Tout va bien(on s'en va). Trois soeurs et un père

BRUXELLES Ce long métrage de Claude Mouriéras va conforter l'opinion que chacun a du cinéma français. Les anti n'y verront qu'une dramatique de plus, un conflit entre soeurs guère plus réjouissant qu'un dépouillement de vote communal. Et ils n'auront pas tort.

Les pro se délecteront du jeu de trois actrices qui s'investissent à fond dans leurs rôles (Natacha Régnier, Miou-Miou et Sandrine Kiberlain) ou de la pertinence du choc psychologique provoqué par leur père, de retour après 15 ans d'absence. Et ils auront raison.

Tout va bien (on s'en va) possède les défauts et les qualités du cinéma français actuel, à la fois nombriliste, naturaliste, morne et réaliste. Confrontées à ce papa qui les a abandonnées comme de vieilles chaussettes, qu'elles haïssent mais qui leur a toujours tant manqué, les trois frangines perdent leur assurance. Leur clan se fissure. Chacune réagit avec sa propre sensibilité face au retour de ce vieux salaud qu'elles auraient tant aimé connaître. Faut-il chercher à le comprendre ou le rejeter sans rémission? Faut-il l'aimer pour ce qu'il est ou le détester pour ce qu'il n'a pas été? Des questions auxquelles chacune apporte des solutions différentes. Mais nuancées, la plupart du temps.

Le sujet est bateau? C'est vrai. Il permet néanmoins aux trois comédiennes, confrontées à un Michel Piccoli poignant, d'explorer très loin la personnalité de personnages qui nous ressemblent tant, avec leurs passions, leurs résolutions, leurs grandes théories qui résistent si mal aux émotions de leurs propres expériences. Natacha Régnier, une nouvelle fois écorchée vive, confirme l'énorme potentiel dévoilé dans La vie rêvée des anges, même s'il lui reste encore du chemin à parcourir pour atteindre la force et la sobriété d'une Sandrine Kiberlain toujours aussi éblouissante.