon la trompe, Duncan passe ses journées devant le parc d’attractions aquatique qui le faisait rêver enfant. Une présence qui intrigue Owen, le gérant farfelu et très cool du parc. Qui se lie d’amitié avec lui et l’engage comme moniteur. Une expérience qui va changer sa vie.

Notre avis: 8/10

Pour leur première réalisation, les deux scénaristes de The descendants (pour lequel ils ont gagné l’Oscar) frappent fort. En tournant un petit bijou d’humour tendre qui n’est pas sans rappeler Little Miss Sunshine. Et pas seulement parce que l’intrigue est centrée sur un ado et qu’on y retrouve à l’affiche Toni Collette et Steve Carell. Le ton y est à la douce folie, à la magie des instants les plus anodins de l’existence, à cette évolution étonnante de protagonistes tout en sincérité, loin des effets de manche humoristiques américains.

Cette petite tranche de vie, truffée de péripéties de la vie de tous les jours (disputes avec une sœur, timidité, difficulté de rencontrer les filles, chamailleries avec sa maman, petites vengeances sur l’auto du beau-père, etc.), on aimerait la prolonger bien au-delà de l’heure et demie. Tant on se sent bien dans l’univers chaleureux des deux cinéastes, en compagnie de protagonistes qui sentent le vécu avec leurs nombreuses facettes contradictoires.

Même si les sourires sont plus souvent de mise que les rires francs (les situations cocasses ne manquent pas mais les gags ou les bons mots sont rares), cette délicieuse comédie sur la difficulté d’être adolescent ou… adulte n’offre que du bonheur. Sans imposer de conclusion ou de morale. À voir en famille ou simplement pour le plaisir.

Cet été-là - Comédie - Réalisé par Nat Faxon et Jim Rash - Avec Liam James, Sam Rockwell, Steve Carell, Toni Collette, Sam Rockwell - Durée 1h36


Hunger Games: l'embrasement

L’heure de la revanche a sonné pour le président Snow. Puisque Katniss incarne l’espoir du changement dans les districts, il l’oblige à ne plus faire que des discours formatés pour faire retomber l’enthousiasme partout où elle passe. Sous peine de voir sa famille et ses amis décimés. Et comme tous les anciens vainqueurs représentent désormais une menace pour le Capitole, il ne convoque que d’anciens gagnants pour les Jeux de l’Expiation. Auxquels un seul survivra. À charge pour son nouvel organisateur, Plutarch Heavensbee, de rendre la mort de Peeta et de Katniss la plus pathétique possible afin de détruire leur aura.

Notre avis: 6/10

En prenant le relais de Gary Ross derrière la caméra, Francis Lawrence avait reçu une mission très simple : rendre l’histoire encore plus spectaculaire grâce à des moyens financiers presque doublés (140 millions de dollars contre 78 précédemment). Et de ce point de vue-là, l’objectif est atteint.

La présentation des candidats, au son des tambours, rappelle les bons vieux péplums aux moyens démesurés. Et le nouveau champ de bataille regorge de pièges redoutables : brouillard empoisonné (qui laisse des pustules horribles sur la peau), éclairs tonitruants ou attaques de babouins féroces (d’un réalisme sidérant), par exemple.

De quoi tenir en haleine en dépit d’un scénario assez répétitif et de rebondissements qui se font longuement attendre. Et c’est bien utile : l’effet de surprise ne joue plus et les aspects émotionnellement les plus éprouvants du premier opus (comme le massacre d’enfants, par exemple) sont eux aussi effacés (cette fois, ce sont des tueurs aguerris qui s’opposent).

Les fans seront sans aucun doute ravis par la luxuriance des décors, les nouvelles incursions dans les manipulations télévisuelles ou les effets spéciaux magistraux, tandis que les cinéphages curieux seront sans doute plus touchés par la personnalité de Katniss, porte-drapeau malgré elle d’une révolte à laquelle elle ne veut pas participer pour protéger les siens, même s’ils auront parfois le sentiment que ce second opus ressemble un peu trop au premier. Mais il donne envie de voir la suite.

Hunger games: l’embrasement - Thriller futuriste - Réalisé par Francis Lawrence - Avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson, Liam Hemsworth, Woody Harrelson, Stanley Tucci, Philip Seymour Hoffman, Donald Sutherland - Durée 2h26


The immigrant

Pour Ewa et Magda, deux sœurs polonaises, l’Amérique représente la Terre promise. Celle qui va leur permettre d’oublier la misère qui sévit en Pologne en 1921. Mais du pays, elles ne verront rien d’autre que New York. Et encore. Atteinte de tuberculose, Magda est enfermée à Ellis Island. Ewa, elle, comptait sur l’aide d’une tante qui ne viendra jamais la chercher. Seul Bruno lui tend la main. En la logeant à condition qu’elle se prostitue. Dans cet enfer, le seul petit rayon de soleil vient d’Orlando, un magicien traficoteur. Mais Bruno le déteste par-dessus tout.

Notre avis: 2/10

Chaque règle a son exception. Et dans le cas de James Gray, elle s’appelle The immigrant. Jusque-là, le New-Yorkais de 44 ans n’avait signé que des perles : Little Odessa, The yards, La nuit nous appartient et, surtout, le sublime Two lovers. Les 5 années qui séparent ce dernier joyau de son nouveau long métrage ne l’ont manifestement pas inspiré.

Dans ce drame en forme d’énorme cliché, sinistre, peu captivant, on ne retrouve plus sa capacité à rendre les histoires humaines sensibles et brutes à la fois. Les émotions qu’il exploitait si bien passent cette fois à la moulinette hollywoodienne pour en ressortir sans saveur, sans charme, sans le plus petit élément de surprise.

On subit donc 2 h de misérabilisme qui sentent le déjà-vu, en dépit de prises de vues inédites à Ellis Island ou dans des décors extraordinaires de réalisme. Tout est tellement prévisible qu’on attend avec impatience la nouvelle colère de Joaquin Phoenix tout en accrochant sur l’accent polonais assez insupportable de Marion Cotillard. On n’apprend rien sur l’immigration aux USA ou sur les tréfonds de l’âme humaine qui pousse certains à exploiter sans vergogne les migrants désemparés. Tout cela sent tellement le carton-pâte et les émotions artificielles qu’on s’en fiche même réellement.

Bref, un bon gros ratage d’un ennui infini même pas sauvé par ses comédiens.

The immigrant-Drame-Réalisé par James Gray-Avec Marion Cotillard, Joaquin Phoenix, Jeremy Renner-Durée 1h59