Envoyé spécial à Cannes

À Cannes comme partout ailleurs, la conférence de presse du jury débouche rarement sur des grandes révélations. Qui viendrait y déclarer ne pas être honoré “de voir tant de bons films en si bonne compagnie”, pour reprendre les mots de Tahar Rahim ? Mais l’exercice permet de se faire une idée sur les rapports de force en présence.

Face à des personnalités aussi exubérantes que Spike Lee, Maggie Gyllenhaal ou Mati Diop, on ne risque pas d’entrendre beaucoup Mylène Farmer. Qui a avoué qu’avant d’accepter le rôle de jurée, elle a dû se “faire violence, oui. Je suis plutôt discrète, réservée, mais j’ai tout de suite dit oui car c’est extraordinaire de pouvoir participer à ce merveilleux festival. Quant à faire passer des messages, je le fais déjà dans mes chansons, puisque je les écris moi-même.”

Il s’agissait là de sa plus longue tirade. Tout au plus a-t-elle encore estimé qu’il s’agissait “d’un moment unique qu’on ne peut pas refuser”, avant d’évoquer un “immense souvenir : quand Jane Campion est devenue la première femme à décrocher une Palme d’or. J’étais très émue, au-delà du film qui est un chef-d’œuvre. C’est tout.”

De fait, elle n’en dira pas plus. Même lorsque les jurées, majoritaires pour la première fois par rapport aux hommes ont eu l’impression qu’il s’agit de “la première édition d’une nouvelle ère”, elle a été la seule à ne pas s’exprimer.

“Il y a deux choses historiques cette année : une majorité de femmes dans le jury et plus d’écologie : il y a peut-être une relation entre les deux”, a ajouté Mélanie Laurent. “Ce serait merveilleux si on pouvait laisser respirer la planète et les femmes. Le cinéma pousse les gens à changer.”

Comme on pouvait s’y attendre, le président, Spike Lee, a marqué les esprits en évoquant Do The Right Thing, son film sorti en 1989. “Beaucoup ont dit qu’il allait provoquer des émeutes raciales. Moi, quand je vois Eric Garner, je vois King George Floyd assassiné. Je pensais que plus de 30 ans plus tard, on aurait arrêté de chasser les Noirs comme des animaux.” Questionné sur la situation politique en Géorgie, il en a profité pour interpeller les journalistes : “Vous n’êtes pas là que pour des critiques, mais aussi pour dénoncer les gangsters.”

Le festival commence fort.