La Prophétie de l’horloge : un mix de Harry Potter, des Enfants Baudelaire et des films noirs de Tim Burton, à la sauce Jack Black.

C’est le rêve de tout producteur hollywoodien : adapter une saga pour ados sur base d’un best-seller. Surtout si le récit vogue dans des univers déjà largement plébiscités au box-office. Autant dire que les douze romans de John Bellairs, centrés sur un orphelin de 10 ans, Lewis Barnavelt, recueilli par un oncle magicien à la mort de ses parents, avaient tout pour plaire dans les grands studios. Dès le départ, il était en effet possible de les raccrocher aux Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire et à Harry Potter. Il ne restait plus au spécialiste des films d’horreur Eli Roth de s’inspirer des univers gothiques de Tim Burton et d’y insérer l’humour plus premier degré de Jack Black pour tenter de séduire un très large éventail de spectateurs.

Le problème, c’est qu’à force de vouloir plaire à tout le monde on finit par ne vraiment séduire personne, tant l’ensemble semble consensuel.

Notre avis Dans sa nouvelle demeure, au look de manoir hanté, Lewis peut faire absolument tout ce qu’il veut. À une exception près : interdiction d’ouvrir la grande armoire qui trône dans le salon (bonjour les références à Barbe-Bleue…). Et, naturellement, il enfreint la seule règle de la maison, sans se rendre compte des catastrophes surnaturelles que cela va déclencher. À l’insu de son plein gré, la fameuse prophétie de l’horloge est en train de se réaliser. Son oncle Jonathan (Jack Black) et l’étonnante Mme Zimmermann (Cate Blanchett), malgré tous leurs sortilèges, ne semblent pas de taille pour contrer le maléfice en devenir.

Tous les ingrédients semblent réunis, mais Eli Roth ne parvient pas à trouver le bon dosage pour appliquer la formule magique de la comédie d’aventure frissonnante. Jack Black tourne tout en dérision, Cate Blanchett s’adonne avant tout à des regards inquiétants alors que le gamin vit des drames réellement épouvantables. Même le cinéaste donne l’impression de ne pas savoir sur quel pied danser. À part une scène magnifique et terrifiante d’automates fous d’une autre époque, le film regorge surtout de séquences assez grotesques : des dézingages de citrouilles agressives, l’attaque d’un lion en buisson ou les moments de folie d’un siège qui se comporte comme un chien. Rien n’est vraiment drôle ou surprenant, tout paraît forcé, outrancier, surjoué et, au final, l’horloge sonne surtout les douze coups de l’ennui.

La noirceur de certains passages se révèle bien trop effrayante pour les plus petits, tandis que la naïveté de cette fantaisie trop formatée par Hollywood devrait rebuter les pré-ados. Sans se révéler épouvantable, on ne voit donc pas trop qui séduira cette Prophétie de l’horloge.

Mais aussi...

22 miles : Un carnage dénué d’intérêt

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22 miles. Soit un peu plus de 35 km. C’est la distance que doit parcourir un spécialiste des missions secrètes périlleuses pour amener un espion asiatique de l’ambassade des USA à l’avion qui le sortira du pays. Mais la dictature locale, peu désireuse de dévoiler où elle cache des missiles nucléaires, ne va reculer devant rien pour réduire définitivement le traître au silence. Peter Berg, qui avait reculé en 2012 les limites de l’ineptie cinématographique avec le pathétique Battleship, n’a manifestement pas tiré les leçons de cet échec cuisant. Sans s’encombrer d’un scénario, il filme platement Mark Wahlberg et le champion indonésien des arts martiaux, Iko Uwais, en train de massacrer à mains nues ou avec des flingues une armée de tueurs lancée à leurs trousses. Voitures pulvérisées, immeubles ravagés, crânes défoncés, millions de balles tirées et sacrifices à l’explosif, tout le catalogue des horreurs y passe. Un carnage ridicule, que rien ne justifie, d’un ennui… mortel.

Notre avis : NUL

I feel good : Jean Dujardin et Yolande Moreau : quel duo !

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Depuis des années, Jacques cherche vainement l’idée qui le rendra richissime. Mais cette fois, il a trouvé. Il en est convaincu, pour réussir, il faut être beau. Il ne reste donc plus qu’à en convaincre les membres de la communauté d’Emmaüs, dont s’occupe sa sœur, Monique. Les très déjantés Kervern et Delépine règlent leurs comptes avec les idées ultralibérales et individualistes, en leur opposant un modèle basé sur la solidarité plutôt que sur l’argent, celui de la communauté d’Emmaüs fondée par l’Abbé Pierre. La confrontation de deux mondes débouche sur quelques scènes croustillantes (Jean Dujardin, en peignoir de luxe et rétif à toute forme de travail, tente de vanter les vertus du capitalisme à des rejetés du système), mais l’ensemble tourne très vite en rond, manque cruellement de ressorts comiques. Yolande Moreau est parfaite de tendresse, Jean Dujardin aligne les poncifs avec un culot dingue, mais tout ça reste gentillet, pas assez percutant ni drôle. Une petite comédie sympa, sans plus.

Notre avis : BIEN

L’ombre d’Emily (a simple favor) : Un thriller bien trop convenu

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Une simple faveur, c’est tout ce que Stéphanie a accepté. Juste aller chercher le fils d’Emily à l’école. Mais la garde se prolonge : Emily a disparu. Puis son cadavre est retrouvé. Seulement, le fils d’Emily prétend continuer à voir sa maman. Et Stéphanie elle-même a l’impression de sentir la présence de sa meilleure amie, alors qu’elle couche avec son mari. Spécialiste des comédies US plutôt appuyées (Les Flingueuses, Ghostbusters, Bridesmaids 2), Paul Feig change de registre mais sans bien posséder les codes du thriller. Au lieu de soigner les ambiances, de multiplier les pistes, de prendre aux tripes et de mettre mal à l’aise, il évente bien trop rapidement le mystère. Et il ne faut pas être grand clerc pour deviner sur quel ressort dramatique le film est construit, tant il est classique. Blake Lively se révèle vénéneuse à souhait, mais ses partenaires, eux, semblent sortir d’un mauvais téléfilm américain. L’Ombre d’Emily ne devrait donc pas se faire une place au soleil sur les grands écrans.

Notre avis : BOF