Mais l'acteur reste très demandé

BRUXELLES Vincent Lindon n'est pas du genre à vous jouer le coup de la fausse modestie. Tout le monde sait qu'il est très demandé, et qu'il ne dit pas oui facilement. Si vous le lui demandez gentiment, il vous énumérera la liste de tous les rôles qu'il a refusés dans sa carrière, tout en vous faisant promettre de ne jamais l'écrire. «Je vous le dis, mais c'est hors micro...» Si vous n'avez qu'une parole, bienvenue dans la confidence...

Blague à part, qu'est-ce qui vous a séduit dans La moustache? Le fait que vous n'en avez sans doute jamais porté?

«Deux choses m'ont séduit. D'abord, le roman que je connaissais pour l'avoir lu à l'époque. Ensuite, j'avais vu le premier film d'Emmanuel Carrère, Retour à Kotelnich, et j'avais trouvé ça très beau. Aujourd'hui, j'en suis arrivé à un stade où je ne réfléchis plus. Si l'histoire me plaît et que j'ai envie d'être dedans, je fonce. Si ce n'est pas le cas, c'est niet et ça le reste. Et j'aime ce côté instinctif du métier d'acteur. On sent le rôle ou on ne le sent pas. C'est vrai que j'ai beaucoup de propositions que je refuse. Ici, j'ai dit oui tout de suite...»

On dit qu'Emmanuel Carrère a écrit le rôle pour vous...

«C'est exact et je ne vois pas pourquoi j'irais m'en plaindre! C'est au contraire un sentiment très agréable, pour un acteur, de savoir qu'on écrit un film en pensant à vous. Dans le cas présent, Emmanuel avait mon accord dès le départ.»

On vous a déjà vu dans la plupart des genres abordés par le cinéma français contemporain. Existe-t-il encore un rôle qui vous fasse rêver?

«Non, je ne rêve plus ou plutôt je ne veux plus rêver. Fut une époque où je rêvais de tourner avec tel réalisateur ou tel acteur. Les années ont passé et ces gens qui m'ont fait rêver ont vieilli et dans la plupart des cas, à mon point de vue, ce serait trop tard. Donc je préfère regarder devant moi...»

On vous prête aussi l'envie de passer de l'autre côté de la caméra. C'est à la mode, non?

«Oui, mais c'est un mot que je déteste, la mode! Si je passe un jour à la réalisation, et ça se fera, c'est parce que j'en ai réellement envie et que je peux me le permettre. Je ne connais pas un producteur qui refuserait, même avec un gros budget. Mais je ne suis pas encore prêt. J'ai déjà écrit deux scénarios de film voici quelques années. Il faudrait que je m'y replonge. Ça viendra, mais je ne peux pas dire si ce sera dans trois mois ou dans trois ans... J'attends un vrai sujet. Quelque chose de formidable à raconter. J'adore raconter. Le cinéma, c'est l'art de raconter.»

Si vous deviez suivre un modèle en tant que réalisateur?

«Sans hésiter, ce serait Claude Sautet. Il était toujours fabuleux quel que fût le genre abordé. Le polar, comme Max et les ferrailleurs, ou le cinéma intimiste comme Vincent, François, Paul et les autres. On y trouvait toujours la même rigueur de narration et la même justesse de ton. Il incarnait pour moi une sorte de perfection.»

Et après La moustache, où va-t-on vous voir prochainement?

«Il y a L'avion qui sort dans quelques jours et qui est adapté d'une BD qui vient de chez vous, et Selon Charlie , film mis en scène par Nicole Garcia et qui sortira en janvier.»


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