Cinéma Deux jours, une nuit et trois Magritte pour les cinéastes qui n’avaient encore jamais été primés à la fête du cinéma belge.

Enfin. Il aura fallu attendre la cinquième cérémonie des Magritte pour que les frères Dardenne, double Palmes d’or à Cannes, deviennent prophètes en leur pays et décrochent leurs premiers prix à la grande fête du cinéma belge.

Et pas n’importe lesquels. Deux jours, une nuit et trois Magritte du meilleur film, meilleurs réalisateurs et meilleur acteur (Fabrizio Rongione). "Être récompensé dans son propre pays, c’est très impressionnant, lançaient-ils , tout sourire, en coulisses. C’est un très grand honneur. On ne tourne pas pour décrocher des prix mais cela nous touche énormément, car c’est la première fois qu’on remporte des Magritte. Ce n’est pas à nous de dire si nous sommes prophètes en notre pays mais on essaie d’apporter notre petite pierre au cinéma belge. Nous sommes surtout heureux pour l’équipe et les comédiens. Fabrizio (Rongione) a énormément apporté au film. Quant à Marion Cotillard, quelle récompense extraordinaire que de la voir nominée parmi les cinq meilleures comédiennes du monde."

Avec ses trois trophées majeurs, Deux jours, une nuit sort incontestablement vainqueur de la cinquième soirée du cinéma noir-jaune-rouge.

Même si, numériquement, Marina de Stijn Coninx fait jeu égal, mais avec trois distinctions moins prestigieuses : meilleur film flamand, meilleur son et meilleur costume.

Lucas Belvaux s’en sort lui aussi avec les honneurs. Pas son genre , un de nos gros coups de cœur de l’an dernier, se voit récompenser pour le scénario signé par le cinéaste lui-même et pour la performance éblouissante d’Emilie Dequenne.

Marc Zinga, meilleur espoir masculin, confirme lui aussi tout le bien qu’on pensait de lui et qui a convaincu le réalisateur du prochain James Bond, Sam Mendes, de l’engager pour assister Christoph Waltz pour en faire baver tant et plus à James Bond en personne.

Cette soirée, " qui passe plus vite que les Césars " (dixit le présentateur Charlie Dupont, très inspiré) a été marquée par l’émotion de Fabrizio Rongione ( " Je remercie Luc et Jean-Pierre : il n’y a pas de mot dans le dico pour dire à quel point je vous remercie " ) mais aussi l’humour décapant de Nicolas Bedos. Qui a analysé férocement le travail de présentation : " Le karaoké, c’était un peu gênant pour les frères Dardenne, mais c’était cool pour la ménagère ." Verre de champagne à la main, il n’a pas lésiné sur les moqueries délicieuses : " Je vais m’installer en Belgique. Pas pour des raisons fiscales mais professionnelles. Vos meilleurs acteurs et chroniqueurs ont été rachetés par l’État français. Il y a donc peut-être des postes vacants… Je me sens très belge : je suis moi-même alcoolique depuis 1996. " Hilarant.

Le mot de la fin, on le laisse pourtant au très inspiré président François Damiens : " Je veux remercier nos amis français d’être venus ce soir. Je ne sais pas si c’est du snobisme de venir aux Magritte… Je remercie aussi Julie Gayet, qui est venue elle aussi ce soir malgré un agenda de ministre… "

Belgique - France : qui aime bien châtie bien...


Julie Gayet honore Pierre Richard

Le plus grand moment de la soirée fut, sans conteste, la remise d’un César d’honneur à Pierre Richard. Décerné par Thierry Lhermitte (" Pierre Richard, c’est aussi des chiffres : 56 ans de carrière, 50 hectares de vignes dans l’Aude, près de 17 cheveux et un nombre incalculable de personnes qui l’aiment "), Philippe Geluck (" C’est un homme qui a fait de sa vie une création permanente ") ou la première dame de France, Julie Gayet en personne (" On m’a appelée un Pierre Richard toute mon enfance. C’est plus qu’un nom, c’est un symbole "). Et même par une Mireille Darc à la robe très décolletée et à la barbe qui rappelait étrangement Charlie Dupont…

Très ému, l’ex-Grand Blond ne cachait pas sa joie. " On m’avait dit que j’allais recevoir un Magritte mais je ne m’attendais pas à ça. Magritte, c’était mon peintre préféré. Je vous le jure. Il croyait à la puissance du rêve et rêver, c’est peut-être ce que je fais le mieux. "

Après l’évocation de " la pire humiliation de ma vie ", au théâtre des Galeries, il a raconté cette jolie anecdote : " Mon grand-père, qui était belge, voulait tellement que je ne sois pas acteur. Je tiens enfin ma revanche. Je vous remercie. "

Standing ovation méritée pour ce géant du rire.


"Que de femmes adultères dans la salle"

On s’y attendait vu la présence de Charlie Dupont à la présentation et de François Damiens à la présidence. Les bons mots et l’humour surréaliste ont été mis à l’honneur hier soir lors de la soirée des Magritte. Petit florilège…

Charlie Dupont

"On est dandy, on est rock, on porte tous le même froc."

"La culture, ça ne sert à rien, mais ça nous fait passer le temps."

En parlant aux " amis flamands " : " Dans notre cinéma, les deux pays cohabitent ."

"Aujourd’hui, le monde entier est belge. Notre pays est si petit que le Nord et le Sud sont au même endroit."

"Il y a des acteurs français dans la salle ? Vous pouvez rester. Les acteurs français ont ce second degré, cette bonhomie, ce truc que nous, on n’a pas…"

"Ça va Mme Milquet (qu’il appellera plus tard Milka ou Milk-shake, ndlr) ? Vous avez eu le temps de regarder tous les films dans le coffret ?"

"M. Reynders, il n’y a pas que les affaires étranges, il y a aussi le cul !"

" Que d’élégance, que d’hygiène, que de femmes adultères dans la salle ce soir… "

François Damiens

"Monseigneur, prince Laurent, Claire, ma petite chérie. Je suis particulièrement honoré de vous avoir parmi moi ce soir…"

"C’est très compliqué de tourner des films en Belgique. Jaco Van Dormael, Frédéric Fonteyne, Benoît Mariage, mettent entre 5 et 10 ans pour en faire un film. D’autres vont plus vite, comme les frères Dardenne. Mais ils sont deux…"

Jaco Van Dormael

"L’espoir masculin, je connais bien. Le désespoir aussi. Comme disait ma mère, dans espoir, il y a poire. Je n’ai jamais compris ce qu’elle voulait dire."


LE PALMARÈS:

Meilleur film: "Deux jours, une nuit", de Jean-Pierre et Luc Dardenne

Meilleur réalisateur: Jean-Pierre et Luc Dardenne, pour "Deux jours, une nuit"

Meilleur film flamand: "Marina", de Stijn Coninx

Meilleur premier film : "Je te survivrai", de Sylvestre Sbille

Meilleur scénario: Lucas Belvaux, pour "Pas son genre"

Meilleur acteur: Fabrizio Rongione, pour "Deux jours, une nuit"

Meilleur actrice: Emilie Dequenne, pour "Pas son genre"

Meilleure acteur dans un second rôle: Jérémie Renier, pour "Saint Laurent"

Meilleure actrice dans un second rôle: Lubna Azabal, pour "La Marche"

Meilleur espoir féminin: Ambre Grouwels, pour "Baby balloon"

Meilleur espoir masculin: Marc Zinga, pour "Les Rayures du Zèbre"

Meilleurs décors: Hubert Pouille, pour "Marina"

Meilleurs costumes: Catherine Marchand, pour "Marina"

Meilleure image: Manu Dacosse, pour "L'Etrange couleur des larmes de ton corps"

Meilleur son : Henri Morelle et Luc Thomas, pour "Pas son genre"

Meilleur montage: Damien Keyeux, pour "La Marche"

Meilleure musique originale : Soldout pour "Puppy Love"

Meilleur court-métrage: "La Bûche de Noël", de Stéphane Aubier et Vincent Patar

Meilleur documentaire: "Quand je serai dictateur", de Yaël André

Magritte d'honneur: Pierre Richard