Les acteurs américains Joaquin Phoenix et Philip Seymour Hoffman ont remporté samedi soir conjointement le prix de meilleur acteur

VENISE Les deux acteurs ont remporté samedi soir conjointement la Coupe Volpi du meilleur acteur pour leurs rôles dans "The Master" de Paul Thomas Anderson, inspiré de la vie de Ron Hubbard, le fondateur de l'église de scientologie.

"Merci beaucoup. Je viens de descendre de l'avion il y a cinq minutes. J'ai mis mon costume dans les toilettes", a plaisanté Philip Seymour Hoffman en recevant le prix, excusant l'absence de Joaquin Phoenix. "Joaquin Phoenix est une force de la vie, indomptable", a-t-il ajouté.

Joaquin Phoenix incarne Freddie, un vétéran de la Seconde Guerre Mondiale dont la vie est bouleversée par sa rencontre avec le "maître", joué par Philip Seymour Hoffman, prophète d'une idéologie pseudo-scientifico-médicale qui, à base d'hypnose et de psychologie, promet de sauver les âmes égarées.
Freddie, alcoolique incurable, se voue corps et âme à son sauveur, sur lequel son caractère bestial exerce une forte fascination.

Le personnage du maître est "inspiré de Ron Hubbard, il y a beaucoup de ressemblances avec les débuts de la dianétique" (la technique de développement personnel mise au point par Hubbard, ndlr), avait reconnu le réalisateur, en présentant le film à la presse. "J'ai utilisé cela comme cadre pour ces personnages".

Les deux personnages "s'identifient l'un à l'autre. Ils sont tous deux sauvages comme des bêtes mais ont une manière différente de le gérer", avait-il expliqué.
Joaquin Phoenix, 37 ans, s'est fait connaître avec "Prête à tout" de Gus Van Sant, où il jouait face à Nicole Kidman. En 2005, il interprète brillamment Johnny Cash dans le film "Walk the Line" réalisé par James Mangold.

En 2000, son interprétation de l'empereur Commode dans "Gladiator" de Ridley Scott lui avait valu une nomination à l’Oscar du meilleur second rôle.
Philip Seymour Hoffman, 45 ans, est une des valeurs sûres de Hollywood. Il a reçu en 2006 l'Oscar du meilleur acteur ainsi qu'un Golden Globe pour le rôle-titre du film "Truman Capote" de Bennett Miller.

Le Lion d'or à "Pieta" du Sud-Coréen Kim Ki-duk

"Pieta", le film choc du cinéaste sud-coréen Kim Ki-duk a reçu le Lion d'or du meilleur long métrage lors de la 69e édition de la Mostra de Venise. Ce film raconte la tentative de rédemption d'un petit malfrat qui redécouvre sa part d'humanité dans une société hostile corrompue par l'argent.

"Je désire remercier tous ceux qui ont contribué à ce film ainsi que Venise, le festival de Venise et tout le public italien, et enfin les membres du jury", a déclaré le cinéaste en recevant son prix.

Moment extraordinaire et émouvant: le réalisateur a ensuite chanté une chanson en coréen sur la scène du Palais du Cinéma de Venise. Accompagné sur le podium de l'interprète principale du film, Cho Min-soo, il a été salué par de longs applaudissements.

Pour le titre du film, "Pieta", le réalisateur affirme s'être inspiré du chef-d'oeuvre de Michel-Ange pour célébrer le lien indissoluble d'une mère avec son fils, mais aussi mettre en exergue la souffrance insoutenable que cette relation peut engendrer.

Une ville industrielle en mutation, belle dans sa laideur anonyme, est le territoire d'un petit malfrat solitaire (Lee Jung-jin) chargé de récupérer auprès de pauvres hères les créances d'un usurier. Quand ils sont insolvables, il les estropie sans état d'âme pour encaisser l'argent de l'assurance.

Une routine angoissante bouleversée par l'arrivée d'une femme (Cho Min-soo) qui prétend être la mère qui l'abandonné à la naissance il y a 30 ans. S'esquisse alors une lancinante tentative de rédemption, parfois plus insupportable encore que la solitude résignée et ponctuée de coups de théâtre eux aussi cruels.

Kim Ki-duk dresse un portrait peu amène d'une société dont le seul moteur est l'argent. "L'argent est le début et la fin de toute chose", déclare sentencieusement l'un de ses personnages. Selon le cinéaste, "les gens de notre époque sont obsédés par l'illusion que l'argent peut tout résoudre".

"Pieta" prend la forme d'une ode crépusculaire interprétée par un couple d'acteurs à la beauté terrifiante qui déboussole toutes les certitudes : la beauté devient laide, la laideur devient sublime.

Le cinéaste de 51 ans, un habitué des festivals européens, avait déjà remporté à Venise en 2004 le Lion d'argent du meilleur réalisateur pour "Bin-jip".

© La Dernière Heure 2012