Elle le connaît, le secret de jouvence ! Marie Gillain conserve cette fraîcheur du premier jour, ce sourire pétillant de Mon père, ce héros. Il a mis le temps, mais le cinéma a désormais dépassé cette première impression. Il la regarde comme une battante, celle de Toutes nos envies, de Philippe Lioret.

Landes, de François-Xavier Vives, s’inscrit dans cette ligne en lui offrant d’incarner une jeune veuve à poigne au début du XXe siècle. Son plus beau rôle, selon Le Monde. Il devrait lui valoir un couloir dans la prochaine finale des César de la meilleure actrice.

Tourner moins mais tourner mieux, c’est votre devise ?  

"Oui, même si je n’ai jamais beaucoup tourné. Je n’ai pas fait énormément de films. Il y a des acteurs qui sont bookés pendant deux ans, cela ne m’est jamais arrivé. Mais depuis le film de Lioret, on me propose de beaux personnages de femme. Enfin de femme ! Après Toutes nos envies , je ne souhaitais pas un film trop léger, ni trop plombant. Landes , c’était le bon moment. Après la pudeur, la retenue de Lioret, c’était un rôle plutôt viscéral."  

Le regard des metteurs en scène a-t-il changé, ou est-ce vous qui avez changé ?  

"C’est un ensemble. Cela fait des années que j’avais envie de rôles de femme, que je me sentais prête, mais les gens ont une image de moi. Dans mes choix, je n’ai pas souffert de cette image, j’ai toujours bénéficié d’une certaine diversité dans mes rôles. Mais l’image que je dégage, je peux difficilement lutter contre; en tout cas, j’ai décidé de ne plus m’en préoccuper, parce que c’était trop d’énergie. J’ai l’image d’une fille plutôt bien élevée, plutôt avenante, avec un physique pas trop désagréable…"  

Vous en avez souffert ?  

"Non, je ne peux rien faire. Ce n’est pas propre aux acteurs. On dégage tous quelque chose, et tout le monde a des préjugés sur tout le monde. Des gens vous aiment, d’autres ne vous aiment pas, c’est comme cela. Ce qui était frustrant, c’est que j’avais emmagasiné tout un potentiel émotionnel. J’étais comme un vase prêt à déborder, car cette émotion, je n’en faisais rien. Pour une actrice, c’est une frustration de plus en plus désagréable de ne pas pouvoir exprimer cela. En revanche, le fait de tourner peu ne me frustre pas. J’en ai parlé avec des consœurs, des confrères qui tournent beaucoup. Ils ont un sentiment de boulimie, l’impression de ne pas se renouveler, de se dégoûter d’eux-mêmes. Aujourd’hui, on me propose des rôles qui permettent de m’exprimer, d’entrer dans des univers forts."  

Vous avez une sorte de ligne éditoriale ?  

"Le rôle de Liéna, le film de Philippe Lioret, celui que je viens de tourner au Chili; ma vie est complètement dévouée à ces films. Et pour cela, il faut que ce soit passionnant comme Landes . L’histoire est passionnante, le rôle est passionnant, l’équipe était passionnante."  

Et le film est passionnant, on y apprend beaucoup de choses.  

"Je connaissais très peu la forêt des Landes, j’ignorais qu’elle avait été plantée par l’homme. Il y avait tout un volet technique à appréhender : les gemmeurs, le débardage, etc. Puis, il y a un récit romanesque, l’exploration d’un monde qu’on va découvrir à travers les yeux de Liéna. Moi, je suis basique, j’ai besoin de comprendre, besoin qu’on m’explique. Avec François-Xavier Vives, on a parlé des heures du scénario. C’est une histoire très personnelle. Il m’a montré des photos magnifiques, le documentaire qu’il a réalisé sur le sujet…"  

Le film démarre avec Liéna qui pleure son mari lors de la veillée funèbre. C’est une image de mort, et pourtant on assiste à une naissance, celle de Liéna.  

"Oui, c’est original. Liéna s’accroche au rêve de son mari. Elle a l’instinct que ce domaine ne doit pas être géré par la famille. Elle vit dans l’illusion de l’ampoule électrique. Petit à petit, elle se rend compte de la réalité des conditions de vie des gens qui vivent à deux pas de chez elle. Elle ne comprend pas pourquoi ils ne l’allument pas, et puis elle réalise qu’ils n’ont pas besoin d’électricité pour éclairer leur misère. Elle découvre progressivement que le vrai progrès est ailleurs, il est plus social que technologique. Mais elle ne fait pas les choses par grandeur d’âme, elle les fait un peu égoïstement, par entêtement, car elle ne sait pas où elle va. Mais elle a une vraie détermination, elle va progressivement sortir de son carcan bourgeois."  

Son intelligence, n’est-ce pas de savoir apprendre de ses erreurs ?  

"Oui. Au départ, elle est un peu enfantine, elle prend une décision - je connais bien cela, car je suis comme elle -, après on peut aller dans le mur, mais au moins on a le sentiment d’agir. Après, elle réfléchit, elle adapte. Elle dit non à son régisseur, mais au fond elle l’écoute. Même chose avec la gamine. Elle a un désir d’enfant, mais comme elle ne veut pas d’un autre homme, l’adoption est la solution. Son problème est résolu, sauf que cette gamine a été enlevée à sa mère. Elle reproduit des principes d’éducation et puis elle comprend qu’elle s’est trompée."