Clint Eastwood, Pedro Almodovar, Wes Anderson, James Cameron, Sofia Coppola, Christopher Nolan, Martin Scorsese, M. Night Shyamalan, Zack Snyder, Steven Soderbergh, Denis Villeneuve, Judd Apatow, Jon Avnet, Michael Bay, Damien Chazelle, Paul Feig, Cary Joji Fukunaga, Paul Greengrass, Catherine Hardwicke, Alejandro Gonzalez Iñárritu, Patty Jenkins, Rian Johnson, Mimi Leder, Francis Lawrence, James Mangold, Sam Mendes, Steve McQueen, Guy Ritchie, Seth Rogen ou David Yates. Même aux Oscars, on n’ose rêver d’un aussi beau parterre de cinéastes. Et il ne s’agit que d’une partie des signataires d’une lettre envoyée par la crème des réalisateurs hollywoodiens pour demander une aide d’urgence pour le 7e art.

Aux États-Unis, la situation est à ce point catastrophique que les membres de l’association nationale des propriétaires de salles (NATO) ont perdu les trois quarts de leur chiffre d’affaires depuis le début de la pandémie de coronavirus. "Le cinéma est une industrie essentielle qui représente le meilleur de ce que le talent et la créativité des Américains ont à offrir, écrivent-ils. Mais maintenant, nous craignons pour son futur." Selon eux, 69 % des petites et moyennes salles des USA seraient au bord de la faillite, avec une perte de 100.000 emplois directs et "des millions" d’autres indirects à la clef. Et la situation n’est guère plus réjouissante pour les grandes chaînes, en recherche de sources de refinancement pour tenter de survivre.

Symbole du rêve américain, Hollywood vacille sur ses bases. Mais elle n’est pas la seule. Chez nous, l’optimisme n’est pas non plus de mise. "Nos chiffres d’entrées et d’affaires ont baissé de 75 % par rapport à l’an passé, explique Thierry Laermaens, secrétaire général de la Fédération des Cinémas de Belgique. C’est invivable. Cela s’explique principalement par le port du masque, qui fait fuir le public, et par l’absence des films américains. Les distributeurs américains préfèrent attendre avant de sortir les films, mais à la fin de l’année, le bilan sera catastrophique. Et cela se répercute sur les salles. Sans une aide spécifique de l’État, comme en France, beaucoup de salles vont éprouver les pires difficultés à survivre. Il ne faut pas oublier qu’elles emploient 1.250 personnes en Belgique et ont beaucoup d’importance pour l’horeca ou la vie sociale. Tout une économie dépend du cinéma."

Pour lui, pas de doute, l’impact va se faire ressentir pendant des années. "En 2021, on risque l’embouteillage, avec tous les reports. Beaucoup de films ne bénéficieront donc pas du temps d’exploitation nécessaire. Et ensuite, l’inverse pourrait se produire, résultat de l’arrêt des tournages pendant des mois. Sans une aide financière pour redémarrer les salles, beaucoup pourraient ne pas s’en sortir."

Un scénario qui ne tient pas de la science-fiction. Ce n’est pas un hasard si le gotha d’Hollywood tremble devant les perspectives d’avenir. Les plateformes de streaming n’offriront jamais les mêmes sensations que l’expérience collective d’un grand spectacle ou d’une comédie.