Le réalisateur signe un polar angoissant et passionnant : Les rivières pourpres

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE PATRICK LAURENT

PARIS Adulé par le public depuis la sortie de La haine, honni par une partie de la critique en raison d'attaques frontales acerbes à répétition, Mathieu Kassovitz est devenu au fil des films l'Oliver Stone français : un cinéaste dont les moindres faits et gestes suscitent la polémique.

A le voir remonter dans l'indifférence générale les Champs-Elysées, juste accompagné de son chien, un boxer au nom imprononçable, on comprend mal ce déchaînement de passions. Détendu, bavard, c'est le sourire aux lèvres qu'il défend sa nouvelle réalisation, un thriller d'une rare efficacité intitulé Les rivières pourpres.

`Vous savez, je n'ai pas de problème avec les journalistes, explique-t-il d'entrée de jeu. Juste avec les cons. Quel que soit le métier qu'ils exercent. Mais certains journalistes ne font pas leur métier. La première chose que j'ai lue concernant mon film, c'est qu'il s'agissait d'un polar gay avec Vincent Cassel et Jean Reno. Rien n'est plus faux. Il suffisait de se renseigner pour le savoir. Ou de lire le roman de Jean-Christophe Grangé, dont c'est l'adaptation. Je viens aussi d'avoir des problèmes avec Isabelle Giordano, de Canal+, parce qu'elle affirmait que j'engueulais les figurants sur le plateau. Vous savez, j'ai moi-même été stagiaire : jamais je ne me fâcherai sur l'un d'eux. Par contre, sur un chef de poste, payé pour exercer une responsabilité... Là, je peux être dur. On me reproche aussi de ne pas dire bonjour à tout le monde. Mais une équipe, c'est 200 personnes. Quand on arrive le matin, la tête pleine de préoccupations et de solutions à trouver pour faire avancer le tournage, pour rester dans les budgets, on n'a pas envie de perdre une demi-heure à serrer les mains. C'est douloureux de monter un projet et de n'avoir que cela comme écho en retour. Sans pouvoir me défendre, si ce n'est en expliquant à d'autres journalistes qui prennent la peine de me donner la parole. Je n'ai de problème avec personne, sauf les gens qui ne font pas correctement leur travail.´

Le ton reste posé. Malgré les enjeux (Les rivières pourpres a coûté la bagatelle de 600 millions de FB, et les producteurs comptent énormément sur ce petit bijou pour compenser l'échec commercial de Vatel), Mathieu Kassovitz ne fait pas monter la pression. Pas plus qu'il ne se prend au sérieux. `La meilleure direction d'acteur, c'est le choix. Après, vous pouvez dire tout ce que vous voulez : le comédien fera de toute façon ce qu'il veut. C'est bien simple : à Vincent Cassel, qu'on a l'habitude de voir dans des rôles de composition, j'ai tout simplement demandé de venir sur le plateau comme il était, de rester lui-même.´

Pur divertissement

Contrairement à tant de collègues qui se la jouent artiste de génie, il n'a pas honte d'avoir tourné un pur divertissement... angoissant. `C'est ce que j'aimerais voir au cinéma en tant que spectateur. C'est un film de genre, avec tous les tics obligés qu'on ne peut pas supprimer. Comme lorsque Bruce Willis, poursuivi par 40 personnes dans un couloir, lance une petite feinte en découvrant une jolie fille sur une affiche. Il ne faut pas se priver de ces petits plaisirs. Sinon, on trahit le genre. Seuls les génies peuvent le faire pour inventer quelque chose de neuf. Moi, j'ai voulu distraire. Mais je ne l'aurais pas fait sans fond, sans le thème de l'eugénisme. J'ai un grand principe : on s'amuse d'abord, on réfléchit après. Je ne fournis pas les explications à la fin. C'est en discutant entre amis, deux heures après, que tout s'éclaire. Cela aussi fait partie des plaisirs du cinéma.´

Comment lui donner tort ?