Michel Piccoli impressionnait par sa modestie, sa force et son côté lumineux dans Habemus Papam .

Trois ans avant de quitter les plateaux pour cause de problèmes de mémoire, Michel Piccoli avait ébloui le Festival de Cannes, en 2011, avec sa prestation impressionnante en pape dans Habemus Papam . Une prestation incroyable de sobriété, passant d’un cardinal insouciant et rieur, l’œil malicieux et le sourire avenant, à un pape en pleine crise existentielle, tracassé par ses propres doutes et un étonnant manque de confiance en soi.

Au moment d’accéder aux fonctions suprêmes pour lesquelles il ne se sentait pas taillé, ses rêves d’enfance l’assaillaient. Et son courage défaillait. Autant de tourments profonds, puissants, qui transparaissaient avec une infinie subtilité sur le visage de Michel Piccoli. Sans effets de manches, sans jamais en faire trop, il parvenait à exprimer le non-dit et même l’indicible. Une prestation lumineuse, légère, qui aurait mérité une deuxième Palme cannoise.

Modeste, posé, il n’en avait manifestement cure. "Je n’ai pas beaucoup réfléchi avant d’accepter la proposition de Nanni Moretti , expliquait-il. Je connaissais presque tous ses films et j’ai donc dit oui tout de suite. Lui pas ! J’ai donc dû faire des essais à Paris en habit de pape. Je suis d’origine italienne, mais cela remonte à tellement loin… Quelques jours plus tard, il m’a juste dit : ‘C’est vous’."

Le cinéaste, c’est certain, avait une idée très précise du rôle. Et du film. Notamment de la scène de cri poussé par le nouveau pontife avant de se montrer incapable d’apparaître à la foule réunie place Saint-Pierre. "Quand il me demande d’avoir un cri de pression, de terreur devant un évènement, comme un secret que ce nouveau pape ne peut s’expliquer, ce cri veut à la fois tout et rien dire en même temps. Il signifie : ‘Je ne peux pas’. Quelles que soient la religion, la politique, la passion humaine, quand un homme se trouve dans l’obligation de conduire le peuple, il y a toujours un cri qui arrive à la place d’une réponse. Nous avons tous eu cette réaction de panique face à des évènements exceptionnels."

En dépit de cette compréhension, il avait dû s’employer à plusieurs reprises pour donner satisfaction au cinéaste. "Je ne voulais pas l’imiter mais parfaire son cri. Il faut être orgueilleux face à un réalisateur qui fait l’acteur. Mais cela ne lui convenait pas et j’ai dû refaire la prise 20 fois. Je suis très attentif au réalisateur et à mes partenaires. J’écoute plus que je ne parle. C’était donc un tournage plutôt facile pour moi."

"In t ensif mais simple"

Devant les regards sceptiques, il en avait rajouté une couche. "Vous devez vous dire que c’est compliqué de jouer un pape tiraillé entre l’angoisse et son bonheur de croire en Dieu. Mais le tournage s’est révélé fort calme. Intensif mais simple pour moi (pardonnez-moi, c’est orgueilleux de dire ça). Si j’étais profondément honnête, je dirais : ‘Ça suffit ! Arrêter avec Moretti, ce serait parfait.’ Et j’arrêterais là." Il n’a heureusement pas joint le geste à la parole. Ce qui nous a valu une dernière performance fabuleuse dans Le goût des myrtilles de Thomas de Thier. Un film à savourer, comme la quasi-totalité de son incroyable filmographie.