`Lumumba n'était pas le diable´...

Cinéma

Dominique Deprêtre

Publié le

Raoul Peck défend son approche réaliste

BRUXELLES Ingénieur, économiste et, enfin, cinéaste diplômé de l'Académie de Berlin sous la bannière du duo Kristof Kieslowski - Agnieska Holland, Raoul Peck a même été durant un an et demi ministre de la Culture dans son pays, Haïti. Son Lumumba est le fruit d'un travail de très longue haleine.

`Le film n'a pas dépassé le budget d'un film français moyen d'aujourd'hui, c'est-à-dire un film qu'on tourne avec cinq acteurs dans trois appartements´ explique-t-il avec une évidente ironie. La recette est simple : `Tous les coûts ont été soigneusement maîtrisés et les frais que j'estimais superflus ont été chassés. En fait, le seul luxe est celui qu'on voit à l'écran. Je ne voulais rien sacrifier aux détails, qu'il s'agisse des tournages extérieurs ou des accessoires comme les costumes, les voitures.´

Et quand on parle détail, le fait d'avoir ainsi pensé qu'une hôtesse de l'air en 1960 n'avait ni la même allure ni le même gabarit que celle que nous connaissons aujourd'hui, on avouera que notre interlocuteur n'a vraiment rien négligé. Mais parlons un peu du script

`Il y a eu en tout huit versions différentes du scénario. Il fallait que je décode par rapport à des regards qui n'apportaient rien. Que je perce un mur d'informations et de désinformations, de récits trop simplistes dictés par la bonne conscience européenne. L'idée de base était de montrer que Lumumba n'était pas le diable qu'on disait, et que derrière le barrage médiatique, il y avait la dimension humaine d'un personnage emporté dans un tourbillon d'événements inimaginables.´

A propos des piques aux Flamands : `Les coloniaux flamands avaient la réputation d'être plus durs que leurs homologues francophones. Cela dit, je n'invente rien : lorsque je vivais moi-même au Congo alors que j'étais gamin, vers le milieu des années 60, le mot flamand était une insulte dans la cour de récréation.´

Il a donc vécu au Congo `Oui. J'y ai rejoint mon père qui faisait partie de ces volontaires venus en remplacement des cadres belges qui étaient partis. J'avoue qu'en tant que jeune gamin, cette époque ne m'avait pas spécialement marqué. Ce n'est qu'en préparant mon documentaire il y a dix ans que j'ai réalisé combien j'avais été proche de cette époque.´

Votre sentiment sur la commission d'enquête parlementaire ?

`Il est évident que l'affaire Lumumba n'est pas un dossier clos, tant pour le Congo que pour la Belgique. Il manque aujourd'hui l'officialisation des faits, comme une sorte de conscience indispensable à la construction de l'avenir. Mais je crois qu'il existe aujourd'hui en Belgique une réelle volonté de savoir la vérité. Le fait que la télévision flamande ait pris part à la production de Lumumba est un signe qui ne trompe pas. La Belgique s'est ouverte. Non pas parce que ceux qui ont vécu directement les événements veulent qu'on sache, mais parce que leurs enfants, eux, veulent savoir´

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