Entre enthousiasme naïf et abattement, dans Bienvenue à Marly-Gomont, Marc Zinga livre une prestation magnifique.

Après des rôles secondaires dans de grands films (Spectre, La fille inconnue, Dheepan), Marc Zinga change complètement de registre en portant sur ses épaules une comédie dramatique sur fond de racisme, Bienvenue à Marly-Gomont, inspirée par l’histoire du papa de Kamini et qui sort demain en salle. "Travailler avec des réalisateurs renommés est impressionnant, mais tenir le rôle principal d’un film, cela met aussi une certaine pression, explique-t-il. Ici, il s’agit d’une comédie populaire, qui vise un succès commercial, dont on espère que le résultat sera à la hauteur des attentes."

Ce rôle, vous l’avez travaillé avec Kamini ?

"Non. Le scénario était tellement clair et juste que le personnage m’apparaissait clairement. En plus, je suis familier de ce genre de figure congolaise intellectuelle bourgeoise, j’en ai beaucoup rencontrées."

C’est quelqu’un de très positif, dont les pensées doivent être trahies par de toutes petites touches…

"C’est un convaincu. Il est tellement obstiné, volontaire, qu’il en devient par moment psychorigides. Et quand ce défaut apparaît, il en pâtit, les choses se passent mal dans sa vie même s’il essaie de sauver les apparences. C’est intéressant de le voir osciller entre l’enthousiasme quasi naïf et les conséquences de ses choix. Il y croit, comme ces immigrés qui sont parvenus à tordre radicalement leur destin et celui de leur famille parce qu’ils ont décidé d’être le grain de sable qui va modifier le cours des choses, au sacrifice de leur vie. Il n’est que son combat."

C’est un film qui tombe à pic…

"Il apporte une bonne piste de réflexion en montrant que le racisme devient vraiment dangereux à partir du moment où des instances politiques récupèrent les peurs primales des gens, des peurs naturelles de l’inconnu qui sont dépassées une fois qu’on se rencontre. D’où qu’on soit, en grande majorité, ce qu’on attend de la vie, c’est un confort minimum, du bien-être, un travail et un avenir pour ses enfants. A priori, il n’y a pas de volonté de faire du mal aux autres. Sauf quand ces peurs sont instrumentalisées à des fins intéressées. C’est très bien montré sous forme de comédie. J’ai pris beaucoup de plaisir à travailler le côté clownesque du personnage, avec des références comme Chaplin, Jim Carrey ou Jean-Michel Kankan, un humoriste africain de ma jeunesse."

Est-ce que cela a changé aujourd’hui ?

"Le racisme primaire a toujours existé. En revanche, le politiquement correct, la moralité prennent de plus en plus de place et l’expression de ce racisme est, en règle générale, moins brutale. Même s’il y a des exceptions : le politiquement correct s’exprime plus dans les grandes villes que dans le monde rural. Mais on a ça en nous. On a beau être des animaux dotés d’une intelligence hors du commun, on reste des animaux, avec un cerveau reptilien qui guide nos craintes et ce qu’on ne connaît pas, a priori, nous fait peur. Heureusement, grâce à notre intelligence et notre empathie, en société, nous dépassons nos instincts primaires. C’est le principe même de la civilisation : être capable de surmonter le négatif et de valoriser le positif au nom de la vie ensemble."

Est-ce que vous réagissez contre ce racisme ordinaire avec humour ?

"Plutôt par le détachement. J’essaie de replacer les choses dans leur contexte et de replacer à plus grande échelle l’histoire des civilisations. Plutôt que de céder à l’émotivité, même si j’ai eu la chance de ne pas trop connaître ce sentiment d’exclusion, j’essaie de prendre du recul."