Le chemin qui lui a permis de devenir une vedette à 50 ans

Dans le film La folie des grandeurs , Louis de Funès incarnait un Grand d’Espagne. Ce 31 juillet 1914, on peut dire qu’il était un Petit d’Espagne. Ou plus exactement un bébé espagnol, né ce jour-là, dans la région de Courbevoie et inscrit sous le nom de Louis de Funès de Galarza.

Le fruit d’une étonnante histoire d’amour. Papa de Funès, avocat à Séville, a littéralement enlevé maman Leonor parce que le père de celle-ci ne consentait pas au mariage. À Paris, papa trouva un travail de diamantaire. Louis est né en même temps qu’une Première Guerre mondiale qui ne les a pas concernés. Paris n’était pas occupée en 14-18 et les Espagnols ne partaient pas combattre.

Par contre, la Seconde Guerre, elle, les a atteints au plus profond. Le frère aîné de Louis de Funès est allé se faire mortellement mitrailler par les Allemands à Rethel, non loin de la Belgique. L’acteur a eu aussi une sœur qui lui a survécu et est décédée en 1993.

Il a été élevé par sa mère car le père, devenu employé dans le secteur diamantaire, était parti au Venezuela, espérant y faire fortune. Louis de Funès adulait sa mère qui avait gardé un accent espagnol très prononcé. Il a surtout raconté ses colères épiques qui le faisaient rire, lorsqu’en poursuivant son père autour de la table, elle hurlait : "Yé vé té touer !" C’est en imitant sa mère qu’il provoqua ses premiers rires. Puis, à l’école, en imitant ses professeurs.

Son frère travaillait dans le commerce des manteaux de fourrure. Louis fut dirigé vers des études de fourreur. Ça ne lui plaisait pas. Il se retrouva, un temps, étudiant en photographie. À Montmartre, il tombe sur un avis : "Cherchons pianiste." Quelques airs à la mode et quelques valses de Chopin lui permirent de gagner sa vie pendant les premières années de la guerre.

Avec ses sous, il s’offrit des cours de comédie, dans la même classe que Daniel Gélin qui perça avant lui. Un jour, ils se croisent dans le métro. Daniel Gélin lui lança : "Ça t’intéresse, le cinéma ? J’ai un rôle pour toi." Son premier, en 1946, dans La tentation de Barbizon.

124 petits rôles plus tard, il est engagé en vedette pour une gentille série B dont personne n’imagine qu’elle peut devenir un film culte et faire de Louis de Funès une star : Le gendarme de Saint-Tropez . De Funès a 50 ans.


Le souvenir de sa générosité

Il y avait un endroit où Louis de Funès aimait se rendre : le bistrot-resto de Beau Rivage que Marie Brohan tenait sur les berges de la Loire, juste en dessous du château, et où ne venaient que les pêcheurs du coin et les ouvriers portugais des carrières voisines. C’est ici qu’il a fait la connaissance de son ami Sergent.

On raconte que la radio du lieu, toujours allumée, grésillait. Un jour, Louis de Funès est arrivé avec un poste flambant neuf : "Au moins, on pourra écouter la musique dans de bonnes conditions." Le lieu existe toujours. Mais Marie est morte et son bistrot a été fermé.

Au centre de Le Cellier, à côté de l’église où Louis de Funès venait à la messe tous les dimanches ( "Il arrivait avec sa petite Renault 6. La famille Nau de Maupassant avait son banc réservé comme cela se faisait dan le temps" ), la Brasserie est un bistrot plus moderne. Jean-Yves Luais, 65 ans, y boit son muscadet : "Quand j’étais jeune, je l’avais abordé, un matin, alors qu’il allait à la pêche, pour lui demander un autographe. Il m’a dit : "Pas maintenant ! Mais reviens ce soir !" J’y suis retourné : mon autographe était prêt ! Il l’avait préparé."

Jean-Yves Luais l’a revu longtemps plus tard : "Je faisais partie de la troupe de théâtre qui, une fois par an, présentait la Revue. Il avait accepté d’être notre président d’honneur et il était présent chaque année. Après le spectacle, il montait sur scène, nous félicitait et il avait un petit mot pour chacun d’entre nous. Il nous a même offert une sono. Le top ! Il a dit : "Mon fils n’en fait quand même plus rien."

Pour le reste ? "Il aimait vivre tranquille et on ne le voyait pas au village. Sa femme venait plus souvent. Pour les courses. Elle laissait toujours la R6 en double file. Je crois qu’elle avait peur de devoir faire une marche arrière."

Un autre client : "Quand il est arrivé, il a fait rénover le château. Les toitures, les écuries… Cela a procuré beaucoup de travail aux gens de la région."


Merci Louis

Quand on parle ici de de Funès, les anciens du village en viennent très vite à évoquer ses funérailles. Jean-Pierre, 66 ans : "Michel Galabru était là !" Il n’était pas seul : le village n’a jamais vu une telle cohue. "J’avais une course à faire avec ma mobylette. Impossible de passer. Il y avait tellement de monde !"

Louis de Funès repose à quelques centaines de mètres de son château. La tombe est à l’entrée et le périmètre de buis qui entoure une surface parsemée de gravillons rouges occupe quatre parcelles ordinaires.

Juste une croix avec son nom et les dates d’usage. Peu de fleurs. Quelques plaques "Merci Louis" . L’une d’entre elles est signée par "Des amis belges" . On a aussi déposé un galet gravé d’un texte : "Le Créateur lui aussi avait envie de rire un peu…"


Le château de la grande vadrouille

Aujourd’hui, il est aménagé en quarante appartements… et un musée

À un kilomètre du village de Le Cellier, un peu plus loin que le cimetière, sur la droite, on arrive au château de Clermont par une allée bordée de platanes, avec des vignes sur le côté. On a l’impression de pénétrer dans le Moulinsart de Tintin. Avec, quand même, deux ailes sur les côtés. Toute l’élégance du style Louis XIII.

Jeanne Nau de Maupassant , l’épouse de Louis de Funès, passait ici ses vacances d’enfant : le domaine appartenait à son oncle, le comte Nau de Maupassant. Aucun rapport familial avec Guy de Maupassant.

En 1942, Louis de Funès et Jeanne vinrent y célébrer leurs fiançailles. Le comte n’était plus là : il est décédé en 1941. Mais la comtesse, elle, vécut ici jusqu’à sa mort, en 1965. En 1967, le château fut mis en vente.

C’était l’époque où La grande vadrouille établissait son record de 17 millions d’entrées. Le contrat de Louis de Funès lui promettait 1,4 % des bénéfices au-delà d’une recette paraissant invraisemblable de 4 millions d’euros.

C’est avec l’argent de La grande vadrouille qu’il récupéra le château familial malgré les enchères du baron de Jamonières. Il est mort en 1983 et, en 1986, Jeanne (qui vit toujours et a passé le cap des 100 ans) et les fils, Patrick (70 ans aujourd’hui) et Olivier (65 ans) ont revendu le château qui devint un centre psychiatrique. On cessa d’entretenir la roseraie aujourd’hui disparue dont l’acteur s’occupait amoureusement.

En 2005, un promoteur rachetait la propriété et aménageait l’intérieur du château en 40 appartements qui ont été mis en vente en 2010.

Le Musée de Louis n’occupe qu’une partie de l’ancienne ferme, à l’arrière du château. Le pré qui se trouve là mène à un belvédère offrant une vue magique sur la Loire et sa vallée.


Les armoires qui parlent

Dans le musée, sa perruque de chef d’orchestre et les papillotes de Rabbi Jacob

Le public n’a d’yeux que pour les pièces cultes. Les Belges en connaissent déjà quelques-unes, celles de La Grande vadrouille qui, avant d’être offertes à ce Musée de Louis inauguré voici deux mois à l’arrière du château de Louis de Funès, à Le Cellier, près de Nantes, étaient exposées à l’exposition Golden Sixties à Liège : le casque allemand que de Funès a porté, sa perruque de chef d’orchestre, sa baguette brisée, et les chiffres 6 et 9 qui se sont inversés sur les portes des chambres de l’Hôtel du Globe.

Il y en a d’autres. À commencer par le César d’honneur qui lui avait été donné par Jerry Lewis (la photo est à côté). Sa bourse de velours rouge, avec broderies dorées et le portrait de Don Salluste dans La folie des grandeurs . Et le chapeau à papillotes de Rabbi Jacob. Charles Duringer qui, avec son épouse, Roselyne, a ouvert ce lieu du souvenir : "Nous savons où se trouve la barbe. Nous espérons l’exposer un jour…"

Mais la fierté de Charles Duringer ne se trouve pas parmi ces objets célèbres : "Mon épouse et moi, nous sommes arrivés à Le Cellier voici quatre ans. En janvier 2013, nous étions au cimetière pour les cérémonies du 30e anniversaire de la disparition de Louis de Funès. Il y avait énormément de monde. Sur place, nous avons pensé qu’il n’existait rien, à Le Cellier, pour honorer sa mémoire, alors que la génération qui l’a connu s’en allait petit à petit. Nous ne voulions pas ouvrir un Musée Louis de Funèsmais un Musée de Louis : un endroit sympathique qui lui soit dédié. Tout cela, c’était il y a un an et demi. Nous n’étions pas des collectionneurs. Nous ne possédions rien. Mais nous avons parlé de notre idée et les portes se sont ouvertes. La famille nous a donné accès aux caves des archives. Des collectionneurs nous ont confié leurs trésors. Mais, surtout, ici au village, les tiroirs se sont ouverts. Avec les photos des gens et parfois du courrier étonnant. Louis de Funès avait ici un ami que tout le monde surnommait Sergent. Un ancien militaire portugais qui avait fui la dictature. Il avait un cancer et de Funès, ses problèmes de cœur. Ils échangeaient un courrier d’amitié et d’humour à qui partirait le premier. De Funès lui envoyait des sous pour que Sergent boive à sa santé. "De toute façon, ça ne peut plus te faire de mal." Et il signait : "De Funès, immortel !"

Des photos, des affiches, des petits mots envoyés par Fernandel ou par Maurice Chevalier, une invitation signée par Charles de Gaulle qui était encore président… Tout cela occupe trois pièces. La première évoque les années 40 et 50. La deuxième, les années 60. La troisième, les années 70. Avec meubles d’époque. Comme un jeu, les visiteurs doivent ouvrir les portes et les tiroirs des armoires : elles cachent des trésors. Le press book que tenait Louis de Funès est ouvert sur le titre Son seul souci : il est timide .

Un film de 25 minutes rassemble des documents familiaux et des images de coulisses. Avec un duo inédit de Louis de Funès et Coluche en clowns, dans les coulisses de L’aile ou la cuisse .

Musée de Louis, Château de Clermont, à Le Cellier (www.museedelouis.org)



Les dix plus grands succès de Louis de Funès

10. La folie des grandeurs de Gérard Oury (1971)

5.561.000 entrées France



9. L’aile ou la cuisse de Claude Zidi (1976)

5.835.000



8. Le gendarme et les extra-terrestres de Jean Girault (1978)

6.020.000



7. Oscar d’Edouard Molinaro (1967)

6.092.000



6. Le gendarme se marie de Jean Girault (1968)

6.759.000



5. Les grandes vacances de Jean Girault (1967)

6.891.000



4. Les aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury (1973)

7.774.000



3. Le gendarme de Saint-Tropez de Jean Girault (1964)

7.774.000



2. Le corniaud de Gérard Oury (1964)

11.722.000



1. La grande vadrouille de Gérard Oury (1966)

17.221.000




Hervé Meillon vous raconte Fufu

C’était inévitable. DH Radio ne pouvait pas ne pas rendre hommage à l’un des plus grands comiques du siècle écoulé. Ce jeudi donc, date d’anniversaire symbolique, votre radio se mettra à l’heure mais surtout aux sons de Louis de Funès. De 16 à 18 heures, une émission spéciale lui sera consacrée. Pour raconter l’homme et l’acteur, une voix que les fidèles auditeurs de DH Radio ont eu le plaisir de réentendre (dans le Push Café ) depuis son lancement, celle d’Hervé Meillon. L’animateur bien connu rendra hommage à Louis de Funès au travers de documents inédits et de grands classiques. De plus, 30 coffrets (triple DVD) Inoubliable contenant six heures d’images inattendues, drôles et inédites seront à gagner par les auditeurs (pour participer, SMS au 6566 code louis + coordonnées complètes). Rendez-vous ce jeudi dès 16 h !