Cinéma Meryl Streep, la plus grande actrice hollywoodienne, nous révèle enfin son secret pour durer : elle n’est pas fan des effets spéciaux…

La plus oscarisée, goldenglobisée, awardisée des actrices hollywoodiennes nous revient bientôt (le 21 janvier 2015) avec Into the Woods, un Disney des familles, une comédie musicale pour être plus précis, dans laquelle elle incarne the Witch. Interviewer Meryl Streep n’était finalement pas si sorcier que ça. Rares sont en effet les stars si accessibles !

Comme votre film s’intitule Into the Woods, nous avions envie de jouer un peu avec ce titre. Est-ce que vous appréciez le grand air et passer du temps dehors ?

"Vous savez, aujourd’hui, les jeunes ont une enfance très différente de celle que j’ai eue. Môme, je passais ma vie dans les bois. Nous vivions à proximité d’une forêt dans le New Jersey. Je me revois encore être toute excitée d’avoir découvert un ruisseau et non loin, batifolant dans l’eau et jouant avec une salamandre. La première de la saison ! Je me revois aussi regarder les fleurs pousser au printemps sous les choux puants…"

Les choux puants ?

"Oui ! Ce sont des plantes qui, généralement, poussent dans les coins marécageux. Ils ne sont pas comestibles et sentent vraiment très mauvais, mais ils produisent de merveilleuses fleurs. Ça ressemble à un nénuphar. Bref, j’adore les bois. D’ailleurs, en ce moment, j’habite au milieu d’une forêt. (rires) Quand j’étais toute petite, la forêt me faisait vraiment peur dans les contes de Grimm, mais, bizarrement, c’était tout le contraire qui se produisait quand je m’y promenais !"

Vous incarnez une sorcière dans Into the woods. Les rôles de méchantes, c’est votre truc ?

"L’année de mes 40 ans, figurez-vous qu’on m’a proposé trois rôles de sorcières. Oui, la même année ! Je me suis dit Mince, les studios ne savent plus quoi faire de moi ! (rires) Les choses ont changé depuis mais, au départ, je peux vous assurer que ce genre de rôle, je n’en voulais pas !"

Pourquoi ?

"Je n’aime pas cette imagerie de vieilles, aigries et méchantes. C’est tellement présent dans la littérature et dans notre mythologie que cela en devient caricatural. Je n’aimais pas non plus le fait que les gens aient peur des vieilles femmes car ils n’arrivent pas à leur trouver une utilité, une fonction sociale et du coup, ils les dénigrent au point qu’ elles deviennent la cause de tout le mal du village. Des parias en puissance. Entre nous, je pense que les vieilles femmes dans les temps médiévaux ont du être les plus mal loties de toute la population ! (rires) Donc je ne voulais vraiment pas jouer ce genre de rôle. Trop réducteur. Mais dans le cas présent, c’est un peu différent. Into the Woods est à la base une comédie musicale du compositeur Stephen Sondheim et rien que pour ça, c’est une histoire qui vaut la peine d’être racontée. Et quand j’ai su que Rob Marshall allait la réadapter, j’ai foncé ! Dans Into the Woods, on découvre une sorcière qui n’aspire qu’à une chose : se métamorphoser pour ne plus être laide. Sa mère lui a en effet jeté un sort."

Vous semblez en attendant être très attirée par les rôles de femmes de pouvoir. Est-ce un trait de votre caractère ?

"Si mes enfants pouvaient vous entendre, ils riraient aux éclats ! J’aimerais tellement que l’on me craigne mais voilà, j’ai un énorme défaut, je revendique haut et fort mon droit à l’humilité et à la discrétion. En y réfléchissant bien, le seul pouvoir dont je dispose réside dans le choix de mes rôles et dans ma façon de les interpréter. Et puis, vous en connaissez, vous, des femmes de pouvoir qui repassent encore les vêtements de leurs enfants, font des lessives et cuisinent ?"

Enfant, quel était votre conte de fée préféré ?

"La Belle au bois dormant ! Gamine, je fantasmais à mort sur le prince charmant. Sur sa prestance. Sur sa fière allure lorsqu’il chevauchait son beau cheval blanc. Sur ses cuisses bien musclées mise en valeur dans son petit collant bien moulant ! (rires) Rares sont les femmes qui n’ont jamais rêvé, qu’un jour, ce beau gosse de sang royal vienne frapper à la porte de nos chambres dans le but d’assurer sa descendance…"

Quand vous regardez votre carrière, quels sont les rôles dont vous êtes la plus fière et ceux, en revanche, avec lesquels vous êtes la moins satisfaite ?

"C’est totalement subjectif ! Quand je tourne un film, il y a le tournage bien entendu mais aussi les personnes avec qui je tourne ! S’il s’agit d’amis, cela me procure des bons moments qui peuvent compenser les éventuelles difficultés ou défaillances que je peux rencontrer sur un set. Disons que le souvenir que je garde des films n’est pas du tout objectif car il me faut intégrer plein d’éléments. Et pour être honnête, de tous les films dans lesquels je me suis produite, je me souviens toujours de choses anecdotiques, voire complètement débiles…"

Comme quoi, par exemple ?

"Ne pas situer les toilettes par exemple ! Trouver la nourriture servie sur le set un peu trop grasse à mon goût. Des trucs sans importance. De manière générale, je n’ai pas vraiment aimé tourner La Mort vous va si bien, parce qu’il y avait trop d’effets spéciaux digitaux. Ce que j’ai adoré avec Into the Woods, c’est que justement tous les effets, toute la magie, viennent du monde réel, de vraies choses. Dans ce film, par exemple, même les arbres, ceux qui ne s’animaient pas en tout cas, étaient de vrais arbres que nous avions replantés en studio. Du coup, c’était très facile de rentrer dans l’aspect sensuel du film. Dans La Mort vous va si bien, il y avait beaucoup trop d’écrans verts, de CGI. Parfois, je me sentais prisonnière des effets spéciaux. Ils tuaient ma créativité ! Je revois Robert Zemeckis nous mettre des marques sur le visage et nous faire porter des combinaisons afin que les ordinateurs nous cadrent bien. Le pire, c’est qu’il fallait tourner dans le vide, faire semblant ! Je n’ai pas du tout aimé ce tournage."


"J’ai perdu trop de temps à faire des régimes !"

En tant qu’actrice mais aussi en tant que femme, vous êtes quelqu’un qui prend de l’âge avec beaucoup de grâce et de naturel. Vieillir vous effraie-t-il ?

"Je n’ai pas peur de vieillir. J’attends encore plus de rides et les rôles de grand-mère qui vont avec ! Et à la question que vous allez forcément me poser à propos de la chirurgie esthétique, je réponds que je n’aurai jamais recours à ce type d’artifice. À quoi bon se faire tirer la peau quand on sait qu’on est vieux en dessous ? (rires) Pour ce qui est de mes soixante-cinq ans, comme pour mes 30, 40 et 50 ans, j’ai franchi cette étape avec ma famille et mes amis. La seule chose que je redoutais, c’était le gâteau d’anniversaire. Heureusement, il fut léger. Le beurre, le sucre, la crème, c’est peut-être bon pour le moral mais pas pour ce que j’ai !"

Et qu’est-ce que vous avez si ce n’est pas trop indiscret ?

"Pour l’instant, ça va, ça se maintient ! Mais je sais que si je me laissais aller, j’aurais un cul aussi large que Big Apple ! (rires) Maintenant, je ne sais pas trop si le message de Into the Woods, c’est uniquement la quête de cette sorcière à retrouver son apparence juvénile. Pour ma part, j’essaie de faire comprendre aux personnes qui m’entourent que le flétrissement de nos chairs n’est pas une fin en soi. Certaines femmes sont convaincues que si elles sont plus belles ou plus jeunes, elles seront plus aimées. Les plus atteintes sont même sûres que c’est la beauté qui donne un sens à leur vie. De la même manière, la sorcière que j’incarne pense que si elle arrive à obtenir cette potion et qu’elle devient plus belle, sa fille n’aura plus honte d’elle, et qu’elle restera à ses côtés !"

Cette sorcière ne semble avoir aucun remords. Si vous pouviez vivre votre vie une deuxième fois, qu’est-ce que vous changeriez ou que feriez-vous différemment ?

"J’ai perdu beaucoup de temps à faire des régimes et on ne m’y reprendra plus. (rires) Je le regrette sincèrement. J’étais totalement stupide car j’étais obsédée par ça. Mais bon, c’est un truc d’actrices vous savez ! Une idée fixe qui nous tenaille !"

Cela signifie-t-il que vous avez passé ce stade ?

"Oh! oui. (rires) Depuis au moins 20 ou 25 ans."